The Ranums' Panat Times

 

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J.-L Rigal's summary of Pierre Prion's Manuscrit

A typescript of an article by J.-L. Rigal, published in Formen der Selbstdarstellung: Festgabe für Fritz Neubert (Berlin: Duncker & Humblot, 1956), pp. 403-410.

(Two requests to Duncker and Humblot, for permission to reproduce this article on our site went unanswered. We therefore assume that they do not object, and we thank them for their generosity.)


L'Autobiographie de Pierre Prion

Par une double chance ­ qui eût bien surpris le pessimiste désabusé qu'était l'auteur ­ nous sont parvenus les deux manuscrits des Mémoires de Pierre Prion, de Réquista, en Rouergue (aujourd'hui département de l'Aveyron), né en 1687 et mort à Aubais en Languedoc (canton de Sommières, département du Gard), en 1759.(1)

Ces Mémoires, commencés à Aubais, en 1744-45 et continués jusqu'en 1759, sont en deux parties: l'une de 1687 à 1744, l'autre de 1744 à 1759.

Le manuscrit de la deuxième partie, qualifiée de Chronologiette par l'auteur, se trouve encore à Aubais, propriété de la famille Sautel, ou de ses héritiers. Ce manuscrit autographe, mutilé à la fin et incomplet de quelques feuillets, relate surtout ce qui s'est passé, de 1744 à 1759, à Aubais ou dans la région. En ont tiré grand profit quelques auteurs signalés dans la Bibliographie, en particulier M. E.G. Léonard, dans son très intéressant ouvrage: Mon village sous Louis XIV....

La première partie nous fait suivre, d'année en année, l'enfance, la jeunesse, le rude apprentissage de la vie, les années voyageuses et laborieuses de Prion. C'est de cette première partie, encore inédite et à peu près inconnu jusqu'ici qu'il sera surtout, ou presque exclusivement question dans l'exposé qui suit; en rétablissant l'ordre chronologique, souvent bouleversé dans le manuscrit par reprises, retours en arrière, redites, au hasard des humeurs ou des souvenirs du moment(2) et en tenant compte de l'usage, de l'abus constant et déconcertant que fait l'auteur de la forme du futur « prophétique » dans sa rédaction.

Pierre Prion naquit au bourg de Réquista, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de l'Aveyron, le 11 Octobre 1687, «de grand matin, au crépuscule du jour» ... Cette naissance crépusculaire, à l'arrière-saison, d'après deux horoscopes, auxquels semble croire Prion, féru d'astronomie mal triée de l'astrologie, était un signe de la malchance qui fut son lot dans l'existence: «toujours misérable et rebuté ..., aymé de Dieu et jamays des grands de la terre ny des petits....»

Il était cependant d'honorable origine. Son grand père, Claude Prion et son père Etienne, étaient notaires de Réquista.(3)

A la date de sa naissance, on comptait, à Réquista, trois familles Prion: celles d'Etienne et de Pierre, tous deux notaires, et celle d'un troisième Prion, marchand. Celle du notaire Etienne, père de l'auteur, était connu sous le surnom de Prion de Gassion, des ancêtres de la famille ayant servi le roi sous messire Jean de Gassion, maréchal de France (1609-1647).

Etienne Prion, père de quatre garçons, dont Pierre était l'aîné, et d'une fille, avait, par testament, fait héritière, sa soeur Marguerite, épouse Garlenc. Cette tante décida de remettre tout l'héritage à Marguerite, la soeur des quatre garçons, à l'exclusion de ces derniers: «qui seront, dès aussitôt, chassés de la maison paternelle.»

Pierre, heureusement, avait suivit, sept ans, les petites écoles de Réquista. Il y avait appris «les quatre élémens», sous un maître, nommé Valette «très honnête, très éloquent», voilà pour l'éloge, que Prion prodigue un peu à tout le monde ­ mais très brutal, battant parfois les élèves jusqu'au sang.

A douze ans, commence, pour Prion, la carrière d'écrivain-copiste, d'abord en l'étude d'un M. de Roquecave, juge de Durenque, localité voisine, ensuite chez M. Sicard, juge de Réquista: «grand législateur et fameux jurisconsulte.»

