The Ranums' Panat Times

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10: Activités domestiques et littéraires (fols 65v-70v)

Aprés tant d'aventures si gracieuses nous primes la route d'Aubaïs, où nous arrivames trés heureusement vers le commancement de Septembre. Quelque jours aprés Prion sera de nouveau employé au refecement de la transcription de Cayers de 24. Pages en Manuscrits. Dans [65v] ces occupations Litteraires, il luy tombera entre ses mains un compliment par êcrit, fait et prononcé par Mr. de Massilhan Curé de Pinas à Mr. le marquis d'Aubaïs le premier janvier 1736. pour luy souhaiter une heureuse année conçû en ces mots.

Vous sçavés qu'il y à pour les grands comme pour le reste des hommes, une grandeur plus durable que celle cy à dèsirer : et ne sont ce pas, Monsieur, ces verités eternelles qui dirigent vos conseils, qui sanctifient vos entreprises, & qui du reste vous rendent par une magnanimité noble superieur à tous les événèments de cette vie? c'est ce qui fait admirer en vous les rares talens de la nature, avec les dons precieux de la grace, cette bonté et cette grandeur d'ame qui sont les fruits d'une illustre naissance, et l'on voit en vous parfaitement d'accord les plus hautes Sciences, et la pieté la plus pure, la plus humble, & la plus solide, l'amour que vous avez pour les belles Lettres, ne diminuë rien de vôtre vigilance paternelle ; & l'on peut dire que vos vertus et vos travaux vous rendent également la gloire de la Noblesse, et lornemt. de vôtre siecle.

Que l'histoire à la posterité, que toûjours maître de vous même vous donnez dans toutes vos paroles ; comme dans vos actions, les véritables regles de la prudence et de la sagesse.

Mais je ne viens pas ici pour faire votre Eloge, il faudroit une bouche plus éloquente que la mienne pour parler dignement de vos éminentes qualitez.

Mon dessein est uniquement de vous suplier, Monsieur, de recevoir favorablement les voeux ardens que nous faisons à ce renouvellement d'année, que le Ciel repande sur vôtre digne et illustre personne sur celle de Madame [66] la Marquise, et sur toute vôtre noble, et ancienne famille, les effets des promesses que Dieu avoit faites à un homme selon son coeur, c'êtoit le Roy David qui nous dit dans son Pseaume 127. que c'êtoit ainsi, que celui qui craint le Seigneur, comme vous Monsieur sera comblé de ses plus Saintes benedictions, Ecce sic benedicetur homo qui timet dominum. Que vos Enfants, et les Enfants de vos Enfants seront assis autour de vôtre Table, comme des jeunes Olliviers qui sont au bord d'une prairie agréable ; que vos jours seront prolongés, afin que vous ayez la consolation de voir la perfection de vos éloquens ouvrages, et de vos magnifiques entreprises, de voir une longue et heureuse posterité en la personne de ce digne héritier non seulement de vos richesses, mais principalemt. de vos mérites, de vos belles qualitez, et de vos rares vertus ; & qu'ensuite vous ayez le bonheur en recompense de tant de bonnes oeuvres que vous operés, de joüir de la Sainte Sion. Ce sont les souhaits sinceres de vos Vassaux, qui vous sont parfaitemt. soûmis, et de celuy qui à l'honneur de vous être entierement dévoüé.

