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The Ranums' Panat Times |
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to opening page of Ranums' Panat Times Go to the page that lists the contents of the Prion manuscript! 17: Sur le monde et sur le mariage (fols 95-100) Je feus une seconde fois mandé par Mrs. de l'Accademie des Sçavans de me trouver dans leur Auguste assemblée, pour être Spectateur de leurs assauts pour la Science. Je satisfis á [95v] leurs ordres en personne, et mêtant transporté sur les lieux, et aprés les avoir trés-respectueusemt. salués, ils me dirent d'un air brusque, que la piece que je leur avois donnée touchant m'a Phisionomie ne suffisoit pas pour les contenter. Ils me menacerent d'obtenir une Lettre de Cachet du Roy pour me faire bannir de la ville de Paris, et de tout le Royaume, et que le seul moyen que j'avois á prendre pour eviter leur indignation, qu'il faloit que dans un mois j'ecrivis un petit Traité composé de trois Pages Papier le Portrait du monde, que voici. L'on á raison de dire, & l'on ne sçauroit trop le repeter, que le monde est une Babylone, je veux dire un lieu de confusion & le centre du crime. La plus-part des Juges n'y observent rien moins que les Loix dans leurs jugements. La passion est plûtôt leur regle que leur bon droit. Beaucoup de Marchands y sont sans bonne foi. Le Pêcheur sy fortifie dans le desordre, le juste y perd son innocence, L'homme sçavant y est plain de lui même, l'ignorant s'y regarde comme habile ; le Sage s'y croit plus sage qu'il ne l'est ; le fou y croit avoir luy seul la Sagesse en partage. L'amy, trahit son Amy, le Fils n'y respecte pas son Pere ; le Pere par un juste retour, selon les maximes de ce monde n'ayme pas son fils. l'Epoux traite avec rigueur son Epouse, & se separe d'elle indignement, L'Epouse adore l'Etranger, haït son Mary, & luy fait mille infédelités. Le jeune se donne le titre de prude ; Le vieillard jouë le personnage d'une jeune personne, tandis qu'il d'evroit garder avec grand soin cette gravité si naturelle à la venerable vieillesse. Le riche ne donne point de secours au pauvre, le pauvre envie la fortune du riche, Le grand ruine le petit, le petit ne peut souffrir l'elevation du [96] Grand, qui doit presque toûjours son rang & sa grandeur a l'oppression de la veuve, et de l'orphelin. Enfin l'ambition regne dans le monde, l'impureté y domine : l'on y voit par tout la calomnie, le Dieu de la cruauté y est adoré, La haine y est suivie, l'orguëil y á ses Autels & l'indifference, la foiblesse, L'hipocrisie, la l'acheté, la défiance, & les autres passions déreglées y tiennent la place de la charité, de la justice, de la confiance, de la douceur, de l'humilité, & de la veritable devotion ; vertus, helas ? que l'on y voit aussi rares que l'est cet Oiseau de L'Estre duquel on doute. Vous le voyez ce monde oú la corruption est si generale. C'est cependant ce même monde quy á tant de Sectateurs, qu'il éblouït sans les satisfaire. Helas ? que nous promet-il pas ? Que nous donne t'il ? & que nous peut-il donner ? Il nous fait esperer de grands honneurs, des biens immenses, une élevation au dessus du commun, des plaisirs sans fin. S'il nous manque de parole, sommes nous les premiers qu'il á trompez ? Non, sans doute, & je serois infini, si je voulois vous tracer ici tous ceux, qui aprés l'avoir reconnû tel qu'il est, ont avoüé, en le quittant que c'êtoit un menteur & un fourbe, dont la figure passe. S'il nous donne ce qu'il nous fait long tems esperer, quy a t'il de plus inconstant ? vous procure t'il des biens aujourd'huy, c'est pour vous en faire mieux sentir demain la perte. Vous fait-il goûter des plaisirs, c'est pour vous rendre plus sensible aux chagrins qui leur succederont bien tôt, vous êlevé t'il a quelque rang distingué, comme á la Magistrature d'Aubaïs, au Gouvernement des grandes maisons, a L'amitié