Bientôt, à treize ou quatorze ans, commence la vie errante de cette sorte de Gil Blas Rouergat que fut Pierre Prion: à Toulouse d'abord, au service d'un avocat, dans l'enclos du Palais. A la vue des prisonniers, fers au pieds et menottes aux mains, le jeune Prion, en proie à la frayeur et au mal du pays, s'enfuit à Réquista. Là, armé de la houlette, muni d'un barral (tonnelet) et d'une panetière, il devient berger de 35 moutons ou brebis. Lors d'une éclipse de soleil, qui fait la nuit en plein jour, vers huit heures du matin, le troupeau, malgré les efforts du berger, s'enfuit vers l'étable. Sur le chemin, un grand loup, en fuite aussi, frôle le vêtement de Prion, s'arrête et se met à hurler de frayeur. Arrivé au bourg, Prion trouve, sur la place de l'église, les habitants rassemblés, fous de terreur, quelques-uns confessant leurs péchés à haute voix, croyant arrivé le jour du jugement dernier. Prion, déjà «le plus éclairé phénomacien de tout le peuple de cette petite villote», tente de rassurer tout ce monde.

Ce métier de pâtre ennuie Prion. On le retrouve, en 1708, à Coupiac, gros village au sud du Rouergue, au service du recteur, ou curé, de la paroisse. Prion vécut là le terrible hiver de 1709, suivi de la famine et d'épidémies qui décimèrent bêtes et gens. Pendant des semaines, le recteur tient sur le feu une grande marmite où cuit de la farine d'avoine, pour donner quelque aliment aux gens mourant de faim «attroupés par centaines devant sa porte». Prion aide à enterrer de nombreux morts trouvés sur les chemins, dans les champs, les bois, «leur bouche remplie d'herbes...».

Bientôt après, Prion est à St.-Céré, en Quercy (Dép. du Lot) au service d'un collecteur de grains, mais revient à Réquista, d'où l'ennui le chasse, pour des aventures lointaines, cette fois.

Il part pour Montpellier. Sur le chemin, vers Béziers, il est ramassé, dans une rafle, par un capitaine recruteur pour l'armée du roi, lié par une corde à un paysan montagnard et en route pour Toulon, quartier général du régiment. A Polissane, petite ville de Provence, Prion réussit à s'évader, reste caché un jour au haut du clocher, d'où, la nuit, il s'enfuit, au clair de lune, et parvient à Arles avec 24 sols en poche pour toute finance.

Il y entre au service du Marquis de Saint-Véran, qui le ramène en Rouergue, au château de Saint-Victor. Allant un jour à la petite ville voisine, Prion aperçoit au coin d'un bois deux «bourgeois» se battant en duel. L'un d'eux est tué. Le survivant, tenant Prion au bout de son pistolet, lui fait jurer de ne rien dire. Un autre jour, Prion va voir les caves de Roquefort, où s'affine le fameux fromage de ce nom.

Quittant le marquis, Prion reprend son voyage à Montpellier, si malencontreusement interrompu. Il se met au service de hauts magistrats: le président de Belleval, le président de Boucaud ... Des courses en ville luy ont permis de noter maint détail sur l'état de la ville au début du XVIIIe s. Il visite aussi la fameuse école de médecine; mais la vue des cadavres disséqués lui fait prendre en horreur cette ville «carnassière».

Enfin en Mai 1712, par protection du marquis de St.-Véran, Prion entre au service de Charles de Baschi, marquis d'Aubais, en qualité d'écrivain-copiste.

Au service de ce haut seigneur, dont il a la confiance, Prion devra souvent interrompre son travail de scribe; et d'abord, pour de nombreux et lointains voyages et missions: belle chance pour le chasseur de curiosités qu'est Prion.

Dès le mois d'Août 1712, il est envoyé dans un coin reculé de la Haute-Provence, à Thoars, y copier titres et documents de la branche aînée de la famille des Baschi.(4) Prion en rapporte d'abondantes observations sur la Provence, ses beaux fruits (poires, prunes ...), sur la ville de Manosque, détruite par un tremblement de terre (en 1711); sur les Provençaux: «sobres, quand ils vivent à leurs dépens», et qu'on dit: «inconstans et doubles, grands parleurs», et très difficiles à gouverner; avec notes sur la récente histoire de la Provence. De passage à Aix-en-Provence, Prion dit y avoir fait visite au roi de la basoche, personnage dont le diable ne voudrait pas, car «il mangeroit tout les diables»; visite à Avignon, à la Fontaine de Vaucluse et retour à Aubais.

