|
The Ranums' Panat Times
|
|
Consult our selection of "Fugitive Pieces" Go to the page that lists the contents of the Prion manuscript! 4: Naissance et jeunesse de Pierre Prion (fols 33-38) Monsieur Valz, Notaire Royal et justicier du lieu d'Aubaïs en l687. trés-Sçavant Phisicien, il possedoit l'Astronomie et tous les effets de la nature á fond. Il étudia à pur et à plain toutes les Cometes qui ont parû dépuis le commencement du monde. Il assure qu'il y en á de 10. sortes differentes, dont voici le nom ; la premiere est sans queüe et ronde, elle se nomme la Blanche, la Seconde claire et blanche avec grande perruque se nomme Largentine, la 3e. est en forme. d'une petite Etoile azurée, avec grande queüe, et se nomme le Seigneur de l'Asconat, la 4e. est faite en forme d'Etoile belle et claire, et se nomme le Soldat, la 5e. est faite en forme d'Etoile d'or sans queuë, et se nomme la Roze, la 6e. semble une Etoile vermeille, la queüe en haut , et se nomme L'aurore, la septieme sans queue, et ressemble [à] une Etoile noire et se nomme la Noire, la 8e. se faite en forme de colomne et s'appelle Posteau, la 9e. est en forme de broche et s'appelle Rotisseur, la 10e. et derniere à l'apparence d'un Dragon enflamé et se nomme Dragon ardent. Cet Auteur, étoit un véritable Herege, mais d'ailleurs trés-honnête homme, dans ses expériences Il ne s'arrêta point dans les premieres sciences, mais infinimt. dans les secondes, apres la mort duquel, Mr. de Merueys son beau fils, homme scavant et d'une penetration admirable a recueilly par droit de succession tous ses ouvrages, oú il en à trouvé beaucoup, entr'autres un Mémoire oú piece fugitive. Laquelle piece est une Prediction Phénomètique où Cometique foüillée dans tous les replys du Firmament, et de tous les Astres, laquelle contient que dans la Province de Roüergue, il [33v] naîtra un homme nommé Prion, dans un lieu presque sauvage appelé Requistar scitué dans des Montagnes affreuses oú l'hyver y dure neuf mois il viendra au monde dans Larriere saison de la Vendange, nud tête et sans Crepine. C'est un présage trés évident qu'il ne fera jamais aucun progrés pecuniaire dans ce monde, il aura beau se demener par des travaux infatigables, il sera toûjours miserable, et rebuté. A l'âge de 5. ans l'horoscope luy sera fait par une habile Phisionomiste et meilleur Necromatien, lequel reconnoîtra en luy qu'il sera obligé de parcourir le Roussillon, la Savoye, et toutes les villes de la France pour gagner son pain, qu'il sera veritablemt. aymé de Dieu et jamais des Grands de la Terre, n'y des petits en ce monde. Il sera assassiné sept fois, primo à Ortizèt en Roüergue à Arles en Provence, à Paris et à Aubaïs il y risquera d'être tué par mêgarde, par un chasseur a la chasse, et de perdre sa vie pendant quatre fois sous les ruines d'un vieux et nouveau bâtiment et trois fois d'être noyé, sçavoir dans le Tarn Riviere du Roüergue, dans le Rhône entre Beaucaire et Tarascon, et dans une Riviere du Roussillon, secondemt. a Requistar par la chute d'un cheval, et a Rabastens par les ruades de deux meules. Il sera mis et envoyé pour son Education aux petites écoles pendant sept années de suite pour y apprendre la science des 4. Elements. Il étudiera pendant ledit tems sous un seul maître, qui sera nomme Mr. Vallette trés-honnête et trés éloquent, mais qui aura la main pesante pour le châtiment. Prion ayant atteint l'âge de onze ans il s'assemblera plusieurs fois avec les 40. Ecoliers de sa classe, il les conduira dans un lieu trés reculé appelé Peyroulet, avec lesquels il formera [33 bis] deux Bataillons, qu'ensuite il fera battre en Armée rengée, les uns contre les autres. Dans sa tendre jeunesse les premieres villes qu'il verra pour la premiere fois seront Albi et Rhodez, dans la premiere il y verra l'Eglise, et dans la derniere son Clocher. Ce sont deux èdifices les plus beaux en ce genre qu'il y ay au monde. Ses Pere et Mere le délaisseront dans un