des Grands de la Vaunage, et á Lapplaudissement des Dames du même pays, et même a celles de Paris, si vous voulez, c'est pour vous faire [96v] tomber de plus haut, et vous abaisser autant & plus qu'il vous avoit élevé. Heureux donc, et mille fois heureux celuy qui connoissant les abus du monde, fait le tumulte que l'on y voit. Heureux et mille fois heureux, celui qui connoissant les périls inevitables de cette Mer celebre en naufrages se met á l'abri des naufrages impetueux qui l'agitent. Heureux enfin, Messieurs, et mille fois heureux celuy qui se separe & de corps et d'esprit de cet Enchanteur, pour entrer dans la tranquilité d'une Sainte Solitude. C'est la où l'on peut contempler á loisir les hauts faits du genre humain et rendre des actions de graces au Dieu des Armées, qui est le principe de tant d'heroïques actions. C'est ou moins seul que dans le monde, on peut goûter a longs traits la Suavité des plaisirs innocens. C'est lá enfin qu'on trouve ce qu'on ne trouva jamais ailleurs, je veux dire la Santification de nôtre âme, qui doit étre l'unique objet de nos souhaits & de nos empressements. Cette pièce fugitive fut envoyée à Mrs. les Accademiciens. Il y a apparence qu'ils ne la trouverent pas encore de leur goût, puis que l'Auteur n'en ayant pas receu de leur part aucun remerciemt., ce qui l'en persuade d'avantage, c'est que du dêpuis il n'a pas été appellé par ces Messieurs dans aucune de leurs assemblées, de quoi L'auteur est bien aise, attendu que son dessein n'est pas non plus deterniser son nom dans le Temple de Memoire, sis et scitué au nord de cette ville. Il met ce sçavoir au rang des Sciences abstraites, pour s'occuper a la Lecture des Ecritures Evangèliques qui conduisent au Ciel. Dans Paris, Madame Quentin L'hôtesse de nôtre hôtel, étoit regardée comme la Courtiere generalle du Mariage, c'étoit une femme la plus parfaite, la plus spirituelle de toutes les hôtesses de cette ville. Dans tous les Mariages qu'elle [97] entreprenoit de faire, elle en venoit á bout sans coup ferir. Elle se faisoit un egal plaisir de colloquer les Provinciaux comme ceux de la ville. Elle étoit perpètuellement escorteé de plusieurs Legions de Garçons et de Filles pour postuler auprés d'elle un établissement convenable dans les Lyens de L'hymeneé. Et autant qui s'en presentoient, c'êtoient promptemt. autant de personnes attachées au Char de Venus, elle unissoit ce Lyen avec une dexterité merveilleuse. Ces Vestales et peuple nubile assemblés autour d'elle, elle leur faisoit tous les jours une petite morale, leur representant que le Mariage une fois accompli étoit semblable a la couleur du Cramoisy, qui ne s'efface jamais, que c'est un caractère indèlebile, c'est a dire ineffaçable et indissoluble. Ces Paroles prononcées, tout ce jeune peuple battoit des mains en criant Vivat, plaudite manibus, allons vite, partons, et allons promptement chez le Notaire. Toutes ces acclamations êtoient faites avec une joie inéxprimable. Parmy lesquelles Madame Quentin en avoit choisi une et la mieux taillée de corps et d'esprit sans sçavoir cependant si le malade voudroit recevoir la Medecine. Elle m'envoya chercher Secretement pour me faire aboucher avec cette Vestale Parisienne, nous entrames tous les trois dans son Cabinet. On n'a jamais vû tant de compliments, n'y une courtoisie de part et d'autre si belle, apres quoi nous nous assimes, Madame, Quentin apporta la parole, elle s'adressa á moy le premier, et me dit en ces termes, Sieur Prion quoi que vous soyez un Provincial, j'ay infinimt. de l'estime pour vous, Cette reconnoissance [97v] merite qu'en toutes choses vous m'obeissiez, et ce n'est que pour vous faire un plaisir que vous gouterez avec douceur. Que me repondez-vous, me dit-elle. Je vous reponds, Madame, que je suis prêt a vous obeïr, mais avec une obeisance aveugle et trés soumise (à la reserve d'une). Eh ? bien