Le Peuple François est comme les anciens Romains, beaucoup susceptible touchant les augures. Si un homme y nait sans crepine, ils augurent qu'il ne sera jamais heureux, malheureusemt. Prion est venu au monde sans être couvert de ce Bagnolet qu'on appelle Crêpine, aussi il á eu toûjours beaucoup á combattre, ses ennemis luy ont toûjours tendu beaucoup de pieges. Voici levenement d'un fait des plus tragiques qu'il á eu a essuyer, et voici comment une femme de chambre, nommée Mademoiselle Manon, native de la ville de Moulins en Bourbonnois, vint se presenter munie de la [66v] faveur d'une grande protection, au Service de Mademoiselle du Cayla. Elle y feut reçûe. Et six mois apres son installation, luy vint en fantaisie d'apprendre á lire et á écrire, et á quel prix que ce feut. Elle sadresse pour cela à Prion homme Litteraire et meilleur Abecedaire, luy declare d'un Zele trés ardent l'inclination qu'elle à conçû pour apprendre á Lire pour prier Dieu. Elle veut luy faire par avance un present d'une couple de livres de Tabac. Prion refuse ce Don tout court, mais il s'offre de luy faire leçon, la convention est faite et arrêtée de part et d'autre à quatre leçons par jour, mais il fallut changer de notte quatre leçons, cêtoit trop pû [lire: peu], la sujetion fut augmentée à huit par jour et quelque fois davantage. Dans moins de huit mois de tems la Demoiselle commença á bien lire, a ce moment cette demoiselle commence a maitriser celui qui l'enseigne. Elle monte sur ses chevaux pour dire d'un ton menaçant a son Maître qu'elle veut dire dix Leçons par jour, et même autant quelle voudra. C'est asture [sic] qu'elle l'assujetit dans une plus grande servitude, elle minvective en ces termes, disant que je suis un coquin, un faineant, un paresseux qu'elle veut encore le nombre plus grand á repeter ses Leçons. Elle dit que Mr. le Marquis d'Aubaïs, et Mademoiselle du Cayla luy ont dit que si je ne suis pas assidu a luy montrer selon sa fantaisie quelle me fera renvoyer. Elle est secretement soufflée par un Laquais. Elle devient imperieuse. L'ors qu'elle me voit en compagnie ou que je va dans le village d'Aubaïs, d'abord elle m'appelle de cette façon. allons rebroussez vôtre chemin, marchez au plus vite, venés me dire m'a Leçon, dans le tems que je la luy repete, elle s'offense, disant que je suis une bête que je ne montre pas bien [67] que si je ne fais pas mieux, quelle me faira embâtonner. Le demonstrateur reçoit toutes ces inquités [sic] avec une patience la plus constante, et toûjours avec une douceur inexprimable, mais la mesure de tant d'outrages étant devenue au comble de toutes ses souffrances. Prion prie la Demoiselle Manon de chercher un autre Maître qu'il ne veut plus luy démontrer, á ces paroles, La Manon leve la main contre Prion. Elle le menace, elle dit qu'elle v'a le faire chasser tout a l'heure de la Maison, il luy répond retire toi d'ici et v'a t'en faire ce que tu voudras. Elle va de ce pas porter de grandes Plaintes contre luy. Et pour mieux joüer son rôle et faire voir sa rage, elle frape ses yeux pour en faire couler par force quelques larmes. Le Château tient pour cela un Conseil Gènèral, a la fin duquel voilà Prion tout a coup tombé du Pinacle dans les Enfers, ses ennemis secrets ne cessent de faire glisser sous de belles apparences des-paroles-trés venimeuses, sous un esprit de paix, l'on suggere mille faussetés, contre l'honneur et la reputation d'un homme que l'on veut détruire mal à propos. Voilà tout à coup un peuple innombrable qui court en foule se ranger tous les étendarts de la haine contre Prion, ceux qui se trouvent même étre d'honnêtes gens et qui n'ont pas même armé contre luy ne veulent plus le voir, personne ne veut plus le saluer. Il se trouve comme Etranger au milieu d'un pays devenu son ennemy irreconciliable, voila ce que produisent les calomnies et la medisance contre l'innocence même. Etant abandonné de lapuy du bras de tout le genre humain, il se jettera entre les mains du bon Dieu, duquel il doit tout esperer. Dans cette fatale chute, il n'y aura que Madame la Marquise d'Aubaïs, qui sera la seule personne [67v] au monde qui prendra le party de Prion. Elle le fera appeller et luy dira qu'est-ce que tu as eu a demeler avec Manon ton êleve. Madame luy repondra Prion aprés avoir travaillé pendant prés d'année pour apprendre à lire à cette Demoiselle il luy â plû de me faire repentir de toutes mes actions et en un mot de me faire mourir sous le bâton. Madame la Marquise d'Aubaïs oüy. Eh ? bien, je te justifie, et sois assuré que la Manon est une fole piefée, ne luy montrés plus á lire. Voila ce que l'on peut appeller des paroles justes sorties de la bouche d'une Dame de la premiere qualité pour le témoignage de la verité.

L'on a obmis une Epoque qui est tres essentielle touchant l'etat chronologique et journalier, dont Prion en á rempli ses devoirs avec tout le succés inesperé.