bas âge En second lieu il entrera en ladite qualité d'Ecrivain avec Mr. Sicard, juge de Requistar homme trés-versé dans la jurisprudence Civile et criminelle, Grand Legislateur et fameux Jurisconsulte dans le Cabinet. A l'âge de 13. ans il fera deux voyages a Toulouse, dans le premier il y sera volé, et deux jours aprés il risquera d'être tué, le second il se placera avec un Avocat dans l'Enclos du Palais, il se l'aissera saisir de la maladie du pays, Et à l'aube du jour d'un grand matin, a l'insçû du Consultateur de ce redoutable Tribunal, il le quittera sans dire mot á personne. Estant né dans un village trés éloigné, et de se voir tout a coup dans une grande ville, il en sera tout effrayé ; d'ailleurs n'êtant pas accoutûmé de voir journelement sortir des Prisonniers de tant de Cachots, les fers aux pieds et les menottes aux mains. A la vüe de ces Clyquetis la peur le saisira, ce qui sera la cause qu'il prendra la fuite pour s'aller remettre dans les Montagnes de son pays natal. L'ors qu'il prendra cette fuite un peu malade, mais dez le moment qu'il aura apperçû le clocher de son village, sa santé reviendra dez-aussi tôt. [33bis v] A ce retour, il s'armera de la houlette, d'un Barral et d'une petite Pannetiere pour être mis et employé pendant six mois à la garde d'un Troupeau de Moutons et de Brebis, cet Emploi l'ennuyera tout comme les autres, il tournera ses inclinations à la cuëillette des fruits dans les vergers. Aprés-quoi il passera le Tarn pour aller passer trois mois au Diocese de Vabres, dans une Paroisse appelée Ortizet, dont la Calabre n'est pas par ses montagnes si escalabrée. De cet endroit il sera transporté au lieu de Coupiac pour y rester pendant 3. ans au service de Mr. l'Abbé Vernet, avec lequel il sera bien nourri, mais il n'y mangera jamais de la soupe. L'emploi de Prion dans cette Maison sera de lever les fruits de la Dixme, d'apprêter à manger a son maître, faire son Lit, penser son cheval, faire tenir son Bucher bien garni, aprés cet exercice Prion Mangera toûjours avec le Sr. Gensson, natif de la ville de Salmiech, petit neveu de Mr. l'Abbé, trés-joly garçon et encore mieux fait de sa personne. Deux Tables seront mises dans la même salle ; toutes les deux seront bien servies et les trois personnes de question y mangeront a la fois. La Boisson sera, pour Mr. l'Abbé de trois chopines par repas et de deux pour le Sr. petit neveu et Prion. Mr. l'Abbé frere de Mr le Curé de St. Cyrice, et par consequent voisins. ils êtoient toûjours broüillés ensemble pire qu'une omelette avec des oeufs battue pendant un quart d'heure. Tous les momens de recreation de l'un et de l'autre n'êtoient employez qu'a souffler la Gelinote. Ils établiront un Cordial pour le soutien de leur vie qui sera aprés avoir dit la Sainte Messe de boire dez-aussi-tôt et á jeûn chopine châcun, Coupiac est un lieu [34] trés-aymable quoi qu'enfoncé comme dans un Puits pour étre environné de tous côtés par des hautes Montagnes, a une lieüe au couchant de N.D. d'Orient lez-St. Sernin. Ce lieu est scitué dans le Diocese de Vabres, Recette de Rhodez Intendance de Montauban, Et pour la justice du Presidial de Villefranche, le tout du Ressort du Parlemt. de Toulouse ; Mr. le Marquis de Panat est Seignr. de cette Terre il y á un trés-beau château bâti sur un Rocher escarpé, flanqué de hautes Tours, Le village