Il y a surtout les trois voyages à Paris (1714, 1722, 1738).(5) Au premier, départ d'Aubais, à pied, bâton à la main, avec un compagnon. On passe par le Comtat (Avignon), Lyon, Roanne, on suit la Loire jusqu'à Briare, et, par Nemours, Fontainebleau, avec un groupe de compagnons plus ou moins nombreux ou pittoresques, selon les étapes, on arrive à Paris. De Paris, Prion pousse, cette fois, jusqu'à Versailles, y assiste à la messe, aperçoit le roi, princes et princesses. Après incidents, vol de ses hardes, etc., Prion rentre à Aubais et s'occupe aux Pièces Fugitives, ouvrage plusieurs fois mentionné dans les Mémoires.

Deuxième voyage à Paris, en 1722, mais avec un long et lointain détour vers Perpignan, en compagnie du marquis, pour fuir la peste apparue aux environs d'Aubais. Visite aux curiosités de Perpignan (école d'artillerie ...), à Elne (cathedrale...). Retour vers Castres en Albigeois, pour y copier de vieux manuscrits relatifs aux guerres civiles (Pièces Fugitives). Visite à Toulouse: ville pleine de «pédants, séjour des Muses, patrie du bel esprit»; où les couvents occupent la moitié de la ville; visite aux quarante châsses dorées de la basilique Saint-Sernin. Prion, qui «versifie» en toute occasion, présente pièce de vers et pièce de prose à l'Académie de Clémence Isaure (Jeux Floraux), sans succès. Il passe quelques jours en divers châteaux en Gascogne, s'embarque pour Bordeaux sur la Garonne; et par la Saintonge, le Poitou, Chatellerault, Amboise, Orléans, Etampes, cueillant partout détails sur l'histoire, les curiosités locales, il arrive, enfin, à Paris.

Cette fois il s'y livre à son étude favorite: l'astronomie. Il visite et décrit longuement l'Observatoire, étudie aussi les Parisiens et revient par Chateauroux, Limoges, Cahors, Montauban. Quelques temps après, excursions en Languedoc, jusqu'à Montpellier.

En 1730, Prion laisse son travail «plumitif» et par ordre du marquis devient «piqueur», ou chef de chantier, lors de la reconstruction de partie du château d'Aubais; il veille aux transports, conduit des tombereaux, préside aux olivades ...., tous travaux qui lui attirent l'hostilité des gens, jusqu'au retour du marquis revenu de Paris.

Ce travail à peine fini, en 1732, le marquis confie sa fille à Prion, qui doit la conduire, pour son éducation, à l'abbaye noble de Montfleury, non loin de Grenoble. L'année suivante, c'est la marquise que Prion a l'honneur d'accompagner au même couvent. Cette fois, la curiosité conduit Prion jusqu'à la Grande Chartreuse, dont il donne, lieux et personnes, un rapport détaillé, autant que règlements et hautes recommandations lui ont permis de voir et d'entendre.

Rentré à Aubais, il doit se plier à d'autres besognes. Il est pour quelques jours «chef», à la grande cuisine du château. Promu artiste en sauces, Prion se tire fort bien d'affaire, à l'entière satisfaction des hôtes distingués, survenus en l'absence du cuisinier ordinaire, et qu'il doit régaler....

A l'occasion d'un assassinat, c'est l'office de greffier de justice qu'il doit remplir, pour l'acte de «cruentation», où l'on fait passer le prévenu sur le cadavre de la victime; si le prévenu change de couleur, si le coeur lui palpite ..., il est réputé coupable. Bien entendu, la justice officielle ne tient nul compte de cette vieille coutume, elle acquitte l'accusé.