Mr. le marquis d'Aubaïs, étant allé á Paris, il prit son Cuisinier, Prion quoi que litteral eut ordre de rester á Aubaïs. Quelques jours aprés l'absence de son Maître. Une troupe de Seigneurs de la premiere qualité, arrivent en visite dans son Château, la Maison êtant sans cuisinier. Madame la Marquise donne ordre à Mademoiselle de Bouchet Epouse du me. d'hôtel d'aller par tout le village d'Aubaïs pour trouver un homme pour apprêter á manger, recherche inutile, il ne s'en trouve point, Madame la Marquise et Madlle. Bouchet font appeler Prion, le prient trés instamment de faire la Cuisine, il soffre trés respectueusement á tous les ordres qu'on luy donne pour cela, il dêcend á la Cuisine, il se met un Tablier, avec des Couteaux á gaine a son côté, sa tête couverte d'une serviette artistement pliée, on luy fait promptement apporter du Bois, du Charbon, et tout ce qu'il faloit pour faire un excellent Diner en maigre, attendu [68] que c'étoit ce jour la un Vendredy. Ce n'est pas le tout il falut encore faire les fonctions d'officier d'office. Le Dessert fût composé avec des cremes au Caffé, au Chocolat, des Gauffres, une Compote de Pommes et autres petites menuiseries, faire encore le Caffé et le donner luy même. Au lever de Table, le Cuisinier quoi que de la plus nouvelle creation, receut unanimement de toute cette noblesse mille applaudissemens. Des ce moment Prion est reçû pour Cuisinier par Madame la Marquise d'Aubaïs en titre d'office, pour tout le tems que Mr. le Marquis d'Aubaïs restera á Paris, qui sera un terme de six mois, et luy sera donné sous ses ordres une Servante et un Marmiton, et parmi eux point de Semestre.

Le Marmiton s'appelloit la Combe. Il conçût bien tôt une simpathie toute naturelle pour la Servante. Il luy fit present d'un petit Miroir a Quadre vert avec ces vers en 4 Lignes qu'il fit composer par le maître d'Ecole.

Si vous ne savés pas encore
Qu'elle beauté charmante a sur moi tout pouvoir
Regardez vous dans ce miroir.
Vous verrez l'objet que j'adore.

Le nouveau Cusinier, Prion, se déclara ennemy de cette Poësie, jetta ses vers au feu, craignant que le Marmiton ne devint par iceux de l'oreille au coeur de la Servante.

Les six mois du Cuisinier á la mode êtant exprirés [sic], il sera suprimé de cet Office.

A labandon de celui-cy, il sera rétabli par son Maître a celuy de Coppiste.

Aubaïs est un charmant Sejour, cependant ce n'est qu'un village, dans le Château duquel l'on y voit deux merveilles non pareilles, la premiere c'est son Escalier, et la seconde sa Bibliothéque, touchant cette derniere [68v] beauté qui est trés-admïrable, une personne de qualité possedant á fond la vaine Poëtique a fait le Sixain qui suit.

A voir tous les objets qui charment mes regardes
Ces livres curieux, qu'avec tant de dêpense
Tu ramasses de toutes parts
Et de ton Escalier la superbe Ordonnance
Je puis dire d'Aubaïs, sans nulle complaisance
Que c'est le vrai sejour des Muses et des Arts.