est bâti trés profondement sous les fenêtres duquel, et environné d'un autre côté de la riviere qui coule ses eaux dans ce lieu, d'un magnifique jardin, de beaux vergers où l'on cueille des fruits de toutes les especes et en abondance, un Parc, oú il y a un bois de haute Futaye. Avant d'arriver dans cette petite Villote, il faut de tous les côtez dêcendre une côte d'un lieüe de chemin. Mr. Recoules est le Bourgeois de ce lieu le plus riche, le mieux fait et le plus aymable de ce lieu, Mr. le Marquis de Panat à toûjours eu une estime toute particuliere pour luy. Prion arrivera en cet endroit en 1708. Il y verra la misere et la mortalité populaire de l'hyver de 1709., où il verra par le fleau de la famine perir une partie de ses habitans. Mr. l'Abbé son maître, êtablira tous les jours pendant quatre mois une grande chaudiere sur le feu, á faire de la Boüillie avec de la Farine d'Avoine non Tamisée pour être distribué par charité a ce pauvre Peuple, mourant de faim, qui viendront attroupés par centaines devant sa porte. L'on trouvera des Families Etrangeres, morts sur les chemins, et dans des Ecuries. Prion aydera à les porter pour l'inhumation sur des Brancards au Cimetiere, oú il en sera mis trois à la fois dans le même Tombeau et tous vêtus de [34v] de [sic] leurs miserables haillons, comme ils seront trouvés, parmis lesquels on verra des vieillards et de jeunes Enfants, qui auront encore des herbes qu'ils mangeoient dans leur bouche, quoi qu'il n'y ayt rien de plus affreux que la mort, l'on verra leur visage beau comme celuy des Anges, ce qui fera connoître que ce sont autant de veritables saints que le Paradis leur sera destiné. A la fin de 1710. il quittera Coupiac et sera transporté au lieu de Saint Sevé chez le Sr. Valette Fermier pour y être employé à la levée des grains et autres d'Enrées de sa Ferme, il n'y restera qu'un mois. Une heure avant le jour il levera le siege sans dire mot a personne. Environ 3. ans et 6. mois, avant toutes ces courses déja faites par Prion. Estienne Prion Notaire son pere, délaissera 4. garçons et une fille, lequel dans son Testament fera heritiere Marguerite Garlenc, sa soeur et sa voisine á la charge de remettre son heritage á tel des Enfants, mâle oú femelle, qu'elle souhaitera. Cette Tante aux Enfants sera une Bigotte, elle preferera de remettre ledit heritage a Marguerite Prion fille au prejudice des Garçons, ces derniers seront dez-aussi tôt chassez de la Maison. Pierre l'aîné ira gagner sa vie en Provence et en Languedoc, et dans cette derniere Province il restera dans le seul lieu d'Aubaïs 32. ans et plus, il y sera encore en vie en 1744. Jean Prion le second s'engagera pour Soldat avec un Capitaine de St. Affrique, oú il crevera dans sa seconde campagne en 1712. Marguerite Prion, L'hèritiere se mariera en 1708. avec le Sr. Jean Ravalhe natif du même lieu, et Lainé de sa Maison, et en haine de ce qu'il epousera la soeur dudit Prion, son pere le desheritera. Sa [37] femme et luy creveront tous les deux dans la même semaine dans leur maison et dans un même Lit en 1737. Le troisieme nommé François ira rester quelques années en Languedoc, il y apprendra dans la ville de Nismes le métier de Cordonnier, aprés-quoi il reprendra le chemin des Montagnes du Roüergue sa Patrie. Son aîné fera, mais inutilement tous ses efforts pour l'empêcher d'épouser les tremblantes miseres du mariage. La femme qu'il èpousera a l'inscu de son frere sera trés-petite, mais grosse comme un Tonneau de la Cave des Reverends Peres de la Chaize Dieu. Les Enfants qu'il en aura creveront tous en bas âge, et le Pere François Prion, desquels en 1741. Pierre Prion l'aîné