repondit-elle je me trouve satisfaite de cette obeïssance. En même tems elle se leva droite, et prit mes mains, et les mit entre celles de la fille, c'est á ce moment que je pretends vous marier tous les deux ensemble, me le promettez vous, la Fille répondit oüy, Madame, et vous, me dirent toutes les deux, je repondis égalemt. avec toute l'honnêtété possible, et pour mieux affermir le Sceau de cette nouvelle alliance, nous nous donnames tous les trois châcun six baisers. Cependant, ce rendez vous imprevû m'êtonna trés fort, en ce qu'il me falut par politesse consentir à la promesse d'un Mariage dont mon cur en êtoit trés êloigné, je n'ay jamais eu l'envie ny n'auray jamais celle de me colloquer en Mariage, c'est un Vu éternel que j'ay fait et qui durera autant que je respireray, et que toûjours j'observerai au peril de m'a vie, et je prefererai toûjours le celibat, la chasteté, et la continence á tous les plus riches Mariages du monde. A la sortie des propos, et conversation de ces deux femmes je me trouvai á demy mort, du chagrin que j'avois receu de consentir malgré moy de m'être promis de me donner en Mariage, pour lequel j'ai eu toute la vie un rebut insurmontable. Dez-aussi tôt je feus Secretement pour me remettre dans mon estat naturel chez un Chirurgien, ou je me fis tirer trois Palettes de Sang. Le lendemain ces Demoiselles me firent rappeller pour aller comme les autres chez le Notaire pour y passer nôtre Contract, [98] mais j'évita le coup par bien des excuses que je leur fis, le troisieme jour Madame Quentin connut l'adversité que j'avois contre les Femmes. Cependant elle ne se rebutoit pas, au contraire elle continuoit de plus fort de m'en persuader par les endroits, et du côté le plus beau dont les femmes sont ornées. Voici une piece écrite de sa main qu'elle m'envoya touchant la vie Femmes Fortes de l'Antiquité, et des Illustres d'aujourd'hui quand a ces dernieres elle m'en fit verbalement et vocalement un Eloge trés beau et brodé au superlatif degré. Quand aux anciennes voici en peu de mots de la façon qu'elle s'en explique. Cher fidéle et Amy Prion, vous criez fort contre les femmes, vous les accusez d'être la cause de tous les plus grands maux qui sont arrivez dans le monde, n'avez-vous pas tort ? Et si vous vouliez examiner les avantages des Femmes n'en trouveriez-vous pas d'assez considerables pour cesser de les m'êpriser autant que vous le faites ? La femme á été créé dans le Paradis-Terrestre, et L'homme déhors. Les Femmes n'ont point consenty á la mort de Nôtre Seigneur, au contraire, celle de Pilate ne voulut-elle pas empêcher son mary de condamner l'innocent Jesus-Christ n'est-il pas apparû aux Femmes auparavant qu'aux Hommes, aprés sa resurrection ? On Lit dans la Genese qu'elles avoient le privilege d'imposer des noms à leurs Enfans ? Manne nomma son fils Sanson, combien y á t'il de coûtumes où elles sont reputées âgées plûtôt que les hommes ? parce qu'elles sont plûtôt sages ? On Lit dans Plutarque que les Femmes Gauloises êtoient autrefois dans une si haute reputation [98v] de vertu et de Sagesse, qu'il se fit un accord entre Annibal et les Gaulois ; que si quelqu'un de ceux cy se plaignoit d'un Carthaginois, Les Magistrats de Carthage en seroient juge : mais que si au contraire un Carthaginois étoit offensé par un Gaulois le jugemt. en seroit deferé a leurs Femmes Gauloises. Déborah jugea le Peuple d'Israël, & se defendit contre la puissance du Roy des Canaens : & Jachel femme vertueuse tua Sisara, Lieutenant de la Gendarmerie de ce Roy. La Savante Leontia surpassa Théophraste dans ces disputes. St. Jerome confesse avoir été vaincu par Eustochium, pour n'avoir pû resoudre les questions qu'elle luy proposoit. Ce fut Cerés qui enseigna le moyen de faire le pain en Attique, en Italie, et en Sicile, ce feut elle, selon Diodore, et Hérodoté ; qui donna la premiere les Lois aux Hommes, Virgile