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The Fronde Newsletters for 1651:

September 1651
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De Paris du premier septembre 1651
La semaine passée M. le duc d'Orleans et Mme de
Guyse receurent des lettres de M. de Verderonne dattées de Madrid du 2 du passé,
par lesquelles il manda qu'ayant eu audiance du comte d'Arro, et luy ayant parlé
de l'eschange suivant les propositions qui en avoint esté faittes, ce comte luy
respondit qu'il n'avoit point ouy parler de cette affaire, et en fit l'innocent;
à quoy M. de Verderonne luy repartit qu'il ne pouvoit pas ignorer que le Conseil
d'Espagne n'eut aprouvé la lettre que M. de Guyse avoit escritte sur ce subject
à S.A.R., et qu'elle feut envoyée par un courrier expres à Paris, auquel on
deslivra un passerport à cette fin; mais ce comte ne voulut jamais avouer qu'il
l'eut sceu auparavant, ce que fit juger M. de Verderonne que les Espagnolz
vouloint faire achepter fort cherement la liberté de M. de Guise, dans laquelle
il n'avoit avancé encor autre chose.
L'arrest du Conseil d'en haut donné sur le
different qui est entre M. de la Tremouille et M. de Rohan, porte que Sa M.
ayant esté deuement informée que l'une et l'autre des parties assembloint
quantité de noblesse en cette province là pour fortiffier leurs brigues, et que
ce proceddé pourroit nuire au service du Roy, elle les envoya au Parlement de
Rennes pour y proceder sur ce different dans 15 jours pour tout dellay, enjoint
à elle d'y produire promptement tous leurs tiltres, et en cas que ledit
parlement ne puisse juger cest affaire dans ce temps là, auquel ce [se] doit
faire l'ouverture des Estatz de la province, ordonné que suivant les ordres du
Roy envoyés il y a quelque temps pour la convocation des Estatz et adressés au
duc de Rohan, celuy cy y presidera en attendant la decision du proces, sans
neamoings que cela puisse apporter aucung prejudice aux droitz de M. de la
Tremouille.
Le 23 du passé les Estatz de Paris et de l'Isle
de France estantz assemblés dans l'Hostel de Ville pour l'eslection des deputtés
qui doivent assister aux Estatz Generaux, l'on esleut pour le clergé M. le
Coadjuteur et le doyen de Nostre Dame, deux conseilliers pour le Parlement, et 2
autres pour chacune des deux autres compagnies souveraines, et autant pour la
Ville; mais ce feut seulement pour dresser les propositions qu'on devra faire
aux Estatz, pour l'examen desquelles on s'y rassemblera lundy prochain.
Le mesme jour, 23, M. de Chasteauneuf estant
venu en cette ville, la Reyne le remit dans le Conseil en qualité de principal
ministre, sans se soucier davantage que MM. les princes y consentissent ou non;
neamoings il ne parut point qu'il en fit fonction que de conseiller de la Reyne
jusques au 26, et M. le Chancellier ne feut pas pour cela exclus du Conseil,
ayant esté resolu qu'il n'y seroit pas appellé lors que M. de Chasteauneuf y
seroit, et que celuy cy ne s'y trouveroit pas lors qu'on seroit obligé
d'appeller l'autre. Le bruit neamoings a couru que M. le Chancellier se doit
retirer dès le lendemain de la Majorité du Roy, que les sceaux seroit mis entre
les mains de M. le Premier President, et la surintendance donnée au marquis de
la Vieuville; mais on croit que cela dependra de la face des affaires.
Le 26 au matin les depputtés du Parlement
feurent au palais d'Orleans, où le president de Mesmes fit
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une fort belle harangue à S.A.R., la priant, suivant l'arrest du 22 du passée,
de vouloir s'entremettre pour reunir la Maison Royalle; à quoy elle respondit
qu'elle travaillioit de toutte sa force et qu'elle y continueroit ses soings à
cette fin et redoubleroit ses effortz, particulierement en consideration de la
priere que le Parlement luy en faisoit.
Le soir les mesmes depputtés feurent au Palais
Royal, où ilz firent leurs remonstrances sur le mesme suject. Le Premier
President y porta la parolle. Ilz rendirent à la Reyne son escrit avec ceux de
S.A.R. et de M. le Prince, et la prierent de faire reflection sur la consequence
de cette affaire. Sa M. leur dit que le 28 elle leur feroit rendre response là
dessus. Apres cela, M. le duc d'Orleans estant entré en conference avec la Reyne,
dit à Sa M. que M. le Prince demandoit une declaration d'innocence, ce qu'elle
rejetta fort long; et ensuitte elle y reitera la proposition de faire tenir les
Estatz Generaux à Paris, protestant de n'y faire faire acune demande, ny pour
les interestz de M. le Prince ny pour les siens; et ayant fort contesté sur ce
different, Sa M. offrit de les faire tenir à Melun et declara que c'estoit tout
le temperament qu'elle pouvoit donner à cette affaire; mais S.A.R. ayant reparty
que de les faire tenir à Melun ou à Tours, tout cela estoit esgal, et qu'il n'y
auroit pas plus de seuretté en l'ung qu'en l'autre, Sa M. replicqua qu'il
falloit donc que ce feut à Tours, et que resoluement elle ne s'en relascheroit
pas davantage. Pendant cette contestation quelques personnes du Conseil dirent à
S.A.R. qu'il falloit proposer à la Reyne de les tenir à Poissy ou à St Germain;
ce que S.A.R. ayant encor fort rebutté, on luy dit qu'il falloit donc proposer
St Denys; à quoy S.A.R. ayant respondu que veritablement cette proposition
estoit plus raisonnable que les autres, mais que ce n'estoit pas encor asses,
elle feut faitte à la Reyne, laquelle n'y ayant pas voulu consentir, et disant
qu'il vaudroit autant que ce feut dans Paris, il y eut quelques parolles entre
eux. S.A.R. reprocha à Sa M. d'avoir fait M. de Chasteauneuf principal ministre
sans sa participation ny celle de M. le Prince, et sortit dans ce
mescontentement. Cepandant M. le Prince, voyant que la Reyne [ne] vouloit pas
accorder la declaration d'innocence qu'il demandoit, resolut de la demander au
Parlement, apres qu'on auroit veu la response que Sa M. y auroit envoyé sur le
subject des remonstrances.
Le 27 au matin M. le duc d'Orleans alla à
Limours sans dire quand il reviendroit, contre sa coustume. Avant son despart il
confera avec M. le Prince pendant demye heure, et l'on remarqua qu'encor qu'il
voulut bien qu'on sceut son mescontentement, neamoings il ne l'a pas voulu faire
esclatter, afin qu'on ne luy allat point faire compliment ny offrir service là
dessus. Peu apres le despart de S.A.R., la Reyne ayant envoyé prier Madame
d'aller au Palais Royal, elle y feut et eut une conference de 3 heures avec Sa
M., apres laquelle s'en estant retournée, M. de Chasteauneuf la feut veoir au
palais d'Orleans et feut asses longtemps avec elle. L'on n'a encor rien peu
penettrer de ce que ce [se] passa dans ses [ces] deux conferences, et l'on n'en
a veu d'autre suitte, sinon que le soir du mesme jour la Reyne envoya à Madame
une lettre qu'elle escrivoit à M. le duc d'Orleans, et le lendemain Sa M. envoya
M. le duc d'Amville à Limours, où M. de Gaucourt estoit arrivé un peu devant ce
duc, et luy avoit dit le subject pour lequel la Reyne le luy envoyoit, qui
n'estoit que pour le prier de revenir purement et simplement, sans parler de luy
donner aucune satisfaction;
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de sorte que S.A.R. respondit qu'elle ne pouvoit point revenir jusques à ce que
la Reyne auroit pris d'autres resolutions.
Le 28 au matin le Parlement estant assemblé, M.
le Prince s'y trouva avec M. de Beaufort et autres; mais on n'y fit aucune
desliberation, parce que le Premier President dit que la Reyne ne pouvoit pas
envoyer sa response sur les remonstrances, à cause de l'abscence de M. le duc
d'Orleans, auquel Sa M. avoit envoyé M. le duc d'Amville, et que S.A.R. estoit
attendu le soir. On y parla seulement de la declaration contre le cardinal
Mazarin, laquelle le Premier President dit qu'on pouvoit veriffier le 29, et que
les autres sujectz pour lesquelz on s'assembloit estoint sur le point d'estre
accommoddés, et ainsy l'assemblée feut remise.
L'apresdisnée du mesme jour M. de Chasteauneuf
accommoda l'affaire des gabelles de Poictou, dont la noblesse avoit envoyé icy
des depputtés, qui avoint presenté requeste au Parlement pour demander la
cassation des bureaux que les fermiers de gabelles avoint establis dans cette
province là, afin d'y establir la gabelle de scel qui n'y a point encor esté; et
parce que ce n'estoit q'un traitté particulier fait par les fermiers avec le
sieur des Rochebariteaux, lieutenant du roy en Poictou, auquel ilz en donnoint
50 mille livres pour les favoriser de son credit dans le desseing de cest
establissement, M. de Chasteauneuf feut d'advis de casser tous ses [ces] bureaux
et en dresser l'arrest du Conseil d'en haut qui [qu'il] falloit donner sur ce
subject; mais cest arrest ayant esté porté le lendemain à M. le Chancellier pour
le signer, il le renvoya sans le vouloir regarder, disant qu'on le fit signer à
M. de Chasteauneuf, qui l'avoit dressé.
Le 29 le Parlement estant assemblé, M. le
Prince y estant, on y leut la declaration contre le cardinal Mazarin, dans
laquelle on corrigea 3 articles. Ensuitte la response de la Reyne aux dernieres
remonstrances ayant esté demandée, le Premier President dit que la Reyne n'avoit
peu desliberer à cause de l'abscence de M. le duc d'Orleans; qu'elle avoit
employé tout le jour precedent à vuider l'accommodement qu'elle avoit fait de
l'affaire des gabelles de Poictou; et qu'il falloit luy donner un peu de temps.