En 1737, les affaires obligent Prion à se rendre à Alais, capital des Cévennes, pays des Camisards, où le petit peuple a l'esprit républicain, prêt, en religion, à embrasser toutes les nouveautés; il donne de curieux détails sur leurs pratiques religieuses, et passe à Sauve, à Sommières, villes Parpaillotines ....

1738, dernier voyage à Paris, par le Pont-St.-Esprit, le Rhône, Vienne, Lyon (visite au collège des Jésuites), puis par Nevers, Moulins, Fontainebleau. Sur ce troisième séjour à Paris, Prion écrit de nombreuses pages (fol. 88-108). Il décrit les Tuileries, le Louvre, où il découvre une «Académie des Sciences», à laquelle il présente un écrit sur son caractère, ou portrait, un essai sur le thème: le monde est une Babylone. Il va jusqu'à Saint-Cyr.

Aventure: Prion a failli être marié, par la dame Quantin, son hôtesse, courtière en mariages, avec une certaine personne: «la mieux taillée de corps et d'esprit.» Mais avant d'aller devant notaire, Prion, bouleversé, honteux de sa faiblesse, évite le coup par bien des excuses. Il doit écouter une longue apologie des femmes fortes de l'éloquente et loquace dame Quantin; Piron y ajoute, en équilibre, un verbeux réquisitoire d'un notaire d'Aubais contre le mariage des femmes. Cela finit par un quatrain, où Prion déclare, au dernier vers:

«Du monde sensuel je méprise les loix.»

Cette fois au moment de quitter Paris, il établit une sorte de catalogue de «pièces de littérature manuscrite, de livres», catalogue imaginaire, où s'evertue sa fantaisie érudite et humoristique lâchée dans la bibliographie(6); liste bien curieuse à étudier et qui fait penser à cette autre liste fantaisiste de la librairie de Saint-Victor, au deuxième livre de Pantagruel, que peut-être Prion, le curieux, a eu occasion de rencontrer à la riche Bibliothèque du château.

A une date indéterminée, Prion a fait aussi une saison aux bains d'Aix en Savoie: description de Chambery. Passant par Lyon, Prion examine et décrit en détail le mécanisme de la merveilleuse horloge construite par Nicolas Lippius, de Bâle. Retour par le Rhône, sur un vieux bâteau fait en cabane. Prion, préférant «le plancher des vaches», débarque, passe à Viviers et rentre par Bourg-St.-Andéol, Uzès, le Pont-du-Gard ...

La vie de voyage prend fin, pour Prion, vers 1740; mais les habitudes du voyageur prennent une autre forme. «L'auteur, dit-il, est obligé de raconter tout ce qu'il a vu en ce monde.» Ses Mémoires se chargent de listes, de statistiques, sous le refrain: «J'ai vu, Prion a vu, Prion a vécu ...»(7)

A son métier de copiste il doit son ascension aux charges modestes de greffier à plusieurs titres et de petit officier de justice de la seigneurie d'Aubais, ayant mis le pied sur le plus bas échelon de la hiérarchie judiciaire, très fier de se rattacher ainsi, par de nombreux degrés à son prestigieux sommet: le Parlement de Toulouse. Il rêve même, dans la Chronologiette, à ses armoiries et blason, avec exergue rappelant sa misère: «l'incurable besoin d'argent.»

Peu importe que ses habitudes de barbouilleur de grimoires laissent des traces dans tout ce qu'il écrit, sa manière appliquée, contorsionnée et pataude, où flotte comme une odeur de greffe, sa langue ornée, ou chargée de mots patois, de néologismes pédantesques(8)

Mais le métier de copiste lui inspire de meilleures ambitions. L'âge venant et avec lui la crainte sourde de laisser après soi périr ce qu'on a vu, fait et souffert, et comme revanche à cette vie étroite, sujette et serve «amas de vicissitudes et d'angoisses», Prion éprouvant:

«Le désir insensé d'éterniser son nom»,

a voulu, lui-aussi, survivre, comme ces personnages dont il copiait les actes pour la lointaine postérité, et il a écrit ses Mémoires personnels et des Mémoires de son pays de Rouergue.(9) Ses études d'astronomie ou sciences voisines, ses projets, discussions, théories lui furent aussi d'autres moyens de s'évader de sa vie étroite et ingrate.