à cause de cela l'appelle Legiféta. Isis inventa L'agriculture. Nous ne nous vetirions que de peaux de bêtes sans Tenaquil, qui inventa des habillements de Laine. Arachene Vierge de Lydie trouva la maniere de la filer. Nous devons encore les Toiles à Palas. Quels autres biens les Femmes nont elles point fait dans le monde. Ce sont elles les premieres qui ont annoncé la Resurrection du Seigneur. Quelques historiens font mention que ces Saintes Marie, Magdelaine, & Marthe, ont converty a la Foy Chrêtienne l'Esclavonie & la Provence, une Fille de France, que les Historiens ne nomment point, que Egilbert Roy d'Angleterre épousa, la convertit, & fraya le chemin a St. Augustin pour chasser le Pelagianisme de ce Royaume. La Conversion de Clovis est duë en partie aux instantes prieres de la Reine Clotilde sa femme, les Goths ne devinrent Chrestiens [99] que par les soins de Jugulde leur Reine, qui convertit son mary. Tout le monde sçait que la Reine de Saba êtoit trés sçavante. On n'auroit pas si bien entendu la Doctrine de Pitagore si Dama sa fille ne leur interprete. Socrate apprit beaucoup de choses de la Sçavante Asphasie. Cornelie Femme de Scipion nous á l'aissé des Epitres charmantes. Afranie l'aissa sa Quenoüille pour playder, ce qu'elle fit avec applaudissement. Tecle fût une Sçavante disciple de St. Paul. Tout le Monde sçait ce qu'on dit de Sainte Catherine. Il y a un n'ombre considerable d'autres femmes Scavantes qui font honneur a leur Sexe. Origene avoit sept Filles qui luy servoient de Secretaires, Marguerite de Valois, sur de François Ir. ; Helisenne de Crennes ; Christinne de Pise Italienne, Luigia et Isabelle Rorsere Espagnolles, les quatre Filles de Ferdinand Roy d'Aragon, Isabelle de Castille sa femme, et plusieurs autres, nous en Laisse des marques de leur profond sçavoir. Aprés que j'eus fait la Lecture de cet Eloge si magnifique, Madame Quentin me dit que pour le coup je devois être vrayment convaincu du merite des Femmes. Je luy repondis, que la piece auroit été encore meilleure, si les Femmes dont-elle a pretendu me parler avoient été de Paris. Que quelques Eloges que l'on peut faire de leur merite je n'en epouserai jamais aucune. Elle ce mit en colere qui fut cause qu'a ce moment nous nous broüillames, et nous nous separames brusquement. Un Secretaire de Mr. le Marquis d'Aubaïs, homme de Sçavoir, trés éloquent et d'une profonde erudition. Il étoit L'un de mes inthimes Amys. Il s'est toûjours distingué dans la Science. Madame Quentin dans ses êcrits n'a jamais pensé aussi murement que luy. Il voulut absolument sçavoir [99v] l'âge que j'avois. Il apprit que j'avois prés de soixante ans. Ayant donc sçû le cours de l'Epoque de mes jours. Il mit en m'a faveur dez-aussi tôt la main à la plume pour faire quelques Reflexions sur le Mariage que voici êcrits en ces termes. Cher-Amy Prion, Si l'on examinoit bien attentivement tous les déplaisirs qui dans un Mariage suivent ordinnairement lapas trompeur de ce lieu, il n'y à pas un seul homme qui voulut y penser. C'est une prison remplie d'amertume et de dégoût, qui souvent n'a de beau que la Porte par l'aquelle on y entre, et de consolant que celle par laquelle on en voit sortir son camarade. Se marier en homme sage, c'est choisir avec discernement, a loisir, par inclination et sans interest, une femme qui vous choisisse de même. Une femme galante a beau se contraindre, quelque precaution quelle prenne, lasse enfin d'emprunter les apparences d'une vertu qu'elle n'a plus, elle montre tous les defauts qui luy ont succedé. Les beautés mediocres sont volontiers ny communement bien loüées que par les belles femmes. De la manïere dont quelques femmes passent leur vie on diroit qu'on leur á defendu d'avoir de la raison et du bon sens, et qu'elles ne sont au monde que pour être occupées de leur beauté et de leurs ajustemens. Le Mariage est un marché, auquel