Sur quoy la Compagnie ayant desliberé, il feut arresté que MM. les Gens du roy
iroint l'apresdisnée au Palais Royal pour demander cette response, et que le
lendemain sans plus differer on y deslibereroit, soit qu'elle feut faitte ou
non.
Le mesme jour on eut advis de la mort de
l'archevesque de Thoulouse. Il y a plusieurs pretendans à ce benefice, entre
autres M. le prince de Conty et l'archevesque de Bourges, frere du duc d'Amville;
mais on dit que la Reyne a resolut de ne donner aucung benefice ny autre grace
jusques apres la tenue des Estatz Generaux, afin d'avoir de quoy y mesnager les
espritz.
Le mesme jour M. le Prince alla à cheval à
Limours, où il feut fort bien receu par S.A.R., qui luy donna une fort belle
collation, apres laquelle ilz confererent ensemble asses longtemps; et ensuitte
M. le Prince en partit fort satisfait, et arriva icy sur les x du soir.
Ledit jour Mademoiselle traitta fort
splendidement M. le duc d'Anjou à disner. Le bruit court de nouveau qu'on luy
fait esperer de la marier avec le Roy. Elle partit le lendemain, à 6 heures du
matin, pour aller à Limours, d'où elle revient le soir.
Le 30 le Parlement estant assemblé et M. le
Prince s'y estant trouvé avec M. de Beaufort, MM. les Gens du roy dirent que la
Reyne ne leur avoit encor peu donner la response sur les remonstrances, parce
qu'elle n'avoit pas peu communiquer avec M. le duc d'Orleans, estant absent;
mais /469v/
qu'elle alloit envoyer M. de Brienne expres à Limours pour prendre son advis là
dessus, et qu'elle envoyeroit la response le lendemain au Parlement. Sur cela,
MM. des Enquestes incisterent fort pour desliberer suivant l'arresté du jour
precedent, mais le Premier President fit tant qu'il l'empescha et gaigna encor
cette journée là. M. de Beaufort dit, sur ce subject, qu'il estoit allé le jour
precedent à Limours, où S.A.R. l'avoit chargé de dire à la Compagnie que pour
certaines raisons elle ne pouvoit pas assister aux assemblées presentes, qu'elle
leur recommendoit de travailler à la justiffication de M. le Prince, pour
laquelle elle ne pouvoit rien adjouster à la declaration qu'elle avoit desja
donné sur ce subject. Apres cela M. de Vendosme estant entré, dit à la Compagnie
qu'ayant sceu ce qu'elle avoit fait sur le subject du mariage de M. de Mercoeur,
son filz, avec la niepce du cardinal Mazarin, il estoit venu pour declarer au
Parlement qu'il estoit vray qu'en 1649 il avoit approuvé le mariage, aussy bien
que toutte la Cour, et avoit signé les articles; mais du despuis les affaires
ayant changé de face, il n'en avoit plus ouy parler, et qu'enfin il s'estoit
conclu sans sa participation, et qu'ainsy il en demandoit la cassation; sur quoy
10 heures ayant sonné, l'on se separa; et à la sortie quelque canaille cria fort
contre le Premier President, luy reprochant d'estre Mazarin.
Le mesme jour les mareschalles de France
s'assemblerent ches Mme de Roquelaure, leur antienne, où elles resoleurent de
mettre des housses sur leurs carrosses, comme font les duchesses despuis quelque
temps, et de ne cedder point du tout à celles cy dans les presseances; ce
qu'elles ont fait aprouver par MM. les mareschaux de France, qui ce [se] sont
aussy assemblés pour ce subject. Elles doivent commencer apres demain à
paroistre ses [ces] housses, en resolution de precedder partout les duchesses,
et pour cest effect outre l'exemple qu'elles rapportent du duc de Bouillon, qui
feut contraint de ceder aux mareschaux de France dans les Estatz de Rouen quoy
qu'il en fit ses protestations, elles se fondent encor sur un edict du [roy]
Charles 9, confiermé par Henry 3 et par Henry 4, par lequel il est dit que les
mareschaux de France ne pourront estre preceddés par aucung duc excepté ceux qui
avoint esté creés par le roy François second et par les roys precedentz. Le
subject de cette resolution est venue tant par jalousie qu'elles ont pris de ce
que, despuis peu, les duchesses se sont attribués le pouvoir de prendre de
telles housses, qu'à cause que le tabouret a esté accordé à Mme de Turenne, qui
est traittée en princesse estrangere, et que les autres dames de la Cour ne
veulent pas recognoistre que pour mareschalle de France.
L'apresdisnée M. de Brienne partit avec le duc
d'Amville pour Limours, et Madame eut une asses longue conference avec la Reyne
au Palais Royal.
Hier au matin M. le Prince estant allé à
l'assemblée du Parlement, les portes du Palais demeurerent fermées tant qu'elle
dura, et gardées par les archers de Ville; en sorte qu'on n'y laissa entrer
aucune personne, encores qu'on n'eut point d'armes, à cause des reproches que
l'on avoit fait le jour precedent au Premier President d'estre Mazarin. L'on y
examina dereschef la declaration contre le cardinal Mazarin; et apres y avoir
encor corrigé quelque chose,
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on demeura d'accord des termes dont elle devoit estre conceue, et l'on donna
ordre à MM. les Gens du roy d'aller l'apresdisnée, comme ilz firent, ches M. le
Chancellier pour luy en apporter le project et la luy apporter scellée et en
forme pour la veriffier. Ensuitte M. le Prince ayant demandé justice sur les
accusations faittes contre luy par l'escrit de la Reyne, le Premier President
dit qu'il falloit attendre que M. de Brienne feut revenu de Limours pour veoir
quelle response la Reyne auroit à faire aux remonstrances faittes là dessus, et
ainsy il fit differer cette desliberation; mais l'on donna ordre à MM. les Gens
du roy d'aller le matin et l'apresdisnée au Palais Royal pour sçavoir si M. de
Brienne estoit de retour de Limours et sollicitter la response aux remonstrances.
Apres cela MM. des Enquestes proposerent la continuation du Parlement et de ne
prendre point de vacations; à quoy le Premier President ayant respondu que
c'estoit un affaire de tropt grande importance pour n'y pas songer avant qu'on y
desliberat, quelq'ungs des MM. des Enquestes repartirent qu'ilz y avoint songé
et qu'ilz estoint de cest advis là. L'on se separa là dessus, et l'on remit
l'assemblée à aujourd'huy.
MM. de Brienne et le duc d'Amville arriverent
un peu devant midy, et raporterent à la Reyne que M. le duc d'Orleans les avoit
priés de proposer à Sa M. de faire tenir les Estatz Generaux à Ponthoise.
Le matin le Parlement s'estant assemblé, M. le
Prince s'y estant trouvé, l'on a premierement parlé de la desliberation sur les
abbus qui ce [se] sont introduitz dans le prix de l'or et de l'argent, et l'on a
arresté de prendre l'advis là dessus des corps des marchandz. Ensuitte l'on a
dit que le Roy vouloit faire la response luy mesmes aux remonstrances; et pour
cest effect on a leut une lettre de cachet par laquelle le Parlement estoit
mandé au Palais Royal. Ainsy l'assemblée s'est separée sans desliberer là dessus,
dont M. le Prince a tesmoigné n'estre point satisfait. Il est party à midy pour
aller à Limours.
L'apresdisnée les deputtés du Parlement estant
allé au Palais Royal, le Roy leur a dit luy mesmes que M. le Chancellier leur
feroit entendre sa volonté par une declaration qu'il leur mettroit entre leurs
mains, laquelle serviroit de response à leurs remonstrances. Elle leur a esté
leue et contenoit, en substance, que les advis qui avoint esté donnés à Sa M.,
que M. le Prince eut intelligence avec les Espagnolz, n'ayant point eu de suitte,
elle n'y avoit pas voulu aussy y adjouster foy, d'autant plus que M. le Prince
luy avoit fait donner des asseurances du contraire; que pour mieux s'en asseurer
et pour reunir la Maison Royalle, elle desiroit qu'il donna des marques de son
affection et de son obeisisance, en faisant joindre l'armée par ses troupes,
faisant sortir les Espagnolz de la ville de Stenay, faisant cesser les
fortifications qu'il faisoit faire à ses places, et venant prendre au Conseil de
Sa M. celle qui est deue à sa naissance, moyenant quoy elle offroit de luy
donner touttes les seurttés raisonnables pour sa personne. Demain le Parlement
doit desliberer là dessus.
Le mareschal d'Aumont ayant eu advis que le
marquis Sfrondatti s'avançoit vers la mer avec ses trouppes, a decampé de
Vauchelles [Vaucelles] avec son armée, qui est encor de pres de 18000 hommes,
pour s'avancer de ce costé là et empescher le dessaing de ce marquis, qu'on
croit estre d'attaquer Furnes. Les trouppes de M. le Prince sont tousjours à
Marle.
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De Paris du 6 septembre 1651
Le 2 du courant, au matin, le Parlement estant
assemblé, l'on y leut la declaration servant de response aux remonstrances sur
l'affaire de M. le Prince, laquelle avoit esté donnée le jour precedent aux
depputtés dans le Palais Royal, mais on ne jugea pas à propos d'y desliberer
sans en parler auparavant à M. le duc d'Orleans, vers lequel on depputta MM.
Doujat et Menardeau, pour le prier de venir prendre sa place à l'assemblée le 4.
Ensuitte il feut arresté qu'on continueroit le Parlement pour les affaires
publiques, et qu'il n'y auroit point de vacation. M. le duc de Candalle y avoit
esté receu, dès 6 heures du matin, duc de la Valette et pair de France par la
Grand' Chambre, l'Edit, et la Tournelles assemblées, MM. des Enquestes s'estant
pour la pluspart desistés de l'opposition qu'ilz avoint fait l'année passée à sa
reception, comme n'estant pas encor en aage. MM. Doujat et Menardeau partirent,
demy heure apres leur sortie du Palais, pour Limours, où S.A.R. leur promit de
se trouver à l'assemblée.
