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The Fronde Newsletters for 1651:
October 1651
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De Paris le 6 octobre 1651
Le 29 du passé le sieur de Gaucourt, qui
demeure icy pour les affaires de M. le Prince, rendit à M. le duc d'Orleans une
lettre de M. le prince de Conty, par laquelle il mandoit à S.A.R. qu'il avoit
esté extremement surpris d'apprendre la nomination de M. le Coadjuteur au
cardinalat, qu'il n'eut pas creu qu'il eut esté si osé que d'y pretendre à son
prejudice, et qu'il devoit plus de respect à sa naissance, adjoustant qu'il
esperoit que S.A.R. prendroit ses interestz pour luy faire faire raison dans un
affaire qui luy est si prejuditiable; et qu'il avoit envoyé expres à Rome pour
empescher cette promotion. M. le Coadjuteur ayant sceu que M. le duc d'Orleans
avoit receu cette lettre, en donna advis aussytost à la Cour; et sur cela le Roy
escrivit de Fontainebleau à S.A.R., le priant de ne point escrire à Rome en
faveur du M. le prince de Conty, disant que ce seroit de dangereuse consequence
pendant qu'il a les armes à la main; et qu'il s'asseure qu'il ne luy donnera
aucune faveur en cette occasion, puisque c'est à la priere de S.A.R. que Sa M. a
escrit à Rome pour elever M. le Coadjuteur à la dignitté de cardinal.
Le mesme jour le gentilhomme que M. le duc
d'Orleans avoit envoyé à M. le Prince arriva icy avec une lettre dans laquelle
celuy cy mesloit la raillierie avec le serieux. Il mandoit que s'il s'agissoit
de l'interest de S.A.R. en particulier, il se rendroit non seulement à Richelieu
mais en tout autre lieu qu'elle luy ordonneroit; mais qu'il sçavoit bien qu'il
n'y avoit aucun bon desseing pour l'accommodement, ny mesmes seurté pour elle ny
pour luy, et que ce n'estoit que pour gaigner temps qu'on luy faisoit ses [ces]
propositions; qu'il falloit veoir venir auparavant ces braves qu'on avoit choisy
pour luy opposer, et qu'il les attendoit et prioit cepandant S.A.R. de se
souvenir de la chanson qui dit:
Le prince gros et court
Si cognu dans l'histoire,
Ce grand comte d'Harcourt
Tout couronné de gloire
A secouru Casal, pris de force Turin
Et maintenant il est record de Mazarin
Ensuitte il prioit S.A.R. d'empescher qu'on ne
maltraittat quelq'ungs de ses officiers et soldatz qu'on avoit pris sur la
frontiere lors qu'ilz avoint voulu l'aller trouver, adjoustant que si on les
malmenoit, cela l'obligeroit d'en faire autant à ceux qu'il prendroit. Ce
gentilhomme raporte que le Parlement de Bourdeaux ayant d'abord suivy le
mouvement de M. le Prince, avoit donné deux arrestz fort notables: le premier
portant union du Parlement avec M. le Prince pour armer par mer et par terre
contre le cardinal Mazarin et ses adherentz, et le second ordonne que les
deniers du roy qui seroint dans les receptes seroint apportées dans celle de
Bourdeaux pour estre employés à lever des trouppes; et que pour cest effect on
avoit deputté 4 conseillers, qui estoint partis de Bourdeaux avec 4 gentilhommes
de M. le Prince, pour s'aller saisir de l'argent que ce [se] trouveroit ches les
recepveurs; que les levées y estoint desja commencées; que M. le Prince avoit
ordonné que chasque compagnie tant de cavalerie que infanterie ne seroit que de
35 hommes; qu'il esperoit d'avoir dix mille hommes dans 15 jours; qu'il faisoit
armer quelques vaisseaux marchandz qui estoint dans la Garonne; qu'aussytost que
son armée seroit en estat de marcher, il devoit la mener en Xaintonge, Poictou,
et Lymosin, /488v/
et s'advancer en Berry; ce qui a esté tout confiermé par les lettres du 29, qui
adjousent qu'il estoit party de Bourdeaux le 26 pour aller s'emparer du poste de
Libourne, comme il fit, et y estoit encor le 29, le faisant fortiffier. Les MM.
de la Force l'y devoint aller visitter, et l'on croit qu'ilz se sont mis dans
son party, aussy bien que le comte d'Augnon, qui n'a pas voulu s'en retirer pour
l'offre qu'on luy a fait de la part de la Court de le faire mareschal de France,
parce qu'il avoit desja traitté avec M. le Prince; en sorte que celuy cy luy
vend le duché de Fronsac pour 800 mille livres et s'oblige de ne faire point de
paix jusques à ce que ce comte aura esté receu duc et pair. Le duc de Richelieu,
qui a moyenné et fait signer ce traitté, a à mesme temps renoncé en sa faveur à
touttes les pretentions qu'il pouvoit avoir sur ce duché à cause de la
substitution que le Cardinal luy avoit faitte par son testament, confierme aussy
que ce comte s'est obligé de fournir 4 mille hommes soudoyés à M. le Prince, et
que pour cest effect il prent les deniers du roy et vend le scel à vil pris. Il
oblige mesmes touttes les villes du pays d'Aunix de se declarer du party de M.
le Prince. Mme la Princesse et le petit duc d'Angueen sont à Bourdeaux.