Sur lui-même, il a maintes fois écrit ce qui lui en semble, comment il se voit ou croit se voir: son portrait, son caractère, sa résignation à la vie qui lui fut dure, sa misère: «heureusement aujourd'hui aussi riche que le premier jour qu'il entra en cette servitude»; rien qui sente la revendication; son dévouement «loyal et admiratif» à son maître et seigneur; son profond respect pour les gens d'Eglise et la hiérarchie; sa religion.

«Il a plus de foi que de savoir.» Catholique zélé, d'orthodoxie chatouilleuse, il se montre vexé et inquiet d'être soupçonné de jansénisme par certain Jésuite, lors d'un voyage à Castres (1722). Il proteste: il ne s'est jamais «enfariné» de ces erreurs. Le formulaire antijanséniste (établie par l'archevêque de Marca et le P. Annat, 1655), Prion le signe, le fait tenir à son curé et le transcrit dans ses Mémoires (fol. 155), pour que nul n'en ignore.

Vivant à Aubais, ou aux environs, parmi les Protestants, Huguenots, Camisards, Prion parle librement, avec une nuance de dédain, de ces Parpaillotins et Parpaillotines; mais il s'intéresse beaucoup à leurs doctrines, à leurs faits et gestes. On trouve dans ses Mémoires le portrait de quelques ministres. Il a assisté, un peu en espion, à plusieurs assemblées «au désert». Au pays de Viviers, il a été témoin trés intéréssé des exhibitions spectaculaires des «prophètes et prophétesses» de la secte ...

Les dernières années, les années planes, Prion les vécut à Aubais toujours occupé, toujours curieux. Le misogyne s'y était marié (vers 1744?), mais il n'en touche que quelques mots fort discrets, au début de la Chronologiette ....

Il mourut à Aubais le 5 Septembre 1759, après avoir fait testament, avec legs à ses neveux de Rouergue, à l'église et aux pauvres d'Aubais et à quelques amis fidèles. Mais, comme dernière protestation contre sa destinée d'infortune et de déception, il se donne le plaisir un peu âpre, écrit M. Léonard(10) de léguer au marquis d'Aubais, prodigue en promesses, et qui lui devait de longue date, 600 livres de gages, ce qui suit: «Plus, lit-on dans le testament, je donne et lègue à M. le marquis d'Aubais la somme de 400 livres, a se retenir, après mon décès sur son dit billet ....»

Cette autobiographie, où l'auteur a patiemment entassé une énorme masse de faits et détails curieux et dont je n'ai pu donner qu'un fort incomplet et rapide aperçu, ne saurait se mieux terminer que par les deux quatrains, les meilleurs de ces essais «versificatoires» qui parsèment les Mémoires, où Prion tente de dire ce que fut sa «philosophie»: sagesse active et amère résignation:

Sage est celuy qui travaille sans cesse,
Lorsqu'il en a le pouvoir et le temps;
Il trouvera repos en ses vieux ans:
Le pain des vieux se doit moudre en jeunesse.

Quand la Parque fila ma vie,
Mouilla sa trame dans du fiel;
Depuis,de mille maux suivie,
Et fit Prion misérable et vieil.

J.­L. Rigal                                

Footnotes

1. [This long bibliographic note will be reproduced at the end of the transcription.]

2. Date de la naissance de Prion, au fol. 114; détails sur son baptême et sa famille, aux dernières pages (fol. 155, 157).

3. Registres des notaires Prion, de Réquista, aux Archives départementales de l'Aveyron, série: 3 E, Nos. 3744-3766; 12356-12367 (1576-1714).

4. Sur la famille de Baschi, v. à la Bibliographie: Soubeyran de Pierres et E.G. Léonard, Mon Village....

5. Fol. 37, 44, 118, 154 etc. Prion n'a cure de l'ordre chronologique.

6. Autre liste du même genre: «Livres nouvellement imprimés à Sommières», au fol. 110,et suiv.

7. Années, saisons, lunes équinoxes, carnavals ... qu'il a vécus; rivières qu'il a vues et passées; villes et provinces qu'il a visitées; rois et reines qu'il a vu vivre en France; il a vu, en 32 ans, entrer et sortir 22 copistes à Aubais; en 1718 il a vu la nouvelle mode des jupes. Cela tourne parfois à la fantaisie. Prion a vu 2000 ecclesiastiques portant perruque; il a vu, en France, 50 héros, 200 femmes fortes, 130 vestales; hommes de mérite: 6000....