il faut proceder avec grande attention, et songer autant à sa posterité, et aux besoins de sa maison qu'a soi même, car couvent les accessoires tiennent lieu de principal. Comme rien ne rend les chaînes du Mariage plus pesantes que l'indigence, rien n'en soulage le poids comme un bon coffre fort. Il faut á la verité, que le cur soit satisfait, car ce lien [100] est de luy même assez dur, sans en appesantir encore la chaine par une aversion qui la previent. C'est l'ordinnaire des vieillards, qui veulent se marier, d'etaler d'abord, ce qu'ils ont de richesses & de comoditez, et de faire Leloge ensuite de la bonne constitution de leurs personnes. Qu'elle foiblesse. Cher Amy Prion, ce vieillard êtoit bien censé, qui ne vouloit pas se marier, parce qu'il n'avoit nul goût pour les vieilles femmes, et que Par la même raison, les jeunes n'en auroient pas pour luy. S'il faut se marier, il faut que ce soit par les yeux, par les oreilles, par la bouche, par le cur, par l'esprit, par l'humeur et par la bourse. Ce lien universal ne doit l'aisser en arriere. La plus part des femmes, au lieu de penser en se mariant, qu'elles entrent chez un mari pour étre la Colonne de sa maison, la moitié de luy même, et par consequent obligées de porter tous leurs soins à soulager ses peines, se persuadant que le mariage est pour elles une porte ouverte à la licence, et à la domination, et qu'elles vont bien se dedommager de toute la contrainte qu'elles ont eüe jusqu'alors. Elles s'imaginent qu'un homme ne doit travailler qu'a leur fournir tout ce qui est necessaire a leurs plaisirs ; et que cet Empïre dans lequel elles croient entrer, leur ôte tout d'un coup cet esprit de complaisance, qui est la pierre fondamentale du repos domestique Le pays du Mariage a cela de particulier, que les Etrangers ont envie de l'habiter, et les habitans naturels voudroient en être exilés. La Femme doit étre soûmise au mary, mais le Mary doit être soûmis a la raison. On dit que l'amour peut aller au dela du Tombeau, mais il ne va guère au dela du Mariage. L'amour peut naître entre des gens qui s'epousent et durer même aprés leur Mariage, mais il ne peut subsister longtes l'ors qu'il est né avant leur nôces, du moins l'experience la telle montré, mille et mille fois. [100v] Le Mariage doit être regardé comme un Lien pour empêcher la confusion et regler les Successions ; pour se donner un secours mutuel dans la prosperité, et dans l'adversité, et pour mettre un frein á l'intemperance naturelle. Quand un mary et une femme auront bien compris ces trois buts, et qu'ils agiront dans la vûe d'y satisfaire, ils trouveront qu'il n'y a rien de si doux que ce lien. Un Mari doit honnorer sa femme, non pas de cette civilité froide et circonspecte que la bienseance regle et que l'indifference accompagne, un respect si ponctuel, qui marque plus de politesse que d'amour, doit faire craindre á une femme qu'on ne veüille á force d'honneur la dédomager de n'être pas aymée. Ce n'est pas assez pour un mary, que d'aymer sa femme, il faut qu'il travaille à la perfectionner ; lamour le rendra clair-voyant sur les moyens d'y reussir. ce ne seroit pas un bon que de s'eriger en Predicateur ; la correction la plus efficace est toûjours celle qui ressemble le moins a une correction. Heureux le Mari, qui n'est pas reduit á commander et dont les Conseils sont reçûs comme des ordres. On nobtient ce bonheur qu'en s'appliquant á gagner la confiance de sa femme. Rien n'est si utile et en même tems si dangereus que les femmes, car souvent d'un esprit grossier elles font un galant homme, et il suffit de vouloir leur plaire pour avoir mille attentions d'honnêteté, qui font presque tout lagrement de la vie ; mais il suffit aussi quelque fois de leur plaire pour Languir dans la molesse, pour oublier ses devoirs et pour ruiner sa fortune. Elles ont un pouvoir absolu sur le coeur, et quand