La Cour estant arrivé à Fontainebleau, l'on
envoya un valet de pied à Bourges pour porter au maire et eschevins une lettre
du Roy qui leur commandoit de faire assembler le Corps de Ville pour les
advertir que Sa M. y alloit, et qu'ilz se disposassent à le recevoir et en
chasser tous les partisans des princes. Le valet de pied y estant arrivé, feut
au logis du maire, lequel estant alors ches M. le prince de Conty, on le feut
avertir que ce valet de pied avoit une lettre à luy rendre; ce que M. le Prince
ayant sceu, fit venir ce valet de pied et luy demanda cette lettre, laquelle il
luy refusa, disant qu'il avoit ordre de ne la donner qu'au maire; auquel l'ayant
rendu, ce prince la luy prit d'entre les mains et la mit dans sa poche, et
aussytost fit sortir de la ville ce valet de pied par la mesme porte qu'il
estoit entré, et le fit conduire à dix lieues de là. Ainsy la lettre du Roy ne
peut produire aucung effect. Neamoings on eut advis de la Cour que Sa M. ne
laisseroit pas d'estre receu dans la ville, et que les bourgeois, qui n'osoit
pas se declarer encor à cause des forces que les princes y avoint, tesmoignoint
neamoings de vouloir obeir aux volontés de Sa M., et estoint disposés à luy
porter les clefs de la ville aussytost qu'il en aprocheroit. M. le prince de
Conty y a pris les deniers du roy dans les receptes, fait imprimer un ordre pour
s'y faire apporter les tailles, dont il remet les pieces et donne quittance du
tout en payant les deux autres partz, ayant vendu tout le sel qui s'y est trouvé
à raison de seize livres le minot, dont il a fait 28 mille livres. On dit qu'il
a encor fait vendre les meubles de l'archevesque de Bourges, qui est icy.
Despuis, il [est] venu nouvelle que le Prince y a fait mettre en prison deux
eschevins qui avoint esté faire une assemblée secrette des principaux bourgeois
pour desliberer sur le subject de l'envoy du valet de pied et resoudre de
recevoir Sa M.; et que pour y tenir les habitans en bride, ilz avoint fait
entrer dans la ville 5 à 6 cens chevaux et 700 fantassins, tous vieux soldatz,
et avoit resolu d'y attendre un siege.
On confierme l'embrasement de la ville
d'Issodun, où il y a eu 700 maisons bruslées. Cette ville là a mandé à la Cour
qu'elle seroit tousjours preste à recevoir Leurs M. aussytost
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qu'elles en aprocheroint, mais qu'elle n'osoit pas se declarer encor hautement à
cause que les troupes de M. le Prince luy tenoint le pied sur la gorge.
Le duc de Bouillon et le mareschal de Turenne,
voyant que la Reyne ne leur avoit rien dit en partant d'icy, n'ont point suivy
la Cour; et l'on creut, la semaine passée, qu'ilz prenoint le party de MM. les
princes, parce qu'ilz s'absenterent de Paris tous deux à mesmes temps, le
premier estant allé à 14 lieues d'icy voir sa fille qui est religieuse, et
l'autre estant allé à Boulaye en Normandie voir sa femme; mais ilz sont revenus
à Paris et n'ont point encor pris de party. On croit neamoings qu'ilz prendroint
celuy dans lequel ilz trouveroint leurs interestz.
Le marquis de Roquelaure ayant remarqué
quelques froideurs que le Roy et la Reyne luy avoint tesmoigné, à cause que
despuis longtemps il penchoit dans le party de M. le duc d'Orleans et de M. le
Prince et ne pouvoit souffrir qu'on parlat en faveur du cardinal Mazarin, et
croyant estre suspect à la Reyne, prit congé de Leurs M. le 29 du passé pour se
retirer de son propre movement, disant qu'il estoit obligé pour le bien de ses
affaires, et pria Leurs M. de luy permettre se defaire de sa charge de grand
maistre de la garderobe du roy; à quoy la Reyne ayant respondu qu'on ne luy
refuseroit pas cela pourveu qu'il produisit une personne agreable, il la supplia
de le vouloir choisir elle mesmes.