On escrit de Thoulouse que le conseiller De Lom
ayant une requeste à rapporter pour un affaire qui regardoit le different des
Estatz de Languedoch avec ce parlement là, le president Gach le recusa comme
suspect; et sur cela il y eut des parolles si picquantes entre eux, qu'ilz en
vinrent aux mains et se gourmerent en pleine assemblée dans la Grande Chambre,
assistés des conseillers Caumelz et Lestang; mais la Compagnie les ayant separés,
les interdit tous 4. Le comte d'Aubigeoux, et MM. de Seve et de Boucherat, y
estant entré en negotiation pour accommoder le Parlement avec les Estatz de la
province, un gentilhomme de M. le Prince nommé Mazerolles, qui estoit arrivé il
y a 8 jours, y solliciter tous les conseillers de ne s'accommoder point, disant
que M. le duc d'Orleans et M. le Prince souhaittoint que les affaires y
demeurassent encor en mesme estat, et qu'ilz estoint tous deux mescontentz de la
Cour et bien unis dans les mesmes interestz. Il y rendit quelques lettres de M.
le Prince à des conseillers, mais elles ne parloint point de cette affaire, et
la pluspart de ceux cy luy declarerent qu'ilz se vouloint tenir dans les
interestz du Roy sans se mesler des querelles que MM. les princes pourroint
avoir avec la Reyne. Cest advis estant arrivé icy le 2, l'on en envoya avertir
S.A.R., qui en feut extraordinairement faschée contre M. le Prince, ayant creu
que c'estoit par son ordre que Mazerolles avoit entrepris cette negotiation
pernitieuse, et cela feut cause que S.A.R. s'en revient de Limours le soir du
mesme jour, apres avoir soupé, et arriva icy à une heure apres minuit.
Le 3, au matin, M. le Prince estant allé au
palais d'Orleans, S.A.R. luy tesmoigna d'abord beaucoup d'aigreur du voyage et
de l'entreprise de Mazerolles, d'avoir si mal à propos mis en compromis le
credit qu'elle avoit dans ce parlement là; mais M. le Prince s'en justiffia par
des grandes protestations qu'il fit de n'avoir donné aucun ordre sur ce subject
à Mazerolles, lequel il abandonna à S.A.R., consentant qu'elle le fit mettre en
prison dans la citadelle de Mompelier [Montpellier] et qu'elle luy fit faire le
proces, offrant d'escrire au Parlement de Thoulouse en telz termes qu'elle
voudroit pour desadvouer le proceddé de ce gentilhomme; dont S.A.R. estant
demeurée satisfaitte, M.
/472v/ le Prince escrivit une lettre
là dessus à ce parlement, en presence de Sadite A., qui l'ayant mis entre les
mains du president de la Terrasse, qui en est deputté en Cour, celuy cy l'envoya
par un courrier expres qu'il fit partir à midy pour atteindre l'ordinaire, qui
estoit party le matin, de sorte que l'union de S.A.R. avec M. le Prince, qui
estoit alterée par cest accident, en renoua comme auparavant.
A une heure apres midy, M. de Chasteauneuf
arriva au palais d'Orleans et confera pendant 2 heures avec S.A.R. M. le Prince
y feut apres que celuy cy en feut sorty avec le president Violle; et le soir
S.A.R. feut au Palais Royal, où elle feut fort caressée de Leurs M. Elle
persiste à demander la tenue des Estatz Generaux à Ponthoise, mais la Reyne n'y
a encor rien voulu resoudre, remettant tout au Roy à sa majoritté.
On escrit de Chinon, qui est une dependance du
duché de Richelieu, que cette ville là ayant receu des lettres de cachet du Roy
qui luy deffendoint de recevoir le duc de Richelieu, les habitans luy ont fermé
les portes, ayant seulement permit à Madame sa femme d'y entrer pour entendre la
musique le jour de Ste M[arie?].
Avant hier M. le duc d'Orleans estant entré en
l'assemblée du Parlement avec M. le Prince, M. de Beaufort, et autres grandz,
sans M. le Coadjuteur, qui n'y s'y est pas trouvé despuis qu'il feut prié par
S.A.R. de n'y aller pas, S.A.R. fit un tres beau discours par lequel elle
justiffia amplement la conduitte de M. le Prince, et remonstra l'importance
qu'il y avoit de veriffier et publier la declaration contre le cardinal Mazarin
devant la Majoritté; apres quoy MM. les Gens du roy ayant parlé et donné des
conclusions au[x]quelles elle trouvoit quelque chose à redire, notenment en ce
qu'ilz estoint d'advis qu'on fit des tres humbles remonstrances à la Reyne pour
la supplier d'accorder une declaration d'innocence à M. le Prince, pour estre
veriffiée le jour que le Roy seroit declaré majeur, avec celle qui est accordée
contre le cardinal Mazarin, elle fit un second discours de la mesme force que le
premier, par lequel elle respondoit fort bien à tout ce que M. Talon, advocat
general, avoit dit, et fit veoir qu'il estoit à propos d'avoir ces deux
declarations devant la Majoritté. D'autres adjousterent quelque chose à son
advis, et il y en eut 3 differentz sur lesquelz on contesta fort; et enfin il
feut resolu que la Reyne seroit suppliée d'accorder presentement ces deux
declarations pour estre veriffiées hier et publiées le jour de Majoritté.
L'apresdisnée MM. les Gens du roy estant allés au Palais Royal pour demander ses
[ces] deux declarations, la Reyne les leur promit pour hier au matin, avec des
lettres patantes pour la convocation du Parlement. S.A.R. se trouva lo[rs] au
Palais Royal, où elle confera avec la Reyne sur ce subject.
Avant hier la noblesse de la banlieue de Paris
s'estant assemblée en cette ville pour depputter aux Estatz Generaux, depputta
le marquis de Leuville, nepveu de M. de Chasteauneuf.
Hier au matin le Parlement estant assemblé et
les deux declarations y ayant esté apportée, le Parlement envoya M. Soisy,
conseiller, filz du president Le Bailleul, au palais d'Orleans
/473/
pour en avertir S.A.R.. M. le Prince le feut aussy veoir pour le mesme suject et
aussytost elle partit pour aller à l'assemblée, qui leut et veriffia les deux
declarations l'une apres l'autre, ayant esté remarqué que celle de M. le Prince
(qui n'y s'y trouva pas) est conceue en termes les plus avantageux qu'il auroit
peu souhaitter, et feut arresté que pour leur donner plus de poidz, elles
seroint publiées le jour de la Majorité, suivant ce qui avoit esté resolu avant
hier. Ensuitte on y leut les lettres patentes pour la continuation du Parlement,
et apres on en sortit avec une satisfactions universelle. J'omettois une
particularité qui est merité d'estre escritte. C'est que lors que l'on veriffia
la declaration contre le cardinal Mazarin, MM. les Gens du roy y donnant leurs
conclusions, adjousterent que la Reyne les avoit chargés de demander à la
Compagnie qu'il feut permis au cardinal Mazarin de tenir icy deux personnes qui
vaqueroint à ses affaires, ce qui feut accordé. A la sortie, M. le Prince
s'estant rendu au palais d'Orleans, tesmoigna à S.A.R. qu'il estoit tres
satisfait de la declaration qui luy avoit esté accordé pour son innocence, qui [qu'il]
la luy avoit procurée. Elle print occasion de luy proposer d'aller l'apresdisnée
au Palais Royal, apres luy avoir parlé d'ung accommodement particulier, dont il
estoit demeuré d'accord et luy avoit promis de se trouver l'apresdisnée au
Palais Royal afin qu'elle le presentat au Roy et à la Reyne; mais il luy envoya
apres un gentilhomme pour s'en excuser et n'y alla point, ne s'y croyant pas
encor en seurté. L'heure promise estant passée, M. le Coadjuteur arriva au
Palais Royal, où il feut presenté par S.A.R. à Leurs M., qui luy firent caresse
et bon acceuil. Le soir, à 9 heures, Sadite A. estant de retour ches elle, M. le
Prince s'y rendit et luy ayant representé que son accommodement n'estant pas
achevé, il ne pouvoit pas paroistre dans Paris à la Majoritté du Roy, qu'à cause
de cela il avoit jugé à propos de s'absenter pour 2 ou 3 jours afin qu'on ne
trouvat pas estrange de ce qu'il n'assistoit point à la ceremonie qui ce [se]
faira demain pour cest effect au Parlement; et ainsy il print congé pour aller à
Trie veoir Mme de Longueville, où il est allé ce matin pour en revenir apres
demain. On croit qu'il a esté mal ediffié de ce que S.A.R. presenta hier M. le
Coadjuteur à Leurs M.; mais elle luy avoit auparavant souventes fois dite que M.
de Chasteauneuf et M. le Coadjuteur ne luy ayant donné aucung subject d'estre
mescontent de leur proceddé, elle ne laisseroit pas de les considerer encor
qu'ilz ne feussent pas ses amis. On loue universellement la conduitte que S.A.R.
a tenue dans cette conjoncture, où la mediation a esté aussy adroitte que juste,
puisque elle a en mesme temps obligé tres sensiblement les deux partis, le
premier en empeschant les desordres dont l'Estat estoit menacé, et l'autre en
faisant trouver à M. le Prince touttes les seurtés qui ce [se] peuvent, en sorte
qu'il ne se plaint que de ce que S.A.R. n'est pas opposée à l'establissement du
nouveau Conseil qui doit estre composée des personnes qui luy sont touttes
suspectes, entre autres de M. de Chasteauneuf, lequel y feut hier receu en
qualité de principal ministre, du consentement de S.A.R. On asseure que M.
/473v/
le Coadjuteur en sera aussy. Le marquis de la Vieuville n'attend que l'heure
qu'on luy donne la surintendance des finances, et M. le Chancellier et M. de
Maisons l'heure de leur disgrace.
Le lieu de la tenue des Estatz Generaux n'est
pas encor arresté, la Reyne s'en estant remise au choix que le Roy en voudroit
faire à la Majoritté.
Les avis de Flandres confierment que les
ennemis assiegent Furne, le 29 du passé, le mareschal d'Aumont luy ayant envoyé
quelque cavalerie, dont un party s'estant un peu tropt engagé avec les ennemis,
d'Escars y a esté fait prisonnier avec 10 ou 12 soldatz.