et Raymond le plus jeune survivront aux trois denommez cy-dessus. lequel Raymond se mariera à la Palamaudie jurisdiction de Valence en Albigeois, lequel n'aura jamais de posterité. Ce dernier vivant en 1744. Prion l'ayné aura toute la vie un grand rebut pour le mariage, il preferera toûjours à tous les biens de ce monde, la chasteté, le celibat et la continence. Il sera sujet luy même á tant de foiblesses qu'il n'aura jamais envie de les augmenter au centuple, et cela n'arrive que lors qu'on prend une femme. Heureux sont ceux qui sçavent bien envisager avant de l'entreprendre ce saut perilleux. Si tous les hommes qui sont sur la terre vouloient l'en persuader, il se reserveroit un terme de cent ans pour en prèvoir tous les cas funestes causés par les Femmes á l'encontre de leurs pauvres maris. Dieu par sa Sainte grâce donne patience à tous les pauvres misèrables qui sont entrées dans ce L'abyrïnthe de perdition. L'année de 1710. Il s'ennuyera beaucoup dans son pays, il mettra [35v] ses hardes en ordre, et il sera conduit par la destinée pour rester à Montpelier, lors qu'il dêcendra la Côte de l'Escalette qui dure une lieüe, il sera saisi par la pluye, ce qui l'obligera de coucher á Lodeve oú il en sera malade la moitié d'un jour, a midy il continuera sa route, ètant arrivé a deux lieues de la dans un lieu apelé Saint Felix au Diocese dud. Lodeve. Il y sera arrêté par Mr. Favier Capitaine d'Infanterie dans le Regiment d'Albigeois qui l'arrêtera pour servir de Soldat et par force, au même moment de peur qu'il ne deserte il sera attaché avec un corde avec un paysant Montagnard á une creche d'Ecurie, et de suite il sera mis malgré luy en route pour aller en Garnison a Toulon. Etant arrivé à la ville de Pelissane en Provence, il desertera á 3. heures aprés midy. Il ira se cacher au plus haut Etage d'un clocher de ladite ville, oú tous les hommes de France avec un Pithon dans leur poche ne sçauroient le découvrir. Tous les Soldats de la ville battront caisses et Tambours, mais encore inutilemt. foüilleront ils toutes les Maisons de cette ville. Dans cette cache, qui sera parmi des Poutres il y trouvera deux paires de Pigeonneaux qu'il mettra dans sa poche. Environ la minuit il dêcendra du plus haut du Clocher dans l'Eglise, ou il sera occupé pendant une heure à pouvoir ouvrir une des Portes de ladite Eglise, l'ayant enfin ouverte il s'écoulera le long des Murs de cette ville avec le secours d'un Provençal, á l'ayde d'une corde, ses hardes, entre les mains du Muletier du Capitaine seront perduës pour luy, lesquelles pouvoient étre de valeur d'environ 40lt, et c'etoit tout ce qu'il avoit au monde. Il arrivera à Arles au clair de La lune, environ le dix heures du soir le 25. Mars, ses Souliers percés, et pour toute finance que [36] 24. sols dans sa poche, dez son arrivée en cette ville il ira devant la Porte de l'Eglise des RR. Peres Trinitaires faire sa priere en action de graces de sa délivrance militaire. Dans cette ville il entrera au Service de Mr. le Marquis de St. Veran, son Hôtel est dans la rue du Plan du Palais. Il y sera enfermé pendant 3. mois dans une Chambre, occupé seulemt. qu'a êcrire, afin d'eviter d'être reconnu par ses officiers de guerre, qui l'auroient repris par force. Au bout du 4e. mois de sejour dans cette ville, le Rhône se debordera, Prion ira sur un quay de lad. ville pour y voir le debordement de ce rapide fleuve, il risquera dans cet endroit a y étre tué a coups de hâche par un Provençal, mais la fuite le guarentira de ce peril, ne pouvant pour être tard rentrer dans la ville en ayant trouvé les Portes dicelle fermées, il sera obligé de coucher au dela de