|
The Ranums' Panat Times |
|
Return
to opening page of Ranums' Panat Times Go to the page that lists the contents of the Prion manuscript! 8: Ses devoirs auprès du Marquis; le nouveau château (fols 51v-56)
photos: chateau
photos: chapel En 1730. et dans le lieu d'Aubaïs, la plume de Prion sera interdite pour un tems. Mr. le Marquis d'Aubaïs le nommera Piqueur dans la construction de ses vastes et nouveaux bâtimens. Il aura le soin de faire travailler et payer quinze où autant de Manoeuvres châque jour lespace de 4. années, de faire servir d'eux Tombereaux tirés par cinq grosses Mulles, conduites par deux Charretiers, faire ramasser et passer du Sable dans les Carrieres et sur les chemins dans toute l'etendue du Marquisat, faire demolir 40. Maisons, faire enlever tous les décombres dicelles jusqu'a place nette, extirper des Montagnes toutes de Rocher, avec de grands Marteaux, Leviers, et Pinces de fer, et a grands coups de Boulet de Canon faire emporter de même les pierres de ces Rochers, une fois extirpés. Enlever également et faire transporter de Montagnes de Terre, faire de grands fondements et trés profonds, et presque tous dans le Rocher, faire tailler de grands fossez et un long Aqueduc, trés profonds á fond de Cube dans la vive Roche, faire crûser dans le même Rocher une Cour de plus de 800. Toises de circonférence, deux superbes Pavillons pour former un Pont Levis, une magnifique Allée terrassée de plus de deux cens Toises de long, sur deux de hauteur, avec un magnifique Pont d'une seule arcade [52] au un [sic] des bouts d'icelle pour ne point detourner le chemin qui passe dessous, et autant a son bout opposé où lon a pratiqué un autre chemin soûterrain pour la sortie du Château. Dans la Bassecour, fait crûser deux Puits dans le Rocher, abbattre plusieurs Bâtimens faits neuf ; sur lesquels a été construit une magnifique Bibliothèque. Il sera aussi construit sur le Rocher la plus vaste, la plus grande et la plus belle Ecurie de France, le dessus de laquelle sera couverte en Plateforme pour servir de promenade, avec 2. grands et superbes Corridors, le tout soûtenu par de grands arceaux. Les fondements qu'il faudra faire dans le grand Cimetiere de la Paroisse seront les plus dispendx. et le travail le plus inquiet, Prion avec ses manoeuvres risquera d'y être ensevely par les êcroulemens des Terres, et l'ors que les habitans dudit Aubaïs le verront dans cette occupation, ils murmureront contre luy. Ils s'attrouperont pour l'aller assassiner, voila ce que son Zele luy attirera, ce ne sera pas la protection de son maître qui le guarentira de tant de périls quoi que exposés avec amour pour son service. Il aura en même tems le soin de faire travailler grand nombre de Traceurs de Pierre, de faire ègalement châque jour une Recette generale et journaliere des pierres de Taille apportées des Carrieres d'Aubaïs, de Mus et de St. Genieys du Dioceze de Montpelier, secondement des Bards, Tuiles, Plâtre, blanc et noir, troisiémement du bois de Charpente et de tout la ferremente faite de neuf, faire éteindre une grande quantité de Chaux tant grasse que maigre pour toute la construction de cet immense et superbe [52v] bâtiment. Faire crûser dans le Rocher des Eteignoirs pour êteindre la chaux avec le soin de ramasser pour cela L'eau necessaire. Pendant les grandes secheresses de l'Eté il faudra même apporter lesdites eaux a la main et les charrier bien loin prises dans les Sources les plus reculées. Occupations dans lesquelles il sera obligé de ne se coucher qu'a minuit et se lever a 3. heures du matin. Et á peine pendant le st. jour de Dimanche et les fêtes aura t'il le tems d'entendre la Ste. Messe Matiniere. Le tems qu'il faudra vacquer à dresser par êcrit tant de comptes et memoires pour le payemt. de tant d'Ouvriers, de letat de tant de differentes especes de materiaux, occupations que pendant tout le cours de son Ministere ne luy donneront pas un seul relâche pour entendre seulement une seule fois les offices. Pendant le cours de ses fonctions de Piqueur il risquera plusieurs fois d'etre tuë oú assassiné, et voici comment un Manoeuvre nommé Antoine Ardat jettera de la hauteur du Bâtiment, jettera [sic] deux grandes pierres de la pesanteur d'un quintal sur la tête de Prion qu'heureusement, ne luy fairont que faire sauter le Chapeau de sa tête a terre. En second lieu dans la nouvelle Batisse de la Biblïotheque, et du plus haut entablemt. de laquelle, il lui tombera une pierre taille du poids de six quinteaux qui lui fera tomber également son Chapeau de dessus la tête, mais heureusemt. sans luy faire aucune autre atteinte sur sa personne. A la sortie de ce danger, l'on fera construire de nouveaux Grainiers pour les Bleds, Lorge, l'Avoine, Paumoule, Petit Millet et pour toute sorte de graines, [53] attendu que cet