8. Abbats et abbadesses, amourachemens, charivarisseurs, chauvessie (calvitie), Judith décapitaresse et vainqueuse d'Holpherne, montagnes escalabrées (comme en Calabre), paysannes clinquantes, fille homanisce, herege (hérétique), inabécédaire (illéttré), somnica (aussitôt...), mémoires vauriennes, etc., etc.

9. Au fol. 109-110. V. Sources et Bibiliographie.

10. Mon village sous Louis XV..., p. 287-88.

Sources et Bibiliographie: (original note 1)

I. Mémoires:

Première partie (1687-1744). Manuscrit autographe, in-4o, rel. de 157 fol.; au dos: Manuscrit d'Aubais; divisé en cahiers, marqués, à partir du second, par lettres: A à K.­ Rodez, Archives de la Société des Lettres ... de L'Aveyron, Ms. No. 26. Le Ms. a été offert à La Société, en 1866, par Ch. Bourguet, V. Procès-verbaux, t. III, p. 14, avec la mention: «Mémoires de Jean (?) Prion, de Réquista, écrivain copiste à la Bibliothèque d'Aubais.»

Deuxième partie, dite «Chronologiette,» (1744-1759). Manuscrit autog., in-4o de 270 p., auquel manquent quelques feuillets et la fin. Le manuscrit appartient à la famille Sautel, d'Aubais.

Citations et références d'apres une copie communiquée par M. E. Léonard.

Sur cette deuxième partie, encore inédite, mais souvent utilisée, voir:

Thomas (Louis), Les Mémoires de Prion d'Aubais, notice et extr., dans Revue du Midi, 908, p. 491-516.

Léonard (E.G.) La Bibliothèque d'Aubais (Bibl. de l'Ecole des Chartes, 1922, p. 470-473).

­­­ Vie des Protestants au XVIIIe s. dans le marquisat d'Aubais (Bullet. de la Soc. d'Hist. du Protestantisme Fr., 1922, p. 207).

­­­ Mon village sous Louis XV...., avec préface de René Grousset. Paris, 1941, 8o. VII-351p.

Pierres (Soubeyran de). Charles de Baschi, marquis d'Aubais... Montpellier, 1937. 8o.. P. 214-233: La Chronologiette de Prion d'Aubais.

Un projet d'édition de cette deuxième partie des Mémoires de Prion par MM. Th. Sautel d'Aubais et le Dr. Clément, professeur à Lyon, n'a pas eu de suite (Cf. E.G. Léonard. Mon village..., p. 12).

II. Autres oeuvres de P. Prion:

1. Mémoires sur le Rouergue. Ms. in-4o, de 566 p.. divisées en cahiers, marqués de lettres: B à Z (le premier cahier manque); aux pages 566-597, quatre tables, dont la 3e correspond à la pagination du manuscrit; les tables: 1, 2, 3 étaient celles de trois autres manuscrits (disparus?).

Ce ms., provenant de la succession du baron de Gaujal, a été offert à la Soc. des Lettres ... de l'Aveyron par M. Léonard André-Bonnet, archiviste du château de Cagnes (Alpes-Maritimes). Cf. Proc. Verb. de la Soc. des Lettres, 25 Mai 1944, et 24 Octobre 1954. Ce manuscrit, et sans doute les trois autres, étaient tirés d'oeuvres imprimées sur le Rouergue.

2. Travaux de Copiste:

Prion a collaboré: aux Pièces Fugitives..., éditées en 1769, par le marquis d'Aubais et Ménard, 3 vol. in-4o; à un grand recueil sur l'Histoire du Languedoc, par M. de Baville et autres auteurs, en 1 vol. (Mémoires, 1ère partie, fol. 110); et à quelques mss. d'Aubais de la Biblioth. de Nîmes (Cf. Catal. des Mss. des Biblioth., t. VII, Nimes, p. 188, 230 ...)


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