Du 8 septembre
Le 6 le Parlement estant assemblé, veriffia la
declaration donnée contre le cardinal Mazarin, et celle de l'innocence de M. le
Prince feut remise à hier, afin que la veriffication en feut plus autantique,
estant faitte en presence du Roy.
Hier au matin M. le prince de Conty, ayant veu
M. le duc d'Orleans, feut au Palais Royal, où il rendit, en presence de S.A.R.,
une lettre de M. le Prince au Roy, laquelle est imprimée. Peu apres, l'on fit la
cavalcade qui accompagne le Roy au Parlement, laquelle estoit certainement fort
belle mais non pas fort nombreuse en personnes d'haute condition, n'y ayant eu
que 40 ou 50, qui pareurent tres superbement vestus. Il y eut un prodigieux
concours de peuple qui se mettoit jusques sur le toit des maisons pour la veoir
passer. L'on remarqua que le Roy y tient une gravité fort majestueuse et une
contenance qui dementoit son aage de 13 ans accomplis. La Reyne les suivit en
carrosse avec MM. les ducs d'Anjou et d'Orleans, le reste estant à cheval, aussy
bien que le Roy. Il arriva à 10 heures dans la chapelle du Palais, où il y eut
disputte pour la presence entre M. de Vendosme et M. d'Elbeuf, et entre celuy cy
et M. d'Espernon, qui pretend que le duché d'Espernon est de plus antienne
creation que celuy d'Elbeuf; mais comme ce n'estoit pas le lieu pour decider
cette question, le Roy leur commanda de sortir tous 3, ce qu'ilz firent; et en
mesme temps le Parlement depputta 4 presidentz et 8 conseillers, qui allerent
recevoir le Roy dans la Sainte Chapelle; et Sa M. s'estant siegée dans son lict
de justice, la Reyne commencea à parler, et dit qu'elle estoit venue pour mettre
le gouvernement de l'Estat entre les mains du Roy, à present qu'il avoit atteint
l'aage de la majorité. Alors le Roy print la parolle et fit de fort bonne grace
un petit discours fort jolly, par lequel il remertia la Reyne des soings qu'elle
avoit pris de gouverner son Estat, et qu'il en acceptoit le gouvernement pour
l'administration suivant ses constitutions et loix fondamentalles. Il remertia
aussy M. le duc d'Orleans; et apres il dit qu'il avoit des editz à veriffier,
dont M. le Chancellier diroit ses intentions à la Compagnie. Celuy cy en parla
ensuitte et loua fort la conduitte que la Reyne avoit tenue pendant sa regence,
et fit un discours sur le mesme subject; et
/474/
l'advocat general Talon en fit apres un autre fort beau, exhortant Sa M. à faire
reflection sur les miseres de son peuple et à travailler à la paix; apres quoy
la desliberation [declaration?] de l'innocence de M. le Prince y feut leue et
enregistrée avec 2 editz, l'ung contre les duels et l'autre contre les
blafemateurs. Avant que sortir, Sa M. embrassa S.A.R., et s'en retourna en
carrosse à cause de la chaleur.
Hier, l'apresdisnée, M. le duc d'Orleans
confera pendant 2 heures avec la Reyne sur le nouveau establissement du Conseil
du Roy, sans pouvoir s'en accorder. Le soir le chevalier de la Vieuville estant
allé au palais d'Orleans, pria S.A.R. d'estre favorable au marquis de la
Vieuville, son pere, dans la pretention qu'il a d'estre surintendant des
finances; à quoy elle luy repondit en ces termes: "Non, je n'y consentiray
point. Vostre pere a traitté avec le Mazarin, et vous aves aydé à deboucher les
Vardes de mon service. Allez vous faire foutre, vous et vostre pere! Que je ne
vous voye jamais!" Le Chevalier sortit aussytost, tout confus, sans rien
replicquer.
Les advis de Flandres confierment que les
ennemis assiegerent Furne le 29 du passé, le mareschal d'Aumont y ayant envoyé
quelque cavalerie; dont un party s'estant un peu tropt engagé en chemin avec les
ennemis, le chevalier d'Escars y a esté fait prisonnier avec 10 ou 12 soldatz,
mais aussy ce mareschal, ayant passé l'Escaut, a obligé les ennemis à se retirer
pres de Valentiennes et a offert le combat au comte de Fuelsendagne, qui l'a
refusé.
La nouvelle arriva hier que le mareschal de
Seneterre a enfin pris Chaste[l] sur Moselle à composition.
L'on asseure que Furnes est pris à composition.
Les trouppes que le mareschal d'Aumont a envoyé de ce costé là sont celles de M.
le duc d'Orleans.
Le lieu de la tenue des Estatz Generaux n'est
pas encor arresté, et plusieurs commencent à douter qu'on les veuille tenir.
/476/
De Paris le 15 septembre 1651
Le 8 du courant, au soir, M. le duc d'Orleans
estant allé au Palais Royal, parla à la Reyne de faire l'accommodement
particulier de M. le Prince avant qu'establir le nouveau Conseil, afin que les
choses s'accommodant avec luy, il y eut plus de moyen de le reunir à la Maison
Royalle; à quoy Sa M. respondit que le nouveau Conseil estoit desjà restably, et
que le Roy avoit choisy luy mesmes 3 personnes dont il le vouloir [sic]
remplir, sçavoir M. de Chasteauneuf, le Premier President, et le marquis de la
Vieuville, et qu'il vouloit que le premier en feut le chef, que le second eut
les sceaux, et le 3e les finances. A cela S.A.R. repartit qu'elle
n'entreroit jamais dans le Conseil tandis que ces personnes y seroint, et dit au
Roy qu'elles y estoint mises par le cardinal Mazarin, et que ces gens là,
suivant ses maximes, acheveroint bientost de luy perdre son estat, à quoy il ne
vouloit point avoir de part; et sur cela elle sortit fort mescontente, ce qui
arriva sur les x du soir. La Reyne estant resolue d'executter son desseing,
envoya aussytost M. du Plessis Guenegaud ches M. le Chancellier pour luy
demander les sceaux et luy commander de se retirer à Auteuil, une lieue d'icy,
jusques à nouvel ordre; à quoy M. de Guenegaud luy adjousta qu'il croyoit que
dans 2 jours la Reyne luy permettroit de se venir promener dans Paris quand bon
luy sembleroit, comme elle a fait, et vient icy despuis 2 jours. En mesme temps
elle envoya au president de Maisons de luy envoyer sa commission de surintendant
des finances, et l'on dit qu'il refuse, pour sa recompense, un brevet de
ministre d'Estat. Les sceaux estant au Palais Royal, Sa M. manda le Premier
President et le marquis de la Vieuville, lesquelz y estant arrivés sur les xi
heures, elle donna les sceaux au premier et la commission de surintendant au
dernier. M. le prince de Conty et M. de Nemours partirent le lendemain au matin
pour aller à Chantilly trouver M. le Prince, qui estoit [qui y estoit] arrivé le
jour precedent.
Le 9 au matin le Roy envoya le duc d'Amville à
M. le duc d'Orleans pour le prier de l'aller trouver, ce qu'il fit aussytost; et
estant arrivé au Palais Royal, Sa M. luy dit qu'on croyoit qu'il feut allé à
Limours, que plusieurs en avoint esté bien ayses, mais qu'il l'estoit de ce
qu'il demeuroit icy et qu'il l'avoit envoyé querir pour le prier de le luy
continuer ses bons conseilz. Il protesta au Roy de luy garder tousjours une
fidelitté inviolable, et luy dit qu'il luy en viendroit tous les jours dire des
nouvelles asseurances; mais il le supplia de le dispenser d'entrer au Conseil
tandis que ceux qui avoint esté mis le jour precedent y seroint, ayant dit
derechef que c'estoit un conseil Mazarin qui acheveroit de ruyner l'Estat; et
apres quelques autres discours il sort sans veoir la Reyne. Estant de retour à
son palais, M. le Coadjuteur luy alla demander protection, disant qu'il avoit eu
advis certain qu'on avoit resolu au Palais Royal, aussy bien que ches M. le
Prince, de le perdre, luy et toutte sa Maison, et que la Reyne vouloit
exterminer sa race. M. l'Archevesque, son oncle, fit aussy la mesme priere à
S.A.R., qui leur promit de faire ce qu'elle pourroit pour eux. Ensuitte elle
envoya le president Violle à Chantilly pour prier M. le Prince de s'aprocher de
Paris et mesmes, dit-on, pour travailler à reunir toutte la Fronde en
accommodant M. le Coadjuteur avec M. le Prince.
/476v/
Les trouppes de M. le Prince ayant eu advis qu'on vouloit envoyer au mareschal
d'Aumont un ordre de les aller charger, apres les avoir derechef sommées de
joindre l'armée, ont promptement decampés de Marle et sont allé passer soubz les
murailles de La Capelle; où les Espagnolz leur ayant fourny du pain, elles ont
marché vers Stenay. L'on a fort remarqué que ce mareschal a envoyé celles de M.
le duc d'Orleans du costé de la mer, comme s'il eut aprehendé qu'elles se
detachassent de l'armée pour s'unir avec celles de M. le Prince.
La nuict du 9 au 10 M. le Prince vient coucher
à St Maur, d'où il partit le lendemain pour aller à Mourron, avec des
resolutions de faire esclatter son mescontentement. Pour cest effect il manda
toutte sa maison, qui l'alla joindre le mesme jour à Augerville la Riviere, qui
appartient au president Perrot, à 18 lieues d'icy. M. le prince de Conty, qui
estoit revenu de Chantilly le soir du 9, apres avoir conferé avec M. le duc
d'Orleans, retourna veoir M. le Prince le soir du 10 à Augerville, d'où il n'est
point revenu. Quant à M. le duc d'Orleans, il resolut de ne bouger point de
Paris, et M. de Beaufort aussy, afin de conserver leur credit; et cepandant
S.A.R. a commencé d'aller tous les matins saluer le Roy à son levé, où l'on a
remarqué [que] la Reyne se trouve ordinairement et qu'il ne s'y parle que des
choses indifferentes. Le soir le Roy va au Cours, où il rencontre tousjours
S.A.R. et luy parle.