Au tems de la Canicule, année 1728. Un Mûnier nommé le Sr. Pasquier, fermier d'un Moulin appellé Carriere sur le Fleuve du Vidourle. Estant à la Pesche sur ce fleuve, il vit au fond de Leau le Cadavre d'un jeune Enfant, il le tira avec un Filet, et l'ayant mis sur les bords de cette Riviere, il fût reconnu être natif du lieu de Junas qui restoit pour Goujat a la Metairie de Gavernes sous la conduite d'un Berger a la garde d'un Troupeau de bêtes a laine, lequel êtoit Pupile, l'oncle duquel appellé Riquet, vint promptement avertir la justice d'Aubaïs pour y faire une dêcente. Le Sr. Ducros Notaire Royal et Greffier Criminel dudit lieu, étoit apres á galoper une judicature, et par consequent absent, lon vint supplier Mr. le marquis d'Aubaïs de nommer un Greffier. Ce Puissant seigneur ordonna à Prion d'aller remplir cette fonction, il eut lhonneur d'obéïr à ses ordres, voila la justice du lieu qui s'assemble, composée du Juge, du Procureur Jurisdictionnel, du Greffier Civil et criminel, d'un huissier, et de deux Maîtres Chirurgiens, Le Tribunal justiciaire transporté sur le lieu dresse son Procés Verbal, Les deux Esculapes dressent également sur ce Cadavre leur Rapport et Relation. La moitié du Peuple d'Aubaïs et [69] de junas par un esprit de curiosité, se transportent sur le même lieu pour étre les Temoins du procedé de la justice. Les Parents du noyé y conduisirent par force le Berger de ce Goujat qu'on soupçonnoit être l'Auteur du submergemt. et de la mort de ce Garçon. Ils firent faire á ce Berger lacte de Cruentation, lequel acte se fait en cette façon, l'on fait plusieurs fois passer le soupçonné du Crime sur le corps du mort, si alors son visage change de couleur, que son coeur luy palpite, que son Pous soit plus êlevé, il est réputé être l'Auteur du crime du Submergé, tel est le ferme Sentiment des Officiers qui composent le celebre Tribunal Justiciaire d'Aubaïs, ces gestes et confrontations finis, le sieur Manse huissier, constitue de Par le Roy ce berger Prisonnier, et pour se mieux assurer de son capturé luy coupe avec son couteau le Cordon et les deux Boutons de sa Culote, et le conduit en cette posture dans les Cachots des Prisons du Château dudit Marquisat dans ladite Jurisdiction. Le lendemain une Brigade d'Archers de Nismes vinrent le prendre pour le conduire dans les Prisons du Presidial de Nismes pour y étre jugé á mort, mais les Temoins ouys n'apportèrent aucune preuve convaincante contre luy, étant par cette Cour reconnu innocent, il feut relaxé avec dêpens dommages et interêts, et mis hors de Cour et de Procés, il étoit natif du Gevaudan, a la sortie desdites Prisons, il regagna au plus vite les hauteurs des Montagnes de son pays natal, et fit serment de ne plus remettre ses pieds dans le Bas Languedoc. Et en effet du dépuis on ne l'y á plus vû. La peur est un mal dont on ne sçauroit plus guerir, et combien qu'un domestique soit un mal nécessaire, et du même dans des pareilles occasions on est obligé de s'en passer, dans le Bas Languedoc, comme dans les autres Provinces de France, le Clergé, les Grands Seïgneurs, [69v] les Dames de qualité, les Marchands, leurs Epouses, les Bourgeois et les Paysants de la Campagne, et de tout êtat y tiennent des Domestiques pour les servir. Tout ce Peuple dit qu'un Domestique est un mal necessaire, et duquel on ne pourroit s'en passer, et absolument ceux qui ont moyen veulent en avoir, c'est á dire les uns par gloire et les autres par necessité. Il y á au dela de 40. années que Prion l'Auteur de ces memoires à tout autant donné sa plume á Gages, il se trouve heureusement aujourd'huy aussi riche que le premier jour qu'il entra dans cette Servitude. Il est trés-rare de voir des esclaves faire Fortune, il sçait que la Fortune et l'Amour sont deux impertinentes Megeres, qui ne vont jamais se percher sur le merite. Il est entré misérablemt. dans ce monde, il compte très assuremt. d'en sortir de même, Il dit que les veritables tresors ne sont que dans le Ciel, et que les Riches de la terre sont si riches qu'ils dinent deux fois. Ceux cy tout comme les pauvres seront ègalement moissonnez par la Faux de Saturne. Le fil de la Parque y sera gènèralement ourdy de la même finesse et coupé a un point égal pour tous, Charon est le Nautonnier du Cocyte, il n'a qu'une Barque qui resemble á un Cloaque. Plusieurs riches de la Terre ont voulu donner des sommes pour la faire Peindre. Le Nautonnier la refusé tout court, la mal propreté de laquelle rebute leur passage, mais n'en ayant pas d'autre il faut qu'ils y passent par force, à la verité c'est un puant vaisseau et trés lugubre. Mille fois heureux ceux qui prendront la route du Paradis parce que le chemin en est trés beau, et le Sejour une éternité de délices de la Sainteté même. Peuple d'Aubaïs croyés m'en prenons ce dernier chemin, faisons pour cela tous nos efforts à quoi je vous exhorte de tout mon coeur.

Revenons á mes trés-chers trés-fidèles confreres [70] les Domestiques mes inséparables Amys. L'on m'a donné un Memoire de ceux qui ont principalement le bonheur de servir les Grands, dressé par un homme d'esprit vannagien, conçû en ces termes,que l'Auteur donne ici mot par mot.