ouvrage ne pourra être fait que dans la saison la plus chaleureuse de l'Eté, il ne pourra point trouver des Manoeuvres á cause de la Moisson, attendu cet inconvenient, il sera obligé de sa propre main d'en faire luy seule les Fondements qui seront trés-profonds pour n'être que sur la terre ; faire manoeuvre à trois où quatre Maçons. Ensuite il arrivera, en differents tems trois Sculpteurs en pierre, pour la creance il y en aura deux de la nacelle de St. Pierre et le dernier de celle du Sr. jean Calvin de Noyon en Picardie, lesquels dans toute lêtendue du nouveau Batiment graveront et sur le Platre et sur la pierre une grande quantité des Ecussons Armoriaux et tant d'autres figures. A la sortie de ceux cy succederont trois Platriers, qu'ici on nomme mais improprement Gypiers, ils tireront leur origine et devront leur naissance à la ville de Lunel, ville si connüe par ses grands hommes pour avoir mesuré le Disque de la Lune, et pour avoir trouvé, dans cet astre, de Montagnes, de Vergers et de fleuves, auxquels Platriers il faloit trois manoeuvres. De toutes les professions, celle de Platrier est la plus legere, et les Ouvriers les plus bizarres. Ils jetterent en Plàtre le plus beau, le plus grand et le plus magnifique Plafond qui se puisse voir En Europe pour le dessein et la beauté, il feut fait avec tant dart qu'il attiré la curiosité dêtre tous les jours vû et visité tant par les personnes de la Province que par les Etrangers, ils firent aprés cela de grands Manteaux pour des Cheminées ou l'etoffe ne feut pas non plus épargnée. La Platrerie n'êtoit pas [55v] la seule Science que ces habiles Ouvriers possedoient, la Maçonnerie étoit encore de leur partage, ils construisirent de petits Cabinets cachés pour l'usage d'une seule personne, tant d'autres niches et surtout en Escaliers derobés qu'ils pratiquerent dans des endroits trés difficiles. A ces Platriers succeda un habile Fontainier en Fontaines artificielles et incrustrées. La premiere qu'il construira, les eaux seront conduites dans des Borneaux de terre á la cuisine, celle cy ne coutera que cinquante Pistoles, La seconde ne coûtera que 250 pour apporter les eaux dans des auges aux Ecuries pour servir d'abreuvoir aux Chevaux lesquelles seront construites dans toute la Science la plus hidraulique, mais elles resteront toutes toûjours á sec. On les appellera les Fontaines rocaillées sans eau. Il sera dressé plusieurs plans pour faire construire une Fontaine jaillissante avec un jet d'eau de la hauteur de six Toises, mais le tarissemt. perpetuel des deux precedentes, faira totalement échoüer ce vaste projet. Au contigu et au midy de la grande Allée sera creusé un grand Bassin dans le Rocher de la figure d'un quarré long pour servir de receptacle aux Eaux qui écherront de la Cape des cieux, et de sept Puits qui sont scitués dans l'Enclos de ce superbe chateau qui seront tous pour le même sujet saignés pour emplïssement de ce vaste Bassin. Dieu veüille que la Prophetie d'un homme Rouerguas ne s'accomplisse pas, l'ors qu'il á dit que ce Bassin resteroit toûjours [54] à sec, c'est á dire qu'apres tant de travaux faits par une dépense immense pour cela il n'y auroit jamais de Leau. Prion aura aussi le soin de faire transporter et enfermer sous la Clef tous les vieux Bois qui se trouveront être dans les quarante maisons l'ors de la dévastation d'icelles. De tenir un mémoire exact et par êcrit de tout le bois neuf de Charpente acheté sur le Canal de Lunel et transporté á Aubaïs pour décorer ledit Bâtiment nouvellemt. éleve, comme Sommiers, Poutres, Bâtardes, Chevrons, Bois de Latte et Planches, qu'il aura le soin de faire distribuer a tous les Charpentiers, Maçons et Menuisiers. Dans ce tems Mr. le Marquis d'Aubaïs faira un voyage á Paris. Pendant l'absence de ce grand Seigneur, Prion aura ordre de faire bâtir dans ledit lieu d'Aubaïs quatre Maisons neuves pour quatre families de ses vassaux, pour leur tenir lieu de celles qu'ont été démolies en faveur dudit Seigneur. Mr. de Rocheblave de la ville d'Alais sera nommé l'Ingenieur General de tous ces vastes Bâtimens, son éloignement et ses propres affaires ne luy permettront pas d'etre toujours present, dans ses longues absences, Prion se trouvera heureux de connoître luy même une partie de L'Architecture pour servir dans toutes les occasions de cette absence d'Architecte. Le Proverbe en cette occasion se trouve veritable qu'il est bon á un homme de sçavoir faire un peu de tout. et surtout dans un village, ou la Science parmy les Paysans se trouve de beaucoup plus sterile qu'a la ville. La connce. de Toutes ces professions de Piqueur et [54v] d'Architecte ne suffiront pas. Il faudra qu'il fasse encore les fonctions de Cocher qu'il monte pendant deux mois sur le Siége d'un Tombereau, attelé par deux chevaux qu'il aille luy