ses Remparts. Quinze jours apres il ira á une des Glacieres de cette ville et dans le tems qu'il mettra de la Glace dans un Panier, Le Tonnerre où la foudre abbattra la Cape de ladite Glaciere, et tuera la femme qui distribue ladite Glace sans faire aucun mal a Prion. Ce que Dieu garde est bien gardé. De cette ville, Prion sera transporté a 30. lieües de la sçavoir dans le Château de St. Victor en Rouergue, qui est une Maison seigneuriale dans des Montagnes affreuses de cette Province, qui est un lieu pour être reculé tres solitaire. La riviere du Tarn y coule ses eaux trés rapides au fond d'une côté presque perpendiculaire au dessous de cette maison. Dans laquelle Prion y passera deux Etez, au Service du même Seigneur. Saint Rome de Tarn, est à une lieue de distance de ce Chateau il y sera envoyé par Commission, l'on ne peut y aller que par Montes et Collés, et à travers dun bois, l'ors qu'il sera arrive a moitié chemin. Il rencontrera dans cet endroit deux Bourgeois dudit Saint Rome, qui se battront au Pistollet, dans ce combat il en restera un êtendu sur le carreau, le vivant oú le vainqueur portera ensuite son Pistollet sur l'Estomach de Prion, le menaçant que s'il ne garde le secret il le tuera de même, l'ors qu'il arrivera á Saint Rome, [36v] il y boira de L'eau de vie pour réparer les foiblesses de la peur. A son retour la chose sera divulguée, mais Prion gardera toûjours le secret. Dans ce lieu de St. Victor, il y á joignant et bien près une haute Tour quarrée batie sur un tertre, Isolée, et si êlevee qu'elle avoisine la Seconde Region, la chambre et le Lit de Prion sera mis au plus haut dicelle. Au milieu de l'Esté il se trouvera au plus haut Etage dicellui dans un Cabinet, ou Mr. le Marquis de St. Veran Melac priera Dieu à genoux tenant un livre entre ses mains, dans cet intervalle, le Tonnerre ou la foudre y tombera, renversera son maitre par Terre, et tout ce qu'il y aura dans ce Cabinet, brisera le volet de la Fenêtre, et fendra la muraille dudit Château sans faire aucun domage á Prion, ce que Dieu garde est bien gardé joignant ce Château il y à un village, le tout scitué dans le Diocese de Vabres, et à une lieüe de Roquefort cet [sic] dans ce dernier que l'on voit une Montagne de Rocher s'elever perpendiculairemt., au bout duquel le vol d'un Aigle n'y paroit pas plus gros qu'une Mouche. Au bas duquel l'on y voit des antres, des Cavernes et des Caves, les uns formès par la nature et les autres par l'Art, c'est dans ces lieux ou sont préparés ses excellents fromages, qui sont par tout l'univers si renommés et si recherchez. Le Portal de Conques, le Clocher de Rhodez et les Caves de Roquefort sont les trois premieres Merveilles de cette Province. Le Château de Severac en est la 4e. A la vûe des Sinistres desordres de ce Tonnerre cy dessus, il quittera pour une seconde fois et sa Patrie et sa Province, il reprendra le chemin de Montpelier, où il passera un hyver. Il restera quelques mois avec Mr. le President de Belleval. Ce Magistrat s'est constitué Penitent et par un esprit de dèvotion il s'est creé l'ordonnatr.de tous les Enterrements qui se font dans cette ville. Prion ne pouvant envisager n'y le Soleil [37] n'y la mort, il quittera dans peu ce pieux Magistrat. Il entrera au service de Mr. le President de Boucaud pere, second President de la Souveraine Cour des Comptes Aydes et finances de cette ville, et ensuite Intendant et Secretaire d'Etat, C'est un Magistrat le plus sçavant, le plus doux, le plus honnête, le plus pieux, le plus vertueux, bien faisant, en un mot le plus accompli de tous les Tribuneaux de l'Europe. Prion faisant un soir une commission pour son