Le 30 le Conseil resolut à Fontainebleau que la
Cour partiroit le 2 du courant pour le voyage de Berry, et que le Premier
President et le marquis de la Vieuville demeureroint icy pour tenir le Conseil,
où ilz seroint assistés par le mareschal de l'Hospital comme gouverneur de
Paris, et par M. du Plessis Guenegaud; et que ces deux derniers viendroint
rendre conte à M. le duc d'Orleans de ce qu'on y avoit resolu, et prendroint ses
ordres icy pour le gouvernement. Apres l'avoir prié de la part du Roy de vouloir
prendre soing des affaires de deça, l'on resolut aussy d'envoyer à S.A.R. une
commission pour disposer des affaires des frontieres de Flandres, Picardie, et
Champagne et y donner les ordres qu'il jugeroit à propos en qualité de
lieutenant general de l'Estat, et de luy offrir de rechef cette charge pour six
ans. En suitte de cette resolution, la Cour partit de Fontainebleu le 2 et feut
coucher à Montargis, et le lendemain à Gien.
Le mareschal d'Estrés ne suivit pas la Cour,
disant qu'il estoit malade, et se revient le mesme jour; mais on dit que sa
maladie ne feut q'ung pretexte et qu'il est mescontent de ce que la Reyne, qui
luy avoit fait esperer le commandement de l'armée en Bourgogne, a mandé le
prince Thomas pour le faire generalissime de cette armée là; à quoy l'on
adjouste mesmes que cela s'est fait par le conseil du cardinal Mazarin. Ce
prince arriva icy le premier du courant, incognito, et s'en est
retourné à la Cour.
Les officiers du Parlement et de la ville de
Dijon ayant receu lettres de cachet par laquelle le Roy leur commanda d'investir
le chasteau, la communiquerent au sieur Arnaut, qui en est gouverneur pour M. le
Prince. Il leur respondit fort civilement qu'à present on n'avoit pas beaucoup
d'esgard aux lettres de cachet et qu'ilz devoint attendre d'Espernon (qui
n'estoit pas encor arrivé à cause qu'en partant d'icy il est allé droit à Loches);
que M. le duc d'Orleans travaillioit à accommoder l'affaire de M. le Prince,
auquel il ne croyoit pas qu'ilz vouleussent faire ce desplaisir, mais qu'il
attendoit l'issue /489v/
de cest accommodement; que pour luy, il ne commenceroit jamais attaquer la ville,
mais que si on l'attaquoit, il seroit obligé de se deffendre; cepandant il fit
entrer un ingenieur dans le chasteau avec quantité de bombes et feux d'artifice,
ce qui estonna fort la ville. La garnison de Bellegarde a desarmé les habitans.
Le president de Bellievre feut mandé à
Fontainebleau, deux jours avant que la Cour en partit, pour quelques affaires
particulieres qu'on n'a peu sçavoir, ce qui a fait juger à quelq'ungs que
c'estoit pour prendre advis de luy sur ce qu'on doit resoudre touchant
l'Angleterre et si, apres les derniers avantages que Cromvel a emporté, on
devoit recognoistre cette nouvelle republique; mais il ne paroit pas encor qu'on
aye prit aucune resolution là dessus. D'autres croyent, avec plus de fondement,
que ce president y feut mandé pour remettre sur le tapis la proposition qui feut
faitte nagueres de luy donner la charge de premier president, à condition de
bailler la sienne de president au mortier à M. Le Tellier, au moyen de quoy on
feroit M. de Champlastreux secretaire d'Estat, à laquelle M. Le Tellier n'a pas
esté restabli.
Le Parlement de Rennes ayant donné l'arrest que
vous aves sceu sur le different des ducs de la Tremouille et de Rohan pour la
presidence aux Estatz de Bretagne, le mareschal de la Mesleraye, qui estoit à
Rennes et qui a tousjours fort porté les interestz du premier, voulant marier
son filz avec Mlle de la Tremouille, envoya aussytost à Nantes 500 gentilzhommes
qu'il avoit à sa suitte, et le duc de Rohan y envoya 300 qu'il avoit, à cause
que c'estoit le lieu où les Estatz estoint convoqués au 25 du passé, auquel
celuy cy alloit presider; mais les Estatz ne s'ouvrirent que le 27, auquel jour
M. de la Mesleraye mit ses gardes aux portes de la salle de l'assemblée, pour
empescher le duc de Rohan d'aller prendre sa place; et y ayant fait entrer M. de
Vendosme, qui est à Nantes, luy donna la place de president. Il n'y si [s'y]
passa que les contestations sur ce different; et les amis de M. de Rohan ayant
ensuitte fait assembler en particulier le clergé et le Tiers Estat, il feut
resolu qu'il n'entreroit point à l'assemblée et ne travailleroit point tant que
les portes seroint gardées et que le tumulte continueroit. Dans cette
contestation on trouva un milieu pour accommoder l'affaire, qui feut de proposer
à M. de Rohan de presider seulement le premier jour de l'assemblée, et ensuitte
se retirer, mais il ne voulut accepter cette proposition; et M. de la Mesleraye,
pour estre maistre de ces affaires, posta cent mousquetaires du chasteau de
Nantes dans la grande place, et à mesme temps avertit les bourgeois de la ville
de se tenir prestz pour prendre les armes au premier mandement; en suitte de
quoy il envoya advertir le duc de Rohan qu'il ne faisoit pas bon pour luy dans
la ville, et que s'il n'en sortoit dans une heure, il n luy respondoit pas de
l'evenement. Sur cela, on fit un second effort pour trouver moyen
d'accommodement, mais l'on n'en trouva point d'autres que celuy d'ung escrit que
M. de la Mesleraye donna à ce duc, par lequel on declare qu'il a esté obligé,
pour le bien du service du Roy,
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de faire sortir de Nantes M. de Rohan, et luy promet de ne point continuer la
tenue des Estatz jusques à nouvel ordre du Roy. Ce duc ayant esté obligé de se
contenter de cest escrit, sortit de Nantes et s'en retourna à Rennes pour
demander l'execution de son arrest au Parlement, auquel quantité de depputtés du
clergé et du Tiers Estat ont envoyé une requeste en leur nom, pour le supplier à
remedier à ce desordre; sur quoy le Parlement, s'y estant assemblé, depputta 2
conseillers et l'Advocat General d'aller à Nantes faire executter l'arrest donné
en faveur de M. de Rohan. Cepandant, celuy cy, aussytost apres avoir receu
l'escrit du mareschal de la Mesleraye, despescha un courrier en Cour, et ce
mareschal un autre.