Le mesme jour, 9, la Reyne manda M. Le Tellier
pour le restablir, et il vient icy le lendemain, et depuis est allé et venu de
sa maison de Chaville à Paris; mais son restablissement ne paroit pas encor,
n'ayant fait aucune fonction de sa charge. Sa M. a esté sollicittée par quelques
personnes de rapeller MM. Servien et Lyonne, et quoy qu'elle soit mal
satisfaitte de leur conduitte passée, neamoings on asseure qu'elle a aussy
rapellé M. de Lyonne et non M. Servien.
Le 10 le marquis de la Vieuville ayant pris le
frere de M. Brisacier pour son premier commis, commencea à faire la fonction de
surintendant des finances, dont on continue à dire qu'il est vray qu'il a donné
400 mille livres au cardinal Mazarin.
Le mesme jour la Reyne commanda aux mareschaux
des logis du roy de partir pour aller marquer les logis à Tours, et les y faire
preparer pour le 20 du courant. Ilz partirent le 13 au matin, mais cela
n'empesche pas que plusieurs n'ayent peyne à croire que ce voyage ce [se] fasse.
Il ce [se] trouve vray que l'ordre du Roy a
esté envoyé au cardinal Mazarin d'aller en Italie; mais soubz pretexte des
deffiances qu'il avoit d'estre maltraitté à Rome, on luy envoya en mesme temps
une commission pour y faire les affaires du Roy, pour qu'il y soit par ce moyen
en seurté et en consideration.
Touttes les compagnies souveraines et autres
corps ont esté complimenter le Roy sur son avenement à la majorité, et l'on
remarqua le xi que M. Nicolai, premier president de la Chambre des comptes,
haranguant sur ce subject, representa fort bien l'obligation que Leurs M. et
tout l'Estat avoint à la conduitte de M. le duc d'Orleans, dont il en fit un
tres beau panegirique.
/477/
La noblesse du Pays Chartrain, pour se venger de l'affront qui leur feut fait
nagueres dans Chartres, l'a investy despuis 2 jours, 2000 chevaux s'y estant
portés pour cest effect, lesquelz maltraittent tous ceux qui en sortent, et
pillent les fermes qui sont aux environs.
L'apresdisnée du xi, S.A.R. feut priée de faire
quelques propositions d'accommodement à M. le Prince, dont elle dit qu'elle se
chargeroit volontiers.
Le soir du mesme jour, M. le duc d'Orleans
ayant rencontré le Roy au Cours, pria Sa M. de laisser descendre de son carrosse
le mareschal de Villeroy, à qui il avoit à dire des choses qui regardoient le
service de Sa M. Ce mareschal descendit et confera dans le Cours asses longtemps
avec S.A.R., qui le ramena apres au Palais Royal, où elle n'entra point. L'on
remarqua qu'avant que partir du Cours, quelques bourgeois qui se promenoint, la
prierent de ne quitter point Paris, disantz qu'ilz n'esperoint qu'à elle, dont
elle leur donna parolle.
Le mesme soir S.A.R. despescha un de ses
gentilhommes, nommé de Vousy, à Augerville pour prier M. le Prince de venir à 5
ou 6 lieues au dessus de Limours pour conferer avec elle sur les propositions
d'accommodement qui luy avoint esté faittes de la part de la Reyne.
Le 12, au matin, M. de Chasteauneuf feut pour
ce subject deux fois au palais d'Orleans pour en parler à S.A.R., qui en partit
le mesme jour à midy pour Limours; et à son despart on remarqua que quantité de
bourgeois s'estant trouvés dans son palais pour luy faire cognoistre la crainte
qu'ilz avoint qu'elle ne revient plus, elle leur dit qu'ilz ne se missent pas en
peyne, qu'elle ne s'en alloit pas, et qu'elle seroit icy dans 2 jours sans faute.
Une heure avant son despart, elle feut avertie que M. le Prince estoit party
d'Augerville le jour precedent, ce qui l'obligea de luy envoyer M. de Croysy
Fouquet, conseiller au Parlement, avec une autre lettre, pour le prier de
s'arrester à Bourges jusques à ce qu'on auroit peu veoir si les propositions
d'accommodement reussiroint et si on luy pourroit establir des bonnes seurtés;
et une heure apres midy, M. de Gaucourt arriva icy de la part de M. le Prince,
avec une lettre qui [qu'il] portoit à S.A.R., laquelle il suivit si diligenment
qu'il attrapa [qu'il l'attrapa] à Palaiseau et luy dit que M. le Prince devoit
coucher ce jour là à Mancey [Mancy], au delà de la Loire, et arriver le
lendemain 13 à Bourges; qu'il avoit despesché quelques courriers en divers
endroitz; et qu'il avoit dit qu'apres qu'il auroit passé cette riviere, il ne
reviendroit plus. Neamoings S.A.R. ne laissa pas de poursuivre son chemin pour
attendre le retour de Vousy à Limours.
Le 13 M. le duc d'Amville, qui avoit accompagné
S.A.R. à Limours, en revient, ne voyant point d'aparence que M. le Prince
revient de si loing, ny que Vousy l'eut rencontré. Il apporta à Madame la lettre
que M. le Prince avoit escrit à S.A.R., lasquelle contient le suject pour lequel
il s'est retiré, qui est imprimée.
Le mesme jour la duchesse de Luynes mourut icy
en couche. Ce feut le 5 du courant que Furne se rendit à composition, la
garnsion en estant sortie avec
/477v/
armes et bagages, sans canon, escortée jusques à Arras. Les ennemis n'ont pas
voulu qu'elle allat à Bergues ny à Duncherque.
Le mareschal d'Aumont avoit envoyé du costé de
la mer les troupes de M. le duc d'Orleans et celles de M. de Valois, qui
faisoint 5000 hommes, avec 400 chevaux des troupes d'ordonnance de Conty et
d'Anguien, qui avoint demeuré dans l'armée jusques icy; mais dans leur marche
elles se sont detachées et sont allées joindre les autres à Stenay. Quant à
celles de S.A.R., ce mareschal avoit resolu de les disperser dans les places les
plus esloignées du costé de la mer; mais sur la premiere plainte qu'elle en fit,
M. de Brienne luy alla dire qu'on les mettroit en tel lieu qu'il luy plairroit,
à quoy elle respondit qu'elle ne vouloit que le service du Roy, mais qu'afin
qu'elles ne se ruinassent point en les dispersant dans les places, ou qu'elles
demeurassent jointes dans un mesme corps; et aussytost l'ordre feut expedié pour
les mettre ensemble dans Duncherque ou aux environs. Ce mareschal avoit aussy
detaché 3 mille chevaux pour aller charger celles de M. le Prince, mais ilz ne
les ont pas attrapés, et on asseure qu'en cas qu'elles soint attaquées, elles
seront deffendues par Don Estevan de Gamarre, avec 4 mille Espagnolz, qui est
entre Stenay et Mouson; et que M. le Prince y a envoyé le duc de Nemours pour
les commander en qualité de general et le comte de Tavanes lieutenant general.
Le mareschal de Seneterre s'aproche de là avec
4 mille hommes qui luy restent. Il a obtenu de la Reyne la commission
d'intendant de justice dans son armée pour le sieur Brachet, notté par les
arrestz du Parlement pour avoir esté à Cologne trouver le cardinal Mazarin; dont
les maistres des requestes murmurent, à cause qu'il n'a aucune qualité pour
avoir une telle commission, n'ayant jamais esté homme de robbe.
Le bruit a couru que le Roy devoit aller en
Normandie pour empescher M. de Longueville d'y faire aucung party, mais celuy cy
ayant donné des asseurances de ne rien attentir, il ne ce [se] parle plus de ce
voyage, mais bien de celuy de Fontainebleau.
Il n'y a encor aucune nouvelle de M. le Prince,
Vousy n'estant pas de retour ny M. de Croisy; mais on le croit arrivé despuis
hier au soir à Mourron [sic: Montrond?] et qu'il doit aller bientost en
Guyenne. On asseure que le duc de la Rochefoucaut est allé en Poictou assembler
tous ses amis, et que M. le prince de Conty s'est separé de M. le Prince à 3
lieures au delà Augerville. On ne sçait où il est allée, quelq'ungs croyent en
Provence, d'où il n'est venu aucune lettre cette semaine, l'ordinaire ayant esté
volé en chemin par quelques personnes masquées.
Un second ambassadeur de Barcelonne est arrivé
icy depuis 2 jours pour faire les mesme instances que le premier, et notament
pour demander M. Marchin pour viceroy.
Hier un courrier des Estatz de Langudoch arriva
icy et apporta nouvelles qu'ilz avoint accordé 600 mille livres de don gratuit
au Roy et 100 mille livres à S.A.R., et qu'ilz
/478/
continuoint leur assemblée jusques à ce qu'on leur fait raison sur le different
qu'ilz ont avec le Parlement de Thoulouse, ayant resolu d'envoyer en Cour des
depputtés pour ce subject.
M. de Vendosme est allé en Bretagne pour y
demander aux Estatz 200 mille escus pour son desdommagement des places qui luy
feurent rasées du temps du cardinal de Richelieu.
Les advis qu'on eut hier de l'armée portent
qu'elle estoit partie le xi de Cateau Cambresis pour aller faire 5 ou 6 jours de
marche dans le pays ennemy; mais à mesme temps on eut advis de Dunquerche que le
marquis Sfrondatti avoit assiegé Bergues St Vinox [Winoc].
M. le duc d'Orleans revient de Limours hier à
midy, et parce qu'il estoit necessaire de tenir Conseil pour trouver des moyens
pour conserver Duncherque, qui seroit aysé à assieger si les ennemis prenoint
Bergue, la Reyne envoya aussytost M. de Chasteauneuf et le duc d'Amville à
S.A.R. pour le prier d'assister à ce conseil, ce qu'elle promit de faire sans
consequence, et à condition que le Premier President et le marquis de la
Vieuville n'y entreroint point; et l'affaire ayant esté arresté de cette façon,
elle s'y trouva le soir avec Leurs M., M. de Chasteauneuf, et M. de Brienne,
comme faisant encor la charge de secretaire d'Estat de la guerre sans aucung
autre ministre. Ce matin le Parlement s'est assemblé sans S.A.R., mais il n'a
travaillé qu'à l'affaire des gabelles de Poictou, dont il a cassé tous les
bureaux que les fermiers des gabelles y avoint establis, suivant l'accommodement
qui en avoit esté fait par M. de Chasteauneuf, dont M. le Chancellier n'avoit
pas voulu signer l'arrest; et l'assemblée a esté remise à vendredy prochain,
ayant esté arresté qu'elle ne ce [se] tiendroit que tous les vendredys pendant
les vacations.
