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The Ranums' Panat Times
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to opening page of Ranums' Panat Times Go to the page that lists the contents of the Prion manuscript! 15: Voyage à Paris par la vallée du Rhône (fols 84-87v) Etant parvenu au 1r. septembre de l'année 1738. je reçûs un ordre qu'il faloit partir pour Paris, je me mis à faire cette Route, et passant par Saint Gervasi, qui est un village á deux lieües de Nismes. Un Berger y planta prés d'icellui une Croix quy à fait beaucoup de miracles. Elle est visitée par devotion par un [84v] grand concours de Peuple de toutes les Provinces de France, j'y fûs exprés faire mes Stations, je lûs les vers qui suivent gravez au piedestal de ladite Croix. Un Pasteur de
Provence Le lendemain nous passames sur le Pont du Saint Esprit, qui est sur le Rhône, c'est un trés bel ouvrage, il a 420. Toises de longueur, et 2. Toises 4. pieds 4. pouces de largeur. Il est soûtenu par 26. Arches, sçavoir par 19. grandes et 7. petites qui sont aux extrémitez, et forment les rampes, elles ont de la superficie des eaux ordinnaires jusqu'a l'entablement des Parapets six Toises et trois pieds de hauteur, elles sont inegales, les plus grandes ont 18. Toises, il y a 267. Toises fondées sur le Roc et 153. sur des Pilotis. Il fut commencé en 1265. par Jean de Thiange Benedictin, appellée alors Saint Saturnin, posa la premiere pierre. Le fond pour bâtir ce Pont est venu des offrandes des fideles á un petit Oratoire qui étoit celebre par beaucoup de Miracles, et étoit situé a la tête du Pont, au même lieu où sont encore les Peres Blancs, qui furent êtablis par Philippe le Bel pour faire le service dans cette Eéglise,qui fût bâtie par ses ordres, et dediée au St. Esprit avec deux Chapelles, l'une a la Vierge, et l'autre a St. Louis. Ce Pont fût achevé environ l'an 1309. et dura á faire 44. ans. Les Peres Blancs [85] qui ne sont pas Religieux servent encore l'hôpital qui est bien fondé ; ils n'ont point changé d'habits. Le Pape, Nicolas V. dans une Bulle par laquelle il donne beaucoup d'intelligences á ceux qui vont visiter cette Eglise, dit que Dieu étant touché des malheurs des fidéles qui faisoient naufrage en passant le Rhône, avoit envoyé un Ange sous la forme de Berger, qui avoit marqué le lieu oú il faloit faire un Pont prés de l'Oratoire & qu'il faloit y faire batir une Eglise & y êtablir un hôpital, quoi qu'il en soit de l'Apparition de l'Ange, le Pont, L'hôpital et l'Eglise furent bâtis, et subsistent encore avec des revenus considerables pour les entretenir, cela n'a pû être fait qu'avec des dépenses immenses, il est surprenant que les offrandes des fideles y ayent pû suffire, mais elles n'êtoient pas seulement apportées au lieu du Pont, il s'etablit un ordre de Freres Queteurs sous le nom de Donats, autorisez par les Papes, qui portoient une espece de Scapulaire rouge, ou une Croix, oú le Pont étoit representé, qui alloient quêter par tout le monde, et trouvoient des fideles assez bien disposez pour leur donner de grandes sommes, qu'ils ne rapportoient pas apparement toutes entieres pour la construction du Pont, nos Rois ont permis pour le mieux entretenir de lever un Droit sur le Sel, qui passe sous les Arches, qui est de cinq deniers sur châque Emine, ce qui monte a 8. oú 9000lt. tous les ans. A la sortie de ce Pont sommes entrés dans le Comtat Venaiscin, ce pays est une enclave de la Provence, appartenant à Nôtre Saint Pere le Pape. Dans cet endroit il nous en à coûté une heure et demy de tems pour traverser ces petits Etats Etrangers. Au reste, les Comtadines sont plus belles, plus gracieuses et mieux faites que les Comtadins leurs Epoux : Ce pays ne [85v] manque point d'agrements. Il y a des fruits delicieux. Dans cette contrée le champs y sont remplis de la Plante du Tabac, qu'on y cultive en abondance. Avons été coucher á Pierre Latte, petite ville, et la premiere qu'on trouve au Bas d'Auphiné, a une petite lieuë de St. Paul Trois Châteaux. A Valence avons vû l'Université, ayant dêchû un certain tems, & on disoit vulgairement Docteur de Valence