Il dit que la plus-part des Domestiques s'imaginent que la Grandeur du Maître s'est entieremt. communiquée á eux, et que par consequent, ils se persuadent qu'ils sont en droit d'exiger, les mêmes honneurs qu'on rend aux personnes qui les font vivre, si c'est une Servitude que d'avoir un maître, c'en est une presque aussi grande d'avoir des Domestiques. L'extreme ardeur que les Serviteurs ont d'ordinnaire pour la liberté, les precipite bien souvent dans un esclavage au lieu d'une legere et douce Servitude. Il n'y à souvent pas moins d'inconvénient à secoüer le joug qu'a le porter. On n'est pas miserable pour être obligé d'obeïr, mais pour obeir malgré soi. Si les Domestiques avoient dans leur tête un seul grain de bon sens, il devroient sçavoir vivre avec toutes les personnes, comme ils voudroient eux mêmes que leurs Maîtres vêcussent avec eux. Un Seigneur disoit, qu'il ne faloit pas nombrer les Domestiques, mais peser leur valeur. Il est bien difficile disoit-il de voir dans un même Magazin, du fer et du Cuivre, de Plomb et de l'Etain, de LOr et du Mercure ; sans qu'ils ne contractent de mauvaises qualitez, où que du moins la couleur n'en soit alterée, et qu'ainsi entr'eux les Domestiques se gâtent.

Mr. Mellet, Curé du lieu d'Aubaïs, disoit que les Domestiques d'un Grand Seigneur de quelque basse et obscure naissance qu'ils soient, de même que tous les Astres sont illustrés de l'approche du Soleil, ainsi celuy qui approche un Grand Seigneur en est illustré pour obscure qu'il soit.

Feu Mr. Preuvier, jadis Viguier en Chef du Tribunal de la justice d'Aubaïs, disoit [70v] que les Domestiques des Grands, sont ordinnairement durs et inflexibles. Ils mesurent leur pouvoir & leur fierté au degré de puissance et de faveur de leurs Maîtres.

Il n'y á souvent pas moins d'inconvénient à secoüer le joug qu'a le porter. Nous devrions vivre avec nos inferieurs comme nous voudrions que nos superieurs vêcussent avec nous. On n'est pas miserable pour être oblige d'obeïr, mais pour obéir malgré soi.

Dans la rigueur d'un hiver bien froid, Mr. Monier homme d'esprit, et d'une profonde erudition, disoit qu'avant le Deluge on n'êtoit pas exposé á l'importune variété des saisons.

Voir les autres parties du Manuscrit:
1: Prion et les sages d'Aubais raisonnent sur le "système du monde" (fols 1-9v)
2: Quelques dėfinitions ayant à faire au "système du monde" (fols 10-24v)
3: Sur les Comètes (fols 25-33)
4: Naissance et jeunesse de Pierre Prion (fols 33-38)
5: Prion entre au service du Marquis d'Aubais (fols 38-42)
6: Voyage en Roussillon, dans le Bordelais, et ensuite vers Paris (fols 42-47v)
7: Paris et le voyage de retour (fols 47v-51v)
8: Ses devoirs auprès du Marquis; le nouveau château (fols 51v-56)
 9: Voyage à Grenoble et à la Grande Chartreuse (fols56-65)
10: Activités domestiques et littéraires (fols 65v-70v)
11: Voyage en Provence avec le Marquis (fols 71v-74)
12: Voyage en Savoie par Lyon, et le retour (fols 74v-81v)

13: Les Protestants des Cévennes (fols 81v-83)
14: Un vie pleine de vicissitudes et d'angoisses (fols 83-84)
15: Voyage à Paris par la vallée du Rhône (fols 84-87v)
16: Paris, septembre 1738 (fols 87v-95)
17: Sur le monde et sur le mariage (fols 95-100)
18: Sa collection de livres, véritables et apocryphes (fols 103-107)
19: Le voyage de retour, par Lyon (fols 107V-109)
20: Sa vie à Aubais (fols 109-112)
21: Sur la médecine, les médecins et autres vicissitudes (fols 112-118)
22: Nobles, prélats et fêtes qu'il a vus, ainsi que le personnel au château d'Aubais (fols 118-123)
23: Quelques voyages agréables (fols 123-124v)
24: Les prophèts et les prophétesses des Cévennes (fols 120-128)
25: Quelques renseignements divers (fols 128-134v)
26: Des choses mémorables qu'il a vues ; des dates mémorables (fols 135-139v)
27: Encore des livres ... (fols 140-141)
28: Des faits curieux et des choses que Prion a vu (fols 141-146v)
29: D'autres choses curieuses vues par Prion ... (fols 147-155)
30: Sur Unigenitus (fols 155-156)
31: Encore quelques souvenirs de Paris (fols 156-157v)