/480/
De Paris le 22 septembre 1651
La nuict du 15 du courant, le sieur de Vousy,
que M. le duc d'Orleans avoit envoyé à M. le Prince, arriva icy et rapporta
qu'il l'avoit attrapé le 13 à Bourges, qu'il en devoit partir le lendemain pour
aller à Montrond, et de là à Bourdeaux. Ce gentilhomme apporta une lettre de M.
le Prince à S.A.R., par laquelle il s'excusoit de ne pouvoir pas revenir pour
s'aboucher avec elle, à cause qu'il avoit donné parolle aux deputtés de
Bourdeaux d'estre dans leur ville le 20 de ce mois, et qu'il ne pouvoit pas leur
manquer de parolle, puisqu'il y alloit chercher sa seurté qu'il ne pouvoit
trouver à la Cour.
Les mareschaux des logis du roy qui estoint
partis le 13 pour aller à Tours, feurent contremandés le mesme jour; et le 13
les ordres feurent donnés pour faire tenir touttes choses prestes pour le voyage
de la Cour à Fontainebleau au 21, qui estoit hier, d'où il feut resolu que le
Roy iroit en Berry et de là en Guyenne, avec une armée qui seroit commandée par
M. le comte d'Harcour, et que le duc de Bouillon et le mareschal de Turenne (qui
se sont detachés des interestz de M. le Prince et mis dans ceux de la Reyne)
suivroint la Cour pour assister aux conseilz de guerre. M. de Chasteauneuf a
despuis fait son possible pour detourner la Reyne de ce voyage afin de n'exposer
point la personne et l'autorité du Roy mal à propos; et quoy que ses effortz
ayent esté inutilles, neamoings ilz n'ont pas laissé de contribuer à faire
retarder le despart, premierement jusques à demain, principallement à cause que
M. le duc d'Anjou est tombé malade de fievre, et despuis jusques à lundy
prochain.
M. le duc d'Orleans n'ayant voulu ny suivre la
Cour à son voyage, ny mesmes y consentir, Mademoiselle sa fille a resolu de n'y
aller point, les esperances qu'on luy a voulu donner du mariage du Roy avec elle
n'ayant fait aucune impression sur son esprit, et n'ayant peu la detacher des
interestz de Monsieur son pere.
Le 17 on eut nouvelle que les 5 compagnies
d'ordonnance de M. le Prince qui s'estoint detachées du corps d'armée que le
mareschal d'Aumont envoyoit vers Duncherque avec les troupes de S.A.R., avoint
esté attaqués aupres d'Abbeville. Il n'y eut que le sieur de Recheaut, qui les
commandoit, qui feut prit prisonnier avec 5 ou 6 soldatz, le reste s'estant
sauvé au nombre de 250 maistres; mais comme ilz passoint par la Normandie, ilz
feurent attaqués aupres de Rouen par les regimentz de la reyne et du Coudray
Montpensier, qui en tuerent 14 et demonterent plusieurs autres, qui s'estant
sauvés à pied avec le reste, se disperserent et vinrent à Paris par divers
chemins, et le lendemain prinrent le chemin de Monront [Montrond].
Le mesme jour on eut advis que le sieur de
Castelnau ayant suivy les autres troupes de M. le Prince vers Stenay, n'avoit
peu attraper que quelque reste d'infanterie qui n'avoit pas encor passé la Meuse,
dont il en fit 80 prisonniers.
Le mesme jour, à 9 heures du soir, M. de
Croissy Fouquet revient de Bourges, où il avoit trouvé M. le Prince, qui luy
ayant dit les mesmes raisons qu'il avoit escrit à S.A.R. par Vousy, luy donna
une autre lettre pour Sadite A., qui contenoit à peu pres la mesme chose que la
premiere, en autres termes, adjoustant seulement qu'il demeureroit tousjours
dans les interestz et dans les services de S.A.R. et defereroit à ses sentimentz.
Ce conseiller rapporte que le 14, M. le Prince ayant fait assembler les Corps et
Maison de Ville /480v/
de Bourges, il avoit fait une harangue par laquelle il y avoit deduit le subject
pour lequel il s'estoit retiré de la Cour, à cause principalement du nouveau
Conseil fait par la Reyne, qu'il disoit estre composé de ses plus grandz ennemis
et de personnes qui vouloint faire revenir le cardinal Mazarin, et le tout
contre les sentimentz de M. le duc d'Orleans et les siens; et representa qu'il
sçavoit l'affection que cette province là, et particulierement la ville de
Bourges, avoit tesmoigné autrefois à feu Monsieur son pere. Elle les supplia de
luy continuer cette mesme affection à present qu'il cherchoit sa seurté contre
les violances d'ung Conseil Mazarin, representant qu'il ne pouvoit avoir aucung
desseing contre le service du Roy, et de n'executer aucung ordre de ce conseil
sans le luy communiquer comme gouverneur de la province; sur quoy ces messieurs
ayant desliberé, luy firent responce qu'ilz n'executeroint point d'ordre sans
luy communiquer, où à M. le prince de Conty, qui demeure à Mourron [sic:
Montrond] avec Mme de Longueville et M. de Nemours, qui n'est point allé à
Stenay, comme le bruit en avoit couru; et qu'ilz feroint tout leur possible pour
sa seurté et pour son service; apres quoy il feut coucher à Mourron [sic],
dont il partit le 16 pour Bourdeaux avec les depputtés du Parlement de Guyenne,
qui estoit à sa suitte.
Le mesme jour, sur les instances que les
nouveaux deputtés faisoint pour la nomination d'ung nouveau gouverneur à la
place du duc d'Angoulesme, il feut arresté au Conseil d'en haut qu'on envoyeroit
le mareschal du Plessis Pralin pour y commander par commission jusques à ce
qu'il feut autrement ordonné, n'ayant pas esté trouvé à propos de mescontenter
ce duc dans la conjoncture presente, afin qu'il ne se jetta dans le party de M.
le Prince; mais les Provençaux ayant donné charge à leurs depputtés d'insister
tousjours pour empescher qu'on ne leur envoya plus personne par commission, ce
mareschal fait difficulté là dessus d'y aller, et demande que ce gouvernement
soit donné à M. le duc d'Anjou, et la lieutenance general à luy.
Le mesme jour on eut advis de Bourdeaux que Mme
la Princesse y estoit attendue avec le petit duc d'Anguien; que quantité de
gentilhommes ramassoint des hommes le plus qu'ilz pouvoint pour le service de M.
le Prince; et qu'il y avoit quelques vaisseaux espagnolz et anglois à
l'amboucheure de la Garonne, on ne sçait à quel desseing.
Le bruit a fort couru que M. de Marchin avoit
esté mandé par M. le Prince et que mesmes il avoit quitté la Catalougne pour
l'aller trouver à Bourdeaux; mais ce bruit est tres faux, quoy qu'il aye esté
jusques icy dans les interestz de M. le Prince; neamoings comme il ne s'est
jamais engagé dans aucune intrigue, il est certain qu'il ne quittera pas la
Catalougne, d'autant plus que sur les instances des deux ambassadeurs de ce pays
là, il feut resolu au Conseil le 18 que la commission de viceroy luy seroit
expediée et envoyée avec promesse du baston de mareschal de France, aussytost
qu'il auroit donné sa parolle de continuer ses services au Roy seul, avec la
mesme sincerité qu'il a fait despuis 20 ans. Cette commission doit estre scellée
aujourd'huy et envoyée demain; cepandant on luy envoya, la semaine passé, une
lettre de change de 20 mille escus; et les troupes qu'on leve
/481/
en Provence sont destinées pour la Catalougne, où les Espagnols continuent à se
retrancher à St André, à une lieue en deça Barcelonne, sans faire d'autres
entreprises que des courses pour empescher la communication de cette ville là
avec le Rossillon [Roussillon] et le Languedoch. Il y a dans Barcelonne du bled
pour un an, mais pour la viande l'on y a commencé à la regler et retrancher un
peu.
L'ambassadeur de Portugal a proposé au Conseil
que si on vouloit envoyer un ambassadeur ou autre personne au Roy son maistre,
pour conclurre une ligue avec luy, il fourniroit 30 bons vaisseaux de guerre
qu'il a tout prestz, avec 100 mille escus pour aller sauver la Catalougne ou en
chasser les Espagnolz. Cette proposition a esté fort bien receu, mais on n'y a
pas encor desliberé.