L'on se prepare fort en Provence pour la
guerre, et le party de M. le Prince s'y fortiffie de jour à autre. Le president
de Ganivet estant party d'icy la semaine passée, alla à Bourges pour y traitter
avec M. le prince de Conty. Le duc d'Angoulesme est à Paris et a congedié ses
gardes et une partie de son train.
Le mesme jour, 2, le Premier President revient
de Fontainebleau, M. de Chasteauneuf ayant suivy la Cour avec M. de Brienne. Il
apporta une declaration du Roy contre M. le Prince, pour la faire veriffier au
Parlement; mais elle n'y a pas esté presentée parce qu'il n'avoit aucune
disposition à la veriffier, et que cela eut aygry d'avantage les affaires et
produit des dangereuses consequences.
Le 3 M. du Plessis Guenegaud et M. le mareschal
de l'Hospital, apres avoir rendu conte à S.A.R. de ce qui s'estoit passé à
Fontainebleau, ilz la prierent de la part du Roy de vouloir prendre soing des
affaires de deça, conformement à ce qui en a esté dit cy dessus; mais elle ne
veut point accepter la charge de lieutenant general des Estatz que les affaires
ne soint accommodées, et qu'on ne luy aye fait auparavant raison sur le dernier
changement fait dans le Conseil.
Le duc d'Amville ayant esté icy envoyé par la
Reyne le premier du courant, pour prier S.A.R. de s'entremettre pour accommoder
l'affaire de M. le Prince, elle fit response qu'elle y feroit tres volontiers
tous ses effortz, mais qu'il falloit que la Reyne y contribuat en se relachant
de ses interestz. Le duc d'Amville ayant rapporté cette response à la Cour, le
Roy envoya icy le sieur de Sainctot avec une lettre à S.A.R., par laquelle il
luy mandoit qu'il auroit tousjours tres agreable tout ce qu'elle menageroit pour
ramener M. le Prince dans son devoir, et le prioit d'y continuer ses soings.
Le 4 le Parlement estant assemblé, S.A.R. y fit
le recit de cette lettre, et on y leut aussy une autre que le Roy escrivoit à la
Compagnie, portant qu'elle avoit apris avec desplaisir l'abscence de M. le
Prince, lequelz faisant soublever les peuples en Berry et Guyenne, obligeoit Sa
M. d'aller faire un voyage de peu de jours en Berry, pendant lesquelz elle
recommendoit au Parlement de tenir icy les peuples dans leur devoir; apres quoy
la Compagnie ayant parlé de disliberer, S.A.R. dit qu'elle attendoit un courrier
de M. le Prince, qui
/490v/ avoit promis de le luy envoyer 3
jours apres le despart de Roussy, son gentilhomme, et qu'elle estoit d'advis de
remettre la desliberation à sabmedy, qui est demain, dans lequel temps ce
courrier seroit arrivé et l'on sçauroit mieux les intentions de M. le Prince.
Son advis feut suivy, et l'on se leva là dessus, sans qu'il ce [se] parlat de la
declaration.
Le courrier que S.A.R. attendoit est arrivé ce
matin, qui luy a apporté nouvelles que M. le Prince se disposoit fort à la
guerre, qu'il avoit desja 4 mille hommes de pied et 1500 chevaux levés: sçavoir,
1800 tant cavalerie qu'infanterie par le viconte d'Arpajou, 1500 par le duc de
la Rochefoucaut, 1000 par le comte de Matha, et le reste par des gentilzhommes
particuliers; et que MM. de la Force s'estant tous mis de son party, avoint
receu 50 mille escus pour la levée aussy, et que le comte d'Augnon travaillioit
fort à la levée de 4 mille hommes qu'il luy avoit promis, et estoit arrivé le
premier du courant à Bourdeaux; et que M. le Prince y estoit retourné apres
avoir donné ses ordres à Libourne.