La Reformation qu'on y fit il y à quelques années á remis les choses dans l'ordre ; & l'on n'y fait plus les Docteurs avec la facilité qu'on y trouvoit autrefois. On y voit une chose remarquable, c'est le corps d'un Geant qui avoit nom Buardus, ensevely dans l'Eglise des Jacobins. Les os de ce Buardus joints ensemble forment un corps de 15. pieds de hauteur. On voit dans l'Eglise de St. Pierre fondée par Charlemagne un [sic] Caverne sous laquelle on traverse le Rhône. Nous avons couché à Vienne, qui est une des plus anciennes, des plus belles, et des plus charmantes villes du d'Auphiné, et la Capitale du Viennois sur le Rhône. Les excellents vins, qui n'aydent pas peu á adoucir les chagrins de la vie, & que produit le terroir de Vienne, concilient à ce pays-lá l'estime des hommes raisonnables & de bon goût, St. Maurice Eglise Archiep∫. est belle. Il y a dans cette ville 10. Paroisses et 3. Eglises Collegiales. Partis de cette ville trés contans par le bon goût & la tendre douceur du bon Nectar que nous y avons avalé en abondance, avons passé a St. Saphorin d'Hozon, c'est un Bourg en D'auphiné, que l'on appelle Saint Saphorin d'hozon, a cause qu'il est sur le Ruisseau d'Ozon. Dans ce Bourg il y á une Poste, qu'on appelle la Poste aux Anes, veritablement elle est servie par des gros et bons Aes. Entr'autres on me donna à moi une [86] grosse Anesse, qui ne quitta pas le Galop jusqu'a l'entrée du Fauxbourg de Laiguillotiere de Lyon, mais qu'elle violence que le Cavalier puisse faïre ne sçauroit faire entrer aucun de ses Anes dans le Fauxbourg. Ils s'arrêtent tout court et trés retivement, à l'endroit qu'ils ont accoûtumé, ce que je n'aurois pû croire, si je n'en avois moi même plusieurs fois fait l'experience. Une des plus belles singularités de la ville du Lyon d'aujourd'huy c'est sans contredit le College de la Trés Ste. Trinité, ou Enseignent les Reverends Peres Jesuites dépuis 1566. Ce College porte pour titre : le Temple de la Sagesse, ouvert á tous les Peuples. Il y à dans ce College une trés-belle Bibliothéque, d'où l'on voit des Alpes, et l'on y voit perpetuelemt. ces sommets couverts de neige. Lyon est une ville trés fameuse pour la Banque et le Change. Il y a 4. Fauxbourgs, le plus beau est celuy de L'a Guillotiere, la Croix Rousse, Veze et St. Just. Avons passé à Tarare, petite ville du Lyonnois, sur la Tordive, et dans une valleé, aux confins du Beaujolois et à moitié chemin entre Lyon et Rouanne. Le lendemain assez matin aprés avoir bû le vin de L'Etrier, avons monté la prequ'inaccessible [sic] Montagne de Tarare, elle est dans le Beaujolois, sur les confins du Lyonnois, prés de Tarare qui luy donne le nom. Au reste le 7. Mars 1714. Etant sept hommes tous ensemble, qui aillons sur nos jambes à Paris, nous montames cette Montagne couverte de Neige de m'a hauteur et á travers d'un vent de Bise qui geloit á pierre fendre. Le froid étoit si violent qu'il tua un garçon Apoticaire de Lyon , deux des autres en resterent malades à Rouanne. A la sortie de cette Montagne toutes les Parties de mon corps étoient presque toutes gelées, je regarde comme un Miracle d'en être êchappé. Voila à quoi conduit la Servitude, et á quels perils n'est-on pas expose, l'ors qu'on est obligé de courir de Province en Province. Du Forez nous entrames dans le Bourbonnois [86v] par Moulins. Cette ville est prés de la Riviere de l'Allier. Elle a de grands Fauxbourgs et bien Peuplée et renommée par ses eaux Minerales. Les Ciseaux et la Coutellerie qu'on y fabrique y tiennent lieu