Le mesme jour M. de Chasteauneuf ayant proposé
au Conseil de faire un second effort pour accommoder les affaires, on y fit
revenir M. de Croissy Fouquet pour sçavoir à peu pres dans quelz sentimentz il
avoit laissé M. le Prince; et l'on resolut de prier M. le duc d'Orleans de faire
un voyage à Tours et d'obliger M. le Prince de s'y trouver pour traitter un
accommodement. Cette proposition ayant esté faitte à S.A.R. par le comte de
Nogent, elle respondit premierement que M. le Prince ne croiroit pas trouver sa
seurté dans Tours et qu'il falloit la luy donner telle qu'il le pourroit
raisonnablement souhaitter; que d'allieurs il estoit inutille de luy en parler
sans demeurer d'accord auparavant des propositions qu'on luy devoit faire; et
qu'elle ne se chargeroit pas de luy en faire aucune qui ne feut plausible et
raisonnable. L'on en fit d'abord quelq'unes qu'elle rejetta, et le lendemain ce
comte estant retourné pour solliciter S.A.R. de faire ce voyage et disposer M.
le Prince à l'accommodement, l'on remarqua qu'elle luy dit qu'il n'y avoit point
de seurté, que tant plus elle alloit au droit, tant plus on alloit à gauche, et
qu'enfin il n'y avoit plus de foy; et parce qu'elle avoit dit que Tours estoit
suspect, on proposa que ce seroit à Richelieu, ce qui l'obligea à dire que si
l'on donnoit touttes les seurtés necessaires avec des propositions si plausibles
que M. le Prince peut vraysemblablement les accepter, elle s'iroit aboucher avec
luy à Richelieu, pourveu qu'il le voulut, ce qu'il falloit sçavoir auparavant;
sur quoy elle feut priée de luy escrire une lettre pour l'en exhorter; ce
qu'elle promit de faire, pour le bien de la paix, aussytost qu'on seroit demeuré
d'accord des propositions qui seroint faittes à M. le Prince, estant inutille
d'envoyer la lettre avant cela. L'on remit au lendemain à examiner ces
propositions, et cepandant le Conseil manda M. de Croissy Fouquet pour aller
porter cette lettre à M. le Prince et le porter à venir à Richelieu; mais il
refusa cette commission, disant que c'estoit le mestier d'ung courrier, à moings
qu'on luy donnat des instructions pour faire quelque negotiation avec M. le
Prince.
Le lendemain cette affaire ayant esté remise
sur le tapis, on pria S.A.R. d'envoyer un gentilhomme à M. le Prince, ce qu'elle
fit, avec une lettre par laquelle elle pria de luy mander s'il voudroit bien
venir conferer avec elle à Richelieu, en cas que les propositions
d'accommodement qu'on luy fera soint raisonnables et qu'il y aye seurté pour sa
personne; et ainsy avant que resoudre autre chose là dessus,
/481v/
il faudra attendre le retour de ce gentilhomme.
Le 19 le duc d'Espernon partit d'icy pour aller
en son gouvernement de Bourgoigne. Le duc de Candale s'en va en Auvergne dans 4
ou 5 jours.
Le marquis de la Vieuville travaille fort à
chercher de l'argent et fait si bien que les receveurs generaux luy ont promis
de luy avancer chacung 20 mille escus dans un mois, moyenant une remise; et
ainsy il fait estat d'avoir 2 millions 500 mille livres dans ce temps là; mais
pour survenir a plus necessaire, il a fait changer touttes les assignations
données pour les pensions et remises de l'année 1653. Le president de Maisons ne
luy a pas encor voulu rendre ses registres, voulant estre payé auparavant les 50
mille escus qu'il fit trouver à la Reyne 5 ou 6 jours avant qu'on luy ostat la
surintendance et dont il s'obligea en son nom.
Le mareschal d'Aumont marcha le 19 avec l'armée
vers Arras, et l'on croit qu'elle va droit à Duncherque pour tenter le secours
de Bergue, dont les tranchées feurent ouvertes dès le 15, et les ennemis
l'abattent despuis. Il y a 1500 hommes dedans la place, qui la pourront
deffendre jusques au 25 ou 26. Il y a 12 vaisseaux à la rade de Duncherque, qui
empeschent qu'on n'y peut entrer. L'on a osté au sieur Brachet la commission
qu'on luy avoit donnée d'intendant de justice dans l'armée du mareschal de
Seneterre, et l'on l'a donné à M. de Bossan, conseiller d'Estat.
Hier l'ambassadeur de Venise fit chanter le
Te Deum, qui feut suivy des feux de joye pour la victoire gaignée par les
Venitiens sur les Turqs.
M. le coadjuteur de Paris feut hier hommé par
le Roy au cardinalat. Cette seurté luy ayant esté accordé, en mesme temps il
envoya un courrier expres à Rome, où il croit avoir asses de credit pour obtenir
le chapeau, nonobstant les oppositions qu'on y pourroit faire.
Quelques lettres de Metz du 13 portent que le
cardinal Mazarin y estoit attendu le mesme jour, allant à Nancy. L'on asseure
que la pretendue duchesse de Mercoeur est dans Paris incognita, et
qu'elle est chez la Princesse palatine.
Ce matin le Parlement estant assemblé et M. le
duc d'Orleans s'y estant trouvé, l'on a parlé de desliberer sur le mariage du
duc de Mercoeur et dit que, contre les arrestz du Parlement, la niepce du
cardinal Mazarin estoit venue dans Paris et logée ches la Princesse palatine;
mais la pluspart des conseillers allant assez mollement dans la resolution qui
se devoit prendre là dessus, l'on a facilement changé de matiere sur la
proposition qui s'est faitte de desliberer auparavant sur la retraitte de M. le
Prince; sur quoy S.A.R. fait un beau discours, par lequel, apres avoir desduit
ce qui s'estoit passé dans la Majorité du Roy et le nouveau Conseil que la Reyne
avoit estably sans sa participation et sans celle de M. le Prince, elle a dit
qu'on luy avoit proposé d'aller à Richelieu concerter un accommodement avec
celuy cy, et que sur cela elle luy avoit envoyé un gentilhomme pour sçavoir s'il
vouloit s'y trouver. Ensuitte l'on a ouvert 2 advis là dessus: le premier, qui
estoit le plus suivy, d'envoyer 2 deputtés à M. le Prince pour sçavoir le suject
de son mescontentement
/482/ et ensuitte y desliberer; le
second, de deputter vers la Reyne pour la supplier d'y envoyer de sa part pour
le mesme effect; mais S.A.R. ayant dit que cela seroit tropt long et qu'au
retour de son gentilhomme l'on sçauroit les sentimentz de M. le Prince, on a
suivy son advis, qui estoit d'attendre ce retour pour y desliberer; et parce
qu'on ne parloit plus de l'affaire de M. de Mercoeur, M. de Pontcarré,
conseiller des Enquestes, ayant proposé de resoudre ce qu'on en devoit faire, on
en a remis la desliberation à jeudy prochain à cause de la feste de vendredy.
L'on a encor remis le voyage du Roy à
me[r]credy prochain, à cause que M. le duc d'Anjou ne pourroit pas estre en
estat de partir lundy. M. le duc de Joyeuse a esté aussy fort malade, mais il se
porte mieux. On parle de donner 6 lieutenantz generaux au comte d'Harcourt lors
qu'il yra en Guyenne: sçavoir, les marquis de Roquelaure et de St Megrin, et MM.
de Sauveboeuf, Navaille, Plessis Belliere, et Lambert.
/484/
De Paris le 29 septembre 1651
M. le Coadjuteur a envoyé l'abbé Charrier à
Rome pour y poursuivre sa promotion au cardinalat. Le marquis de Noirmonstier,
son bon amy, est icy despuis hier.
Il ne ce [se] confierme pas que le cardinal
Mazarin aye passé à Metz pour aller à Nancy, mais la mareschalle de Guebriant
estoit partie d'icy la semaine passée pour aller à Brissac avec passeport du Roy
et des lettres de la Reyne pour M. de Charlevois. On croit qu'elle est allée le
disposer à recevoir ce cardinal dans cette place, et à consentir que le jeune
marquis de Vardes en aye le gouvernement.
M. d'Espernon ayant demandé à la Reyne une
place dans son gouvernement de Bourgoigne au lieu du chasteau de Dijon, dont M.
le Prince n'a jamais voulu se demettre, Sa M. luy a donné, avant qu'il partit
d'icy, le gouvernement d'Auxone, dont elle a baillé 40 mille escus de recompense
à M. du Plessis Bezanson, à qui il apartenoit; mais cette somme ayant esté
avancé par un partisan, M. d'Espernon s'est rendu caution de la luy rembourser
en cas que les assignations qu'on luy a donné ne ce [se] trouvent pas bonnes. M.
de Candale n'est pas encor party pour son gouvernement d'Auvergne, faute
d'argent, mais il a emprunté 12 mille escus pour ce voyage qu'il fera bientost.
L'on continue d'asseurer que les troupes du
mareschal de Seneterre sont attendues en Bourgogne pour assi[e]ger les places
que M. le Prince tient, et commencer par le chasteau de Dijon.
M. de Bouteville a estably des postes de
Bellegarde jusques à Stenay par la Franche Comtée pour y avoir communication, et
a receu 200 mille livres pour fortiffier sa place et sa garnison. Le comte de
Tavanes est à Stenay, et on dit que le prince de Ligne l'est allé joindre avec
1200 chevaux; mais cela n'est pas certain, et les advis qui viennent de ce costé
là ne portent autre chose sinon que ce comte s'est joint à Don Estevan de Gamara
et qu'ilz ont fait reveue de leur troupes dans la plaine de Montmedy, où elles
se sont trouvée de 5 mille hommes.
Vous aures sceu que la semaine passée le comte
de Mare, frere du mareschal de Grancey, s'estant mis à la teste de 400 chevaux
des compagnies d'ordonnance de M. le duc d'Orleans, et le sieur de Sommery
s'estant mis à la teste d'ung regiment d'infanterie de S.A.R., auroint passé à
la barbe des ennemis entre Mardich [Mardyck] et Bergue, et estoint entrés dans
Duncherque sans que les ennemis leur eussent attaqués. Ensuitte de quoy M.
d'Estrade ayant fait lascher les escluses, a innondé toutte cette contrée là; et
à mesme temps 3 fregattes chargées de prouvision entrerent dans le canal de
Mardich et ravituaillerent ce fort. Le mareschal d'Aumont continue sa marche
avec l'armée vers Duncherque pour tenter le secours de Bergue, qui n'est pas
encor pris.
M. le Prince a tout à fait levé le masque
devant son despart de Montront, apres lequel on a commencé à faire des levées
partout pour luy, mesmes dans Paris; et M. le prince de Conty est demeuré dans
cette place avec Mme de Longueville, M. et Madame de Nemours; et le marquis de
Persan a deslivré plusieurs commissions pour des levées et prent les deniers du
roy partout il peut, dans les receptes de Berry et des environs, favorisés par
plusieurs gentilzhommes qui se sont declarés pour luy, particulierement dans le
Bourbonnois, où le marquis de Levy, qui en est lieutenant
/484v/
du roy, ayant pris le commandement d'ung party de la garnison de Montront,
s'estoit emparé des chasteaux d'Herisson et de Montaigu, qui sont 2 postes fort
avantageux pour les contributions à costé de Molins; mais le comte de St Geran,
gouverneur de la province, y ayant fait assembler les communes, envoya attaquer
Montaigu la nuict du 24 de ce mois; et la sentinelle ayant esté corrompue, les
introduisit dans ce chasteau, où estant entrées elle y donnerent plus de 30
coups de poignard au baron de la Quille, qui avoit esté mis par le marquis de
Levy pour y commander pour M. le Prince, et despouillerent tout nudz 25 ou 30
soldatz qu'il y avoit en garnison. Quant à l'autre chasteau, il tient encor bon.