seul le charger de Sable aux Carrieres pour l'apporter à tous les Attelliers des bâtimens. Ces Edifices élevés au plus haut Foete avec toute la Splendeur la plus Superbe ne seront pas l'endroit, oú les labeurs de Prion finiront, il sera conduit de la en hors dans les Splendides Domaines et au devant des Olliviers, pour en faire ramasser les Ollives, et en faire en même tems des nouveaux transplantements á racine, une grande piece appelé la Grande Vignée, les souches de laquelle en seront arrachées, les rives foüies au Luchet, les ronces et les êpines arrachées, plus de cent Tomberaux de fumier y apportés dedans pour la bonnifier, il courra en même tems au Champ de Céres, et les épis á Laire par lui dépiqués, ce seront autant de travaux qui passeront sous le poids et de sa conduite et de sa propre main. Le Piqueur devenu Architecte s'endurcira son corps aux longues fatigues. Il sera heureux d'etre robuste et de s'accoûtumer au peril de tous les hazards. Que dis-je-robuste, il faudra encore étre infatigable, tous cela n'est encore rien, il faudra qu'a la fin de ces travaux, il s'endurcisse non seulement son corps mais sa tête, pour recevoir tous les chagrins qu'on machinera contre luy auprés de son maître. Qu'heureuses seroient pour le Ciel les maisons des Grands si les adulateurs et ladulation en êtoit bannie. Voici ce Prion tombé dans l'indignation, le voilà êchû du plus haut precipice en bas. [55] Tous les Peuples de la Viguerie de Sommieres, d'Aubaïs et du Château dudit lieu luy tourneront le dos, tout s'elevera contre luy pour le perdre a tort et a travers. On oubliera totalement avec ingratitude et mêpris tous ses labeurs qu'il aura tracés nuit et jour avec tant de peine à la Sueur de son front. Il sera obligé de se cacher pendant plus de quinze jours, pour éviter, lire [lire: l'ire], la colere et toutes les conspirations tramées contre sa personne. M'a mère me disoit, que dans l'oppression des injustices il valoit mieux fuir qu'a se defendre des mechants. Peuple colerique ouvrés la main droite de ce Piqueur demy Architecte vous y verrés dedans une Stigmate, aussi dure que la coque d'une noisette que les Travailleurs appellent durillon que la rigueur du travail luy a formé, et presque percé la main á jour. Estant abandonné de tout le Peuple de cette contrée. Il faira un voeu qu'il accomplira, avec l'assistance du Seigr. dans l'Eglise de St. Nazaire de Marissargues. S. Nazaire est une Eglise champetre et lancienne Paroisse d'Aubaïs, a un gros quart de lieüe, et au Midy de ce lieu. Elle menasse une ruine si totale que le monde et les bestiaux y montent de plain pied pardessus les Toits d'icelle. A la vûe de ce Vaisseau Mistique, Prion gemira de compassion de voir ainsi le Temple du Seigneur si negligé. Prion, par un esprit de Penitence pour accomplir le voeu par luy fait, afin d'appaiser la colere, la haine et la vengence contre luy il ira travailler luy même de sa propre main a relever et reparer cette Eglise Champetre tant en dedans qu'en [55v] qu'en [sic] dehors. Peuple d'Aubaïs vous serés exhorté d'y aller un peu plus souvent que vous ne faites pour y apporter de même et vos prieres et vos voeux. Et en même tems vous verrés un Edifice sacré presque rétabli de neuf, ce qui n'a été fait par l'Auteur qu'a force d'un travail inépuisable. Le plus peinible de ces soins cetoit qu'il faloit aller chercher l'eau nécessaire pour faire le Mortier bien loin. Les Tuiles et la Brique y furent conduites du village de Mus, la grande quantité de Chaux et de sable y furent apportés non sans bien de la peine, deux Tombereaux proposés pour le Charroi de tous les Materiaux. Ces travaux pieux et saints furent commencés dans les plus grandes chaleurs de l'Eté c'est á dire dêpuis le commencement de juillet jusqu'au 15. de septembre. Je m'appercévois qu'a mesure que je travaillois plus le Seigneur me donnoit de la force et du courage. En même tems que Dieu augmentoit mes forces dans la decoration de ce saint ouvrage je m'appercevois peu à peu que la colère, la haine et l'Ire de tout un peuple mon adversaire s'appaisoit. Le peuple de la campagne une fois emuté est plus d'angereux qu'on ne sçauroit se le penser. Le peuple du bas Languedoc a l'esprit hautain. Si par mêgarde, l'on manquoit le mot de Monsieur et de mettre le Chapeau a la main l'ors qu'on parle a un Soldat, Laquais, ou Paysant, ce seroit se faire une affaire trés serieuse. Et ils se croiroient deshonnorés si eux mêmes faisoient les avances de cette honnêteté. Pour vivre parmy eux il faut toûjours avoir l'Encensoir á la main. Il faut étre Jean bouche d'or pour gagner leur coeur, les à ton [lire: les a-t'on] une fois gagnés alors ils sont trés sociables, mais il faut observer qu'il faut toûjours faire les avances de L'honnêteté. Voir les autres parties du
Manuscrit: |