Le mareschal d'Aumont n'ayant peu secourir
Bergues, les ennemis la prirent à composition le 28 du passé. Le renfort jetté
dans Mardich ostera l'envie aux Espagnolz de l'assieger, auquel cas les
vaisseaux qui sont devant Duncherque ne pourront plus durer longtemps. Cette
ville là est hors de danger du siege, par le moyen de la grosse garnison; mais
le pis est que, pour la faire subsister, il faudra envoyer de l'argent d'icy
parce que touttes ses contributions sont touttes rompues. Ce mareschal est
retourné de deça et est maintenant campé au vieux Hedin [Hesdin]. Les ennemis
ayant assemblé touttes leurs forces et tiré leurs garnisons des places, ont
grossy leur armée jusques à 20 mille hommes par la jonction de l'Archiduch, qui
menace d'assieger Arras, quoy que la saison soit fort avancée pour une telle
entreprise. Les drilles de nostre armée se desbandent fort, et s'en vont à grand
nombre à Mourron.
La Cour partit hier de Gien pour poursuivre son
chemin, et doit coucher ce soir à Aubigny.
/492/
De Paris le 13 octobre 1651
Vous aves sceu que le marquis de St Megrin a
traitté avec le mareschal de Schomberg de la charge de cappitaine lieutenant des
chevaux legers du roy, dont il luy donne 450 mille livres. Son traitté est si
bien agrée de Leurs M. qu'elles le font payer de la somme de 200 mille livres
qui luy sont deubtz du service qu'il a rendus en Catalougne, pour luy ayder à
payer cette charge; et pour le reste, il vend la sienne de cappitaine des
gendarmes de la Reyne, laquelle outre cela luy a procuré un mariage tres
avantageux avec Mlle de Savigny, qui est riche de 200 mille escus, laquelle
somme les parenz ne veulent point deslivrer si ce marquis ne leur en donne les
seurtés necessaires pour la restitution, en cas qu'elle vient à mourir sans
enfans, à quoy il trouve beaucoup de difficulté, et cela retarde l'affaire.
Le 7 du courant le Parlement estant assemblé,
S.A.R. dit q'ung courrier luy avoit apporté une lettre de M. le Prince, par
laquelle il tesmoigne estre disposé à s'accommoder si on luy faisoit des
propositions raisonnables et s'il y trouvoit ses seurtés, et qu'il s'aboucheroit
avec M. le duc d'Orleans s'il avoit un plain pouvoir de traitter. Ensuitte l'on
commencea d'opiner, et l'on ouvrit 2 advis: le premier, de M. Chevalier, qui dit
que le Roy seroit supplié d'envoyer un plain pouvoir à S.A.R. pour aller
traitter avec M. le Prince; le 2, de M. Sevin, que S.A.R. seroit suppliée
d'envoyer un expres au Prince pour le prier de s'explicquer de ses intentions et
de faire ses demandes. L'on contesta fort sur ses [ces] 2 advis. Le Premier
President, et les autres qui appuyoint fortement celuy de M. Sevin,
representerent qu'il n'estoit pas juste que le Roy fit le premier pas, et que
cela choquoit son authorité; à quoy S.A.R. respondit que cela estoit tousjours
arrivé de mesmes dans les guerres civiles; que la Reyne sa mere avoit esté veoir
feu M. le Prince; que le Roy son pere en avoit usé de mesmes dans touttes les
divisions; qu'enfin, il sçavoit bien que M. le Prince n'entendroit jamais à
aucune proposition jusques à ce qu'il auroit receu le plain pouvoir du Roy de
traitter avec luy. Nonobstant cela, le Premier President fortiffia si bien son
party que les oppinions estant resumées, celle de M. Sevin passa de 6 voix; ce
qui obligea S.A.R. de dire à ces messieurs qu'il n'escriroit point à M. le
Prince, parce qu'il sçavoit bien que ce seroit inutille, qu'ilz faisoint beau
veoir qu'ilz vouloint plustost une guerre civile q'ung accommodement, et que la
partie estoit faitte pour gaigner temps par ce moyen. Elle sortit là dessus,
fort mal satisfaitte du proceddé de ces messieurs.
Le jour precedent MM. les Gens du roy ayant
presenté requeste à la Chambre des vacations, et demandant qu'il feut informé
contre tous ceux qui font des levées sans commission du Roy, scellées du grand
sceau, et faire deffenses à touttes personnes de lever aucung denier du roy sans
ordre expres de Sa M., le president de Maisons, qui presidoit en cette chambre,
renvoya l'affaire à l'assemblée du lendemain, laquelle donna arrest tout
conforme à cette requeste.
Trois conseillers de la Grande Chambre
moururent la semaine passée: sçavoir, MM. Crespin, Coquelay, and Le Prestre, qui
suivoint tous 3 d'ordinaires les sentimentz de M. le Premier President.
Le 8, au matin, M. le duc d'Orleans s'en alla à
Limours, où il a demeuré jusques à aujourd'huy.