elles connoissent la force de leur sexe, et quelles en usent à propos, les Philosophes, les indifferens, les orgueilleux les Misantropes et les gens de bien même ne sont que des hommes ; car on devient avec elles dans l'etat de pure nature foible, badin, et même puerile. Des Misantropes passent quelque fois leur vie á faire ce Manege avec les femmes qu'ils ayment ; ils les grondent, les querellent, les quittent, et a peine les [101] perdent-ils de vûe, qu'elles leur reviennent dans l'esprit avec de nouveaux agrements ; les voila radoucis et on les voit á leurs pieds, humbles, soûmis et plains de foiblesse et de confusion. Il est êtonnant qu'une femme qui ne peut danser avec bienséance que cinq où six ans de sa vie, en employe 10. où 12. á apprendre continuelement ce quelle ne doit faire que pendant si peu de tems ; et a cette même personne, qui est obligée d'avoir du jugement et de parler jusqu'a la mort, on ne luy apprend presque rien qui puisse n'y la faire parler plus sensement, n'y la faire agir avec plus de conduite. Cher Amy, les femmes nont guere moins de penetration pour découvrir, que de dissimulation pour se cacher. Cher Amy il y a plus de dangers à craindre auprés des femmes, que de fruit à esperer. Mulieres majori adeuntur periculo quam fructu St. François Xavier On ne sçauroit trop conseiller aux Femmes de dire du bien des autres femmes, et par leur conduite de faire dire du bien d'elles. Cher Amy. Toutes les femmes veulent plaire ; les prudes mêmes s'offensent qu'on ne leur trouve pas de l'agremt. ; car il semble qu'on veüille leur reprocher de nêtre vertueuses que par pure necessité, quand on n'avoüe pas qu'elles ont des charmes pour meriter d'être recherchées. Les femmes ne passent jamais d'une violente jalousie a une certain indifference de sentimens ; se consoler du m'êpris d'un Amant est toûjours la derniere chose qu'elles font. La plus part des femmes sont plus jalouses de leur reputation sur la beauté que sur l'honneur, et telle qui á besoin de toute la matinée pour perfectionner ses charmes, seroit plus fachée d'être surprise a sa Toilete qu'avec un Galand. La premiere vertu selon les femmes, est de plaire pour plaire, la beauté est un moyen plus sur que la Sagesse. Quoi que l'on dise, il n'y á point de Veuvage sans tristesse ; car n'est ce pas toûjours un êtat [101v] fort triste que d'etre obligé de feindre une tristesse continuelle. Les hommes accusent les Femmes de foiblesse, cependt. y en á t'il aucun, qui puisse tenir aussi long tems contre les Solicitations des Femmes, si elles les assiegeoient, que les Femmes tiennent contre celle des Hommes, quoi qu'ils se servent des plus adroits & des plus pressans artifices, pour les surprendre ? L'ors que les hommes ayment, ont ils autant de pouvoir sur eux mêmes, pour cacher leur amour, que les Femmes en ont pour cacher le leur, quelque effort que l'on fase pour les engager à le faire paroître, quand on voit un homme aux pieds d'une femme luy demander avec des protestations d'Esclave les plus humiliantes, ce que cette Femme combattant contre elle même, luy refuse avec fermeté ; lequel des deux paroît avoir le plus de foiblesse ? c'est la pudeur, dit-on, qui retient les Femmes. Eh ? bien il doit toûjours leur étre glorieux de sçavoir moderer leurs passions par la pudeur ; c'est-á-dire par la crainte de perdre l'honneur. Les Hommes viennent avec autant d'imprudence que d'empressement, declarer aux Femmes ce qu'ils sentent pour elles, sans être assurées de leur plaire : foiblesse de coeur dautant plus grande, qu'on est vaincu par le premier mouvement de lamour ; foiblesse d'esprit dautant plus honteuse, qu'il dévient la dupe du coeur dont il devroit luy même regler et moderer les passions. Enfin concluons cher-Amy, que les Femmes les plus vertueuses cherchent á plaire même avant l'âge de raison ; ce goût leur vient en naissant. Elles ignorent qu'en cherchant á plaire on trouve indubitablement quelqu'un qui plait, et que c'est sans doutte exposer Sa liberté que dattenter á celle d'autrui. Madame Quentin, touchant les femmes n'est á proprement parler qu'un demy Auteur. Celui-cy est d'un Stile un peu plus relevé, puis qu'il á tourné la medaille des deux côtez. Les Anges même [102] pourroient-ils encore faire un troisieme Eloge d'elles que jamaïs aucune ne seroit capable de me tenter. Voici en peu de mots, qu'elle est ma