Un gentilhomme de M. le duc d'Orleans qui est
de ce pays là, voulant s'en retourner d'icy ches luy aussytost qu'il sceut la
nouvelle de la surprise de ces 2 chasteaux, l'on remarqua qu'en prenant congé de
S.A.R., il luy demanda quel party il vouloit qu'il prit dans ce province; à quoy
elle respondit qu'elle ne vouloit point de guerre, qu'elle vouloit se tenir dans
le service du Roy, et le commanda d'asseurer les gentilzhommes de ce pays là
qu'elle n'avoit point d'autre intention; et que si on luy avoit fait injustice,
aussy bien qu'à M. le Prince, en faisant un Conseil qu'elle ne pouvoit aprouver,
elle esperoit que le Roy luy rendroit justice là dessus.
M. le Prince alla coucher le 16 de Montront
dans la maison de M. de St Germain Beaupré, frere du comte d'Augnon, dans la
Marche, où il luy laissa une commission pour faire des levées. Le 17 il alla
coucher à Confoland [Confolens], qui apartient au comte de Chasteauvieux, et le
18 à Verteuil en Poictou, maison du duc de la Rochefoucaud, où il demeura
jusques au 20 apres midy, et y laissa quantité de commissions à divers
gentilzhommes de Poictou pour des levées. Le duc de Richelieu y estoit allé
quelques jours auparavant trouver le comte d'Augnon pour le disposer à le mettre
dans le party de M. le Prince, le revient trouver à Verteuil et luy porta la
nouvelle que ce comte luy avoit promis un secours de 4 mille hommes, pour la
levée desquelz il avoit transferé à Soubise touttes les receptes des deniers du
roy qui se levent dans l'estendue de son gouvernement, et en avoit chargé les
receveurs et commis, sans s'obliger d'aller servir M. le Prince ny sans souffrir
qu'il vient ny qu'il envoyat des troupes dans l'estendue de son gouvernement de
Brouage et pays d'Aunix; mais on adjouste à cela que despuis, M. le Prince luy
ayant demandé les 2 tours de La Rochelle, il les luy a refusé et s'est mis en si
grande deffiance qu'on espere de le detascher tout à fait du party de M. le
Prince, en luy donnant le baston de mareschal de France.
Le 22 M. le Prince arriva à Bourdeaux, ayant
esté rencontré à 4 lieues en delà par les juratz de la ville, et y feut receut
avec des ceremonies et magnificences extraordinaires. Les espritz y tesmoignant
tousjours grande disposition à se mettre dans ses interests, il envoya un
gentilhomme au mareschal de la Force, mais on croit que cela n'avoit rien
produit, et que les Huguenotz ne feront point de party, puisque on leur a permis
à la Cour de bastir des temples et de prescher aux lieux qu'ilz ont souhaitté.
/485/
Le 23 du courant M. le duc d'Orleans s'en alla à Limours, d'où il revient le
lendemain au soir.
Le 24 la Reyne feut au palais d'Orleans
visitter Madame, qui est indisposée despuis dix jours.
Le president de Gallifet, qui est icy deputté
au Parlement de Provence, poursuivant despuis longtemps la nomination d'ung
nouveau gouverneur au lieu du duc d'Angoulesme, partit d'icy en poste le 25 avec
un gentilhomme de M. le Prince pour s'en retourner, laissant icy M. de Glandeve,
nouveau deputté de la province pour le mesme suject; lequel ayant esté refusé au
Palais Royal, et les 8 jours de la commission estant expirés, il se disposoit
aussy à s'en retourner; mais la Reyne le manda le mesme jour, et on croit que ce
feut pour luy faire esperer qu'on donneroit à M. de Mercoeur ce gouvernement,
afin de detourner par ce moyen les Provençaux de traitter avec M. le Prince.
La ville de Bourges a receu de la part de M. le
Prince une garnison de 200 chevaux et 1000 fantassins; celle d'Issodun [Issoudun]
s'est embrasée par accident.
Les depputtés de Estatz travaillent icy à
s'accommoder, par l'entremise de M. le duc d'Orleans, le different qu'ilz ont
avec le Parlement de Tholose.
Le Parlement de Bretagne a jugé le proces qui
estoit entre les ducs de la Tremouille et Rohan, touchant la presidence des
Estatz de la province; et parce que le present semestre est presque tout composé
de conseillers qui sont de la province d'Anjou, dont le duc de Rohan est
gouverneur, ilz l'ont jugé à son avantage, ayant ordonné qu'en qualité de baron
de Leon, il jouiroit de l'alternative et presideroit la premiere année, et le
duc [de] la Tremouille le 2e.
L'on a envoyé à M. le grand prieur de St Gilles
en Provence la commission pour commander les galleres.
Les advis de Catalougne portent que
l'artillerie qui a esté envoyé à M. de Marchin dans Barcelonne, a passé à la
barbe des ennemis, qui sont tousjours retranchés dans le mesme poste.
L'ambassadeur de cette provence là doit partir demain avec la commission de
viceroy pour M. de Marchin.
Le duc de St Simon a envoyé un gentilhomme en
Cour pour asseurer de sa fidelité, advertir qu'il faisoit son possible pour
fortiffier sa place de Blaye, et donner advis des deportementz de M. le Prince.
M. d'Arpajou ayant esté gaigné, l'année passée, à la guerre de Bourdeaux par le
moyen d'un brevet de duc qu'on luy donna, en a demandé despuis peu les lettres
patentes; lesquelles luy ayant esté refusées, il s'est mis dans le party de M.
le Prince; mais on espere de l'en desunir, en luy accordant à present ce qu'on
luy avoit refusé.
Le mareschal de Grammont a envoyé de Bayonne
icy un gentilhomme nommé L'Ostelnau,
/485v/
pour donner advis que 4 mille Espagnolz s'estoint embarqués à St Sbastien sur 7
gros vaisseaux, 3 fregattes, et quelques barques, et qu'on croyoit que c'estoit
pour le service de M. le Prince.
Le sieur Bartet ayant conté 36 mille escus à M.
Lucas pour la charge de secretaire du cabinet du roy, il feut receu le 26. On
asseure que la Reyne luy a fait don de cette somme.
Leurs M. estant disposées à partir le 27 pour
Fontainebleau, on remarque que la Reyne envoya, le jour precedent, un valet de
pied à la petite Mlle d'Orleans pour la prier de demander un carrosse de relais
à Madame, afin qu'elles puissent aller coucher dans le 17 à Fontainebleau, comme
elles firent, cette princesse estant allé offrir à la Reyne le carrosse qu'elle
avoit demandé.
M. le duc d'Orleans, qui est demeuré icy avec
Madame et Mademoiselle, estant allé le 26 au Pallais Royal et estant entré dans
la chambre du Conseil, sans sçavoir que le Premier President et la marquis de la
Vieuville y feussent, feut fort surpris de les y avoir aperceus et en sortit
incontenent, fasché contre l'huissier de ne l'en avoir pas averty. En sortant,
il rencontra Mme de Brienne, laquelle luy ayant tesmoigné d'estre estonnée de ce
qu'il sortoit si viste, il luy respondit qu'il n'y entreroit jamais tant que
ceux qu'il y avoit trouvé y seroint.
Aussytost apres le despart de Leurs M., le
Premier President envoya M. de Champlastreux, son filz, au palais d'Orleans pour
sçavoir si S.A.R. voudroit se trouver le lendemain, qui estoit hier, à
l'assemblée du Parlement; à quoy elle respondit, asses froidement, qu'elle
estoit un peu indisposée et qu'il falloit remettre l'assemblée à lundy ou à
demain. Cette response embarrassa le Premier President, qui avoit resolu de
partir pour Fontainebleau; mais cela n'empescha pas qu'il ne partit hier, apres
avoir fait advertir tous les conseillers que l'assemblée ne se tiendroit que
mercredy prochain; et pour pressentir si S.A.R. la voudroit faire tenir lundy,
il envoya le president Bailleul, avant son despart, au palais d'Orleans pour
dire à S.A.R. que c'estoit à mercredy; à quoy elle respondit qu'elle avoit dit
"A sabmedy ou lundy," parce qu'elle esperoit que le gentilhomme qu'elle avoit
envoyé à M. le Prince seroit revenu dans ce temps là, mais qu'il s'en remettoit
à ce que la Compagnie trouveroit à propos; ce qui fit resoudre le Premier
President à revenir dimanche prochain pour assister à l'assemblée, en cas que
les espritz se disposassent à la tenir lundy; et parce qu'on n'espere pas que le
gentilhomme de S.A.R. apporte aucune nouvelle d'accommodement de la part de M.
le Prince, l'on doit demain resoudre dans le Conseil à Fontainebleau si l'on
fera le voyage de Berry ou de Guyenne, qu'il faudra faire necessairement
puisqu'on ne veoit point d'aparence de paix. M. de Chasteauneuf suivit la Cour
dès avant hier. Le comte d'Harcourt doit partir lundy prochain; il commandera 2
regimentz qui sont mandés de l'armée, et 2 autres qui sont en Bourgoigne, en
/486/
attendant les nouvelles levées, pour lesquelles on a scellé quantité de
commissions pour donner à des gentilhommes des provinces où M. le Prince en fera,
afin qu'ilz puissent empescher ou du moings traverser les siennes. On a
cepandant trouvé un fond de 800 mille livres pour l'armée qui suivra le Roy.
M. Le Tellier est mandé à Fontainebleu et y
doit arriver apres demain, pour estre restably dans sa charge.
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