Le mesme jour un courrier extraordinaire arriva
icy, venant de Marseille, et apporta nouvelle q'ung estrange accident arrivé à
la personne de M. de Valbelle, qui a tousjours esté opposé au duc d'Angoulesme,
particulierement dans ces derniers troubles de la province, au commencement
desquelz celuy cy fit brusler une maison du conseiller Valbelle, son frere.
L'autheur de /492v/
cest accident est un partisan de ce duc nommé Perrit, lequel pour se defaire de
M. de Valbelle avoit invanté un moyen fort ingenieux. Il composa à cette fin un
feu d'artifice dans une cassette dont la clef y mettoit le feu en l'ouvrant; et
ayant fait embaler cette cassette, l'envoya à La Ciottat [Ciotat], à un
cappitaine d'ung vaisseau, qu'il fit prier de la faire porter à Marseille à M.
de Valbelle, disant que c'estoit un present qu'on luy envoyoit d'Italie. Ce
cappitaine ayant faict tenir cette cassette à M. de Valbelle, celuy cy la fit
mettre sur un balcon qui regarde la basse court de son logis, et l'ayant voulu
ouvrir avec la clef, le feu y prit aussytost et luy brusla les bras, les cheveux,
et le visage à luy et à 3 ou 4 qui estoint presentz; mais il n'y en a eu aucung
qui feut blessé mortellement, parce que l'effort du feu jetta d'abord en bas la
cassette dans la cour, où l'on trouva qu'elle estoit plaine de canons de
pistollet crevés qui avoint esté remplis de petitz carreaux d'acier et de balles
et quantité de poudres par dessus. Aussytost toutte la ville ce [se] mit en
armes, et le peuple feut sur le point d'aller massacrer tous ceux qu'on sçavoit
estre du party du duc d'Angoulesme; mais apres que la rumeur feut un peu moderée,
il se contenta de les faire tous sortir de la ville, pour n'y rentrer point du
tout jusques à ce qu'il y aye un nouveau gouverneur. Le lendemain le peuple fit
pendre un fantosme representant le duc d'Angoulesme, et despuis on n'y [on y] a
fait garde nuict et jour. On asseure que la Reyne continue à demander à ce duc
sa demission du gouvernement de Prouvence, pour le donner à M. de Mercoeur; mais
il ne s'en veut pas defaire si on ne luy en donne un autre à la place.
Le comte d'Harcourt est encor icy avec quantité
de commissions pour faire des levées, mais il n'y a point d'argent pour cela. On
luy a donné le gouvernement de Philisbourg, dont le Roy en donne 40000 escus à
M. de la Claverie.
Le cardinal Mazarin a demandé une commission du
Roy addressante au Parlement de Metz pour recevoir sa justiffication. Il y avoit
fait brigue pour cela, mais le Conseil a jugé à propos de temporiser là dessus.
On croit neamoings qu'il y va, estant party de Cologne despuis quelques jours,
et qu'apres s'estre justiffié, il ira a Brissac, où Mme de Guebriant a disposé
Charlevoix à le recevoir.
La Cour estant arrivé à Gien le 3 avec les
regimentz de cavalerie d'Harcourt et de la Mesleraye, qui estoint venus de
Bourgogne commandés par M. de Bougy, mareschal de camp, outre 12 compagnies des
gardes et autres gens de guerre qui suivent ordinairement la Cour, y demeura
jusques au 5 en attendant des nouvelles de la division qui estoit parmy les
habitans, ausquelz le Roy avoit envoyé promettre qu'il feroit demoilir la grosse
tour de leur ville; et ayant sceu que le party de Sa M. y estoit le plus fort,
et que M. le prince de Conty n'avoit rien peu gaigner sur des esprits des
principaux, elle partit de Gien pour poursuivre son voyage, et arriva le 26 à
Aubigny, où les depputés de Bourges vinrent trouver le Roy le soir du mesme
jour, pour l'asseurer de la fidellitté des bourgeois, qui estoint prestz à le
recevoir dans leur ville, et pour le supplier de vouloir faire razer la grosse
tour, disant que c'estoit le seul moyen qui avoit donné du credit à M. le Prince
dans cette ville là. Ilz rapporterent que la ville ayant sceu l'approche de Sa
M., fit une assemblée dans laquelle elle resolut de declarer au prince de Conty
/493/
qu'elle ne pouvoit pas refuser les portes au Roy. Cette declaration luy ayant
esté faitte par le maire, qui en est lieutenant general, ce prince luy dit que
ce discours estoit bien contraire à la parolle donnée à M. le Prince par MM. de
la Ville, de demeurer dans les interestz et de ne rien faire que par ses ordres;
à quoy le maire luy ayant reparty qu'on ne luy avoit jamais promis d'estre
contre le Roy, mais seulement d'estre pour le Roy et M. le Prince, il le fit
mettre en prison à la tour. Aussytost le filz du maire fit si bien sa brigue
dans la ville qu'il rendit le party du Roy le plus fort. Ce prince y ayant fait
entrer des trouppes, mena autour de la ville des ingenieurs pour la faire
fortiffier; à quoy les eschevins s'estantz opposés, il les chassa de la ville;
ce qui aigrit si fort les habitans qu'il ne peut plus les gaigner, ny par la
douceur ny par la rigueur. Enfin, voyant cette disposition dans tous les espritz,
il en sortit le 5 avec Mme de Longueville, M. et Mme de Nemours, le marquis de
Persan, et autres de son party, avec les trouppes et touttes les munitions, pour
se retirer à Mourron, apres avoir neamoings consenty, lors qu'il ne le pouvoit
plus empescher, qu'on receut le Roy dans la ville. On dit mesmes qu'il ne laissa
que 4 hommes dans la tour. Sur cela, Leurs M. partirent d'Aubigny le 7 au matin,
pour aller faire leur entrée dans Bourges, où neamointz elles n'entrerent que le
8; cepandant, dans leur marche les 2 regimentz commandés par M. de Bougy
surprirent le chasteau de Bougy, qui appartient à M. le Prince, dont la garnison
estoit d'environ 50 chevaux, desquelz ilz en tuerent 10 ou 12, en firent 20
prisonniers avec le sieur des Guepean, qui les commandoit, et le reste se sauva
à Montront, où de Chamilly et de Montater arriverent à mesme temps avec 100
chevaux qu'il menoit de Stenay. M. de Bougy les y poursuivit, mais sans effect.