consolation et la vie que je mene en ce monde. Du Monde Sensuel je
mêprise les Loix, Pour garder m'a
Maison nul ne fait la Patroüille ; Il y á dans les frontières du Roüerge une fille ornée à ce qu'on dit d'une beauté Surprenante. Toutes les personnes d'Aubaïs ne songent et ne parlent que de son merite et de son esprit. Ceux-cy disent que c'est une beauté nonpareille, et incomparable, d'autres ne s'entretiennent que de ses appas, de sa haute vertu de ses attraits, de sa splendeur, et de ses gestes si precieux aux yeux de tout le monde. Elle porte le nom d'Angélique. Un Auteur de Montpelier trés-versé dans les Sciences Prosiques á fait en peu de mots son portrait par ecrit, que voici. Quelque haute que soit la naissance de cette jeune Demoiselle elle est pourtant bien au dessous de son merite ; et la nature luy á été encore plus liberale que la fortune. [102v] Elle est de la plus riche, et de la plus belle taille du monde, et l'on voit quelque chose de si noble, de si grand, et de si Majestueux en son port, qu'il est impossible de la regarder sans l'admirer, et la respecter. Elle a L'air si haut et L'action si libre, et aisée que malgré le caractere de Grandeur qu'elle á toûjours sur le visage, les Graces ne l'abandonnent jamais, et se melent à tout ce qu'elle dit, comme à tout ce qu'elle fait. Ses yeux ont tout ce que les Peintres peuvent imaginer de plus doux, et de plus charmant, ses cheveux sont de la derniere beauté, sa bouche est le dernier effet de la nature, et l'idée la plus accomplie de la beauté, la Mer d'Orient, n'ayant point de perles, n'y de Coral que l'on puisse comparer à ses Levres et á ses dents. Ses mains sont trés-belles, et admirablement bien taillées, et soit pour la forme, oú pour la couleur, l'on ne sçauroit rien voir qui les égale. Pour le teint, elle la si admirable, qu'il n'est pas au pouvoir des plus rigoureux hivers dêfacer l'incarnat qui le rend si beau, et qui donne un si grand êclat á sa merveilleuse blancheur, qu'on y voit en toute saison, cette fraîcheur qu'on ne voit qu'au lever de l'Aurore sur les plus belles Roses du Printes. Elle se soucie peu de chercher tous les ornements êtrangers qui ont accoûtumé d'être la passion des jeunes filles, sa propreté pour l'ordinnaire est sans grand ajustement, et sa seule beauté la pare, ce n'est pas que quand elle veut être parée, la parure ne luy convienne admirablement, et qu'elle ne Sçache l'art de s'habiller galamment, mais elle se fie d'ordinnaire à ses propres charmes, et ne demande rien á L'art. [103] Elle est si accomplie, qu'on ne luy peut rien desirer, car il ny à pas une plus belle personne au monde, et il n'y en eut jamais, de qui la vertu soit plus Solide, n'y plus generalement reconnüe, n'y de qui la conduite soit plus également sage. Nulle autre enfin n'a sçû mieux l'art d'avoir de la grace sans affectation, de la raillerie sans malice, de l'enjoüement sans folie, de la propreté sans contrainte, de la vertu sans severité, et si l'on vouloit representer la vertu, il faudroit peindre cette admirable personne. Cet Auteur fait tous ses efforts pour faire connoître au public que cette fille est un Phenix dans cette Province, mais un homme du pays un peu plus raisonnable soûtient en même tems qu'en ce pays-là, ce sont des animaux encore plus rares que cet oiseau de l'Etre. Voir les autres parties du
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