d'un produit assez considerable. Au reste, les Tartes Bourbonnoises, sont de certains Bourbiers d'angereux qui sont dans les Preds, où dans les chemins du Bourbonnois, où les hommes & les Cavaliers s'abiment tout á fait, & d'où on ne les peut retirer sans un prompt secours. D'ici nous fûmes a Nevers, capitale du Nivernois. Elle á un b'eau Pont de 20. Arches sur la Riviere de Loire : Il y a un beau Chateau des Ducs de Nevers. La ville est belle et bien peuplée a 52. lieuës de Paris au Midy. On y travaille fort bien en Verre et en Fayence. Ensuite nous fumes a Briare, ville du Gâtinois sur la Loire, où il y a un Canal pour la communication de cette Riviere avec celle de Loing, & de la dans la Seine. passames ensuite a Montargis, Nemours et Fontainebleau, aussi du Gatinois. Dans cette derniere ville j'eus l'honneur d'y entendre la Sainte Messe dans la Chapelle du Roy. Nous fûmes coucher à Essonne, petite ville á moitié chemin entre Fontainebleau et Paris. Voici en peu de mots le plus sanglant affront qui se puisse faire et comettre par un Marchand de Lyon à un honnéte homme de cette ville d'Essone qui se disoit étre de ses Amys. Un Aubergiste d'Essone ayant reçû la Semaine passée mille Ecus a Paris, trouva un de ses Amys qui alloit á Lyon & qui devoit coucher chez luy en passant, lequel il pria, le connoissant parfaitement, de porter ces mille écus a sa femme, parce qu'il ne devoit partir, que le lendemain, ce qu'il fit avec plaisir, aymant dêpuis quelques temps la femme de l'Aubergiste ; arrivé qu'il fût à Essone il se met a conter fleurette a son hôtesse, & luy propose de lui donner mille Ecus si elle veut passer la nuit avec luy : elle y pensa [87] plus d'une fois, & refléchissant qu'elle pouvoit gagner en une nuit ce qu'elle ne gagnoit souvent pas en toute une année, elle lui accorda sa demande, & luy pour montrer sa genérosité, luy donna les mille Ecus d'avance. Le Lendemain l'ami de L'hôte, mais encore plus de L'hôtesse monta á cheval fort satisfait. Le soir le mary arriva et demanda à sa femme, si elle avoit vû, Monsieur, un tel? elle dit que non : la frayeur le prit et fit seller des Chevaux pour courir à prés, mais la femme le rappaisa et luy dit qu'elle ne luy avoit fait peur que pour l'empêcher de se confier une autre fois à tout le monde. O ? Que les Femmes seroient heureuses, si elles connoissoient leur bonheur ? Elles ne sont occupées que dessoins du ménage ; & la reputation qui coûte tant aux hommes à acquerir ne coûte aux Femmes que de la vertu & de L'oeconomie. On á pour elles, à parler en general, beaucoup plus d'honnêteté, d'égards & de complaisance, que pour les hommes. Si elles parlent juste on les admire, si elles font de fautes en parlant, on les excuse ; si elles ont des affaires & des Procez, on les sert agréablement, on entre dans leurs interêts ; les juges leur donnent une attention favorable, et elles trouvent partout de Lappui & de la protection. Tout conspire á leur procurer du plaisir. La Comedie, le jeu, la Danse, les belles parties, & enfin toutes les choses qui rendent la vie agréable semblent n'être faites que pour les divertir. En un mot elles sont l'âme de la Galanterie, & les hommes ne tâchent d'avoir de l'agrement que pour leur plaire. O que les femmes seroient heureuses, si elles connoissoient leur bonheur. Dans toute nôtre Route ce fut à la couchée d'Essone ou nous eumes le plus vif regret de voir tromper un [sic] hôtesse, qui est la personne la plus vertueuse & la plus accomplie de cette ville. Elle nous protesta á tous que jamais plus une pareille avanture [87v] ne lui arriveroit, et ce qui ne luy seroit jamais advenu sans une flateuse Seduction, telle que feut celle de cet infame Marchand Lyonnois contre cette aymable personne. Voir les autres parties du
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