Despuis, M. de Gorres, qui avoit esté envoyé à Bourges par M. le duc d'Orleans,
en estant revenu aujourd'huy, a apporté nouvelle qu'on y alloit faire raser la
grosse tour; que le maire estoit prisonnier à Mourron, où il avoit esté mené par
le prince de Conty; et que Leurs M. devoint partir lundy prochain pour aller à
Poitiers ou à Tours, n'ayant pas encor bien resolu lequel de ses [ces] deux
elles devoint prendre.
Un autre que le mareschal de l'Hospital avoit
envoyé en Cour est retourné icy le 10. Ce mareschal partit aussytost avec M. du
Plessis Guenegaut pour aller à Limours porter à S.A.R. une lettre du Roy pour
luy servir de plenipotentiaire; mais les termes de cette lettre estant presque
semblable à celles qu'elle avoit receue la semaine passée sur le mesme subject,
elle a demandé que le plain pouvoir qu'on luy donneroit feut signé et scellé du
grand sceau, ne voulant pas agir avec une simple lettre de cachet. M. de
Champlastreux partit d'icy le mesme jour pour y aller, on ne sçait pourquoy.
Les lettres de Bourdeaux du 5 du courant
portent que les levées de M. le Prince si [s'y] avanceoint si diligenment qu'il
avoit desja 7 mille hommes sur pied; que le comte d'Augnon, apres avoir pris
possession du duché de Fronsac, a deslivré à M. le Prince les 800 mille livres
qu'il luy devoit donner, et 200 mille livres à M. de Richelieu pour la
renontiation, en estoit party pour retourner à Brouage afin d'y haster les
levées des 4 mille hommes qu'il luy avoit promis; que tous MM. de la Force, à la
reserve du Marquis, qui est icy avec M. de Turenne, continuoint à lever leurs
trouppes; que le Premier President avoit esté contraint de sortir de Bourdeaux
et s'estoit retiré à Blaye du consentement de M. le Prince, qui estoit aussy
party de Bourdeaux, où l'on croyoit qu'il iroit de là à Montauban, où M. de St
Luc fait travailler
/493v/ travailler [sic] 4
mille hommes despuis 15 jours aux fortiffication de cette ville, dont les
habitans tesmoignoint vouloir estre du party de la Cour; et que le marquis de
Bourdeilles s'est declaré pour M. le Prince et levoit des troupes dans le
Perigord.
Quelques lettres qui viennent de Foix et de
Narbonne se conforment à dire que M. de Marchin a abandonné la Catalougne, et
qu'il en a mené 2 à 3 mille hommes pour le service de M. le Prince en Guyenne.
Mesmes le lieutenant du comté de Foix mande qu'il s'en va audevant de ses
troupes.
Les lettres d'Aix en Provence, du 3 du courant,
portent que sur quelques querelles particulieres qu'il y avoit entre le
president de la Roque et le baron de St Mart, il y eut querelle entre leurs amis
le mesme jour dans la place des Jacobins, où il y eut des coups de pistollet et
de fusilz, et des espées tirées; sur quoy le baron de St Mars, premier consul de
la ville et procureur du pays, se jetta dans l'Hostel de Ville, où il appella
ses amis pour se servir de cette occasion à fortiffier le party de M. le Prince.
En mesme temps le sieur de Canet, grand amy de M. de Beaufort, se mit à la teste
du people qui s'estoit ramassé dans cette place, qui crioit "Point de guerre!