maitre l'ors qu'il sera arrivé dans la rue de la Barlerie, il trouvera une troupe de Breteurs, attaqués avec d'autres mutins, un desquels luy portera l'Epée a la Gorge pour le tuer, il sera délivré de ce danger par le secours de plusieurs personnes, qui fairont connoître a son adversaire qu'il n'est pas coupable qu'il y á de la mêprise a cause de la nuit. Un mois aprés qu'il sera arrivé dans cette ville il y verra sur l'Esplanade vis à vis de la Citadelle, pendre un Faux monnoyeur, ayant le corps ceint devant et derriere de sa Sentence de mort. Dans cet intervale un Domestique ayant quitté le service de Mr. de Belleval luy volera ses hardes et par la curiosité de voir pendre un homme luy coûtera bien cher. Montpelier est une ville fameuse l'on y blanchit la Cire, l'on y tire au Perroquet, l'on y fait danser dans ses ruës un Cheval artificiel qu'on appelle le Chevalet, conduit par une douzaine de personnes, l'on á grand peur qu'il meure de faim car continuelement pendant ces exercices on luy presente un grand crible plain d'avoine, cet animal ne la mangeroit pas si celui qui la luy donne cessoit de danser l'ors qu'il la luy presente. L'on y voit un autre Cheval artificiel et trés gros et grand au dessus du naturel, lequel est fait avec du Metail de Bronze, lequel ne saute n'y bondit ny hennit, il á été jeté et formé dans une Moule, Les habitans de [37v] cette ville l'ont fait venir de Paris, à la nage sur la Mer, et l'ont placé dans la plus belle place de la ville sur un riche Piedestal. Le peuple de cette ville ayme beaucoup les Instrumens de Musique, l'on y voit encore une autre curiosité pendant le tems des Vendanges, c'est un Juge Souverain qui á son tribunal devant L'hôtel de ville et dans la rüe qui juge diffinitivement de tous les cas inopinés qui peuvent arriver aux Vendangeurs touchant la Vendange, de plus l'on y voit les Femmes faire le Verdet, et du prix de cette Merchandise elles en achetent leurs bijoux et leurs Toiletes, le reste est employé en fruits et Tourtes pour les Collations quelles ayment á faire trés souvent entr'elles et leurs amys, où pour des Talonnets pour leurs souliers. L'on voit de plus dans cette ville une redoutable Ecole pour la Medecine, desservie par plus de six cens personnes ; il y en á quelques uns d'entre lesquels qui sont accusez pendant la nuit de prendre par les rües des Idiots vivants pour ensuite les dissequer, Prion entrera dans cette Ecole pour y contenter une curiosité qui luy coutera bien cher, il y verra grand nombre de Squeletes humaines dissequees et tout fraichement, á cette vûe il ne douttera plus des avertissements à luy donnés cy devant de ne pas sortir la nuit sous peine d'être dissequé et anotamatisé, á l'aspect de ces affreux spectacles, il croira alors reellement ce qu'on luy a dit de ces Boucheries ou les corps humains sont immolés pire que dans le tems du Paganisme. a cette vûe il sera saisi d'une peur si terrible que le même jour il en desertera la ville au plus vite et même sans en dire mot a personne, regardant toûjours sur ses talons si les Bouchers de cette Boucherie ne le poursuivent. La peur est un mal dont-on ne peut pas guerir. Si la Medecine [38] tue des hommes pour en guérir d'autres, voila ce que l'on peut appeler Tragique. pour revenir a ce propos me trouvant dans une ville de France, un Medecin et un Avocat eurent une vive et rude dispute sur la prêceane [lire: préséance] du Pas, pour les mettre d'accord, ils prirent pour leur arbitre Mr. le premier Magistrat, il prononça cette Sentence en deux mots, ça dit-il que le voleur passe devant & que le Bourreau le suive.
Voir les autres parties du Manuscrit:
|