Point de St Mars!" Le Parlement s'assembla là dessus. Ensuitte on depputta le
president d'Oppedde à l'Hostel de Ville, pour sçavoir quel estoit le desseing de
ce baron. Le President negotia si bien qu'il empescha le sieur de St Mars de
passer outre; et retournant au Palais pour faire recit à la Compagnie de ce
qu'il avoit fait, feut abordé dans la mesme place par le sieur de Canet et par
cette populace, qui crioit fort contre luy à cause qu'on sçavoit qu'il estoit
dans les interestz de M. le Prince; mais apres qu'il eut asseuré d'avoir tout
appaisé, il se jetta dans le Parlement, qui pour appaiser la rumeur, feut obligé
de marcher en robbes rouges par toutte la ville et faire sortir le baron de St
Marc et le Chevalier son frere, ce qui a fort abattu le party de M. le Prince.
Un courrier que le mareschal de la Fretté [Ferté]
Seneterre envoye en Cour, en passant par icy dit que [de] touttes les trouppes
de M. le Prince qui estoint à Stenay, il n'en reste plus que 800 hommes, et que
le reste est desbandé ou prit party parmy celles de ce mareschal; lequel ayant
surpris 1400 dans un passage, les a obligé party de gré, party de force, à
prendre party dans ses trouppes.
Les advis de Flandres portent que les ennemis
s'estant assemblés dans l'Artois au nombre de 9 mille chevaux et 6 mille
piettons, ont passé vers St Quentin et marchent vers la Champagne. On dit que
c'est pour y prendre leur quarter d'hyvert, et que pour cest effect, suivant le
traitté fait avec eux par Mme de Longueville, ilz doivent s'emparer de
Damvilliers; que le chevalier de la Rochefoucaut leur livreroit, mais c'est un
bruit incertain. Le comte de Grandpré, qui estoit alors si engagé dans le party
de M. le Prince qu'il s'y ruina, n'en ayant point receu de satisfaction apres sa
liberté, s'est maintenant hautement declaré contre luy, qu'il a demandé
commission du Roy pour ruyner le party de M. le Prince en Champagne, se faisant
fort d'attirer touttes les trouppes si on luy veut donner 16 mille livres pour
lever un regiment. Il en a defait 150. Le marquis de Trevigny est venu de
Bretagne trouver le Roy à Bourges, avec une requeste signée de 500 gentilzhommes,
qui demandent que la tenue des Estatz de cette province soit transferée de
Nantes en telle autre ville
/494/
qu'il plairra à Sa M., disantz qu'ilz ne sont ny en seurté ny en liberté à
Nantes, et offrent en tesmoignage qu'ilz ne veulent rien faire contre son
service de faire augmenter de 100 mille escus le don gratuit. Le Conseil n'a pas
encor desliberé là dessus. En attendant, ce marquis est venu prier S.A.R.
d'estre favorable en cette occasion à la province. Il asseure que le duc de la
Trimouille s'est declaré pour M. le Prince, aussy bien que M. de Rohan, quoy que
ennemis entre eux. La declaration du Roy contre M. le Prince est entre les mains
des Gens du roy, pour estre presentée demain à l'assemblée du Parlement pour la
veriffier.
Il y eut arrest au Conseil de direction des
finances le xi, portant que les pistolles, louys, escus, blans, et autres
monnoyes qui avoint augmenté de pris despuis peu, sans edict, ne passeroint plus
que pour le prix porté par les editz, et deffenses à touttes personnes de les
imposer à plus haut prix sur peyne de punition corporelle. Cest arrest ayant
esté porté au Premier President pour le sceler et le faire publier, il dit qu'il
ne pouvoit pas le sceler, le Parlement estant saisy de cette affaire, de
laquelle il parleroit à l'assemblée au premier jour.
/496/
De Paris le 20 octobre 1651
Vous aves sceu que la semaine passée le
mareschal de l'Hospital et M. du Plessis Guenegaut ayant porté à M. le duc
d'Orleans une lettre du Roy qui contenoit un plain pouvoir de traitter avec M.
le Prince, laquelle S.A.R. refusa veritablement; mais ces messieurs ayant à
mesme temps arresté avec elle de quelle façon ce plain pouvoir devoit estre
dressé, S.A.R. estant demeurée d'accord de se laisser accompagner au lieu du
traitté par 6 personnes que Sa M. auroit choisy, ilz renvoyerent promptement un
courrier à Bourges sur ce suject, lequel feut icy de retour le 13 du courant à 9
heures du soir; et aussytost ce mareschal et M. de Guenegaud feurent trouver M.
le duc d'Orleans, et luy donnerent une lettre du Roy par laquelle Sa M. donnoit
le plain pouvoir tel qu'il avoit souhaitté. Quelq'ungs veulent mesmes qu'il aye
une commission scellée pour cest effect, quoy qu'elle ne paroisse pas. Ces
messieurs le prierent de se trouver le lendemain au matin à l'assemblée du
Parlement, auquel le Roy avoit escrit aussy, pour luy en donner advis, ce qu'il
promit de faire.
Le 14 au matin le Parlement estant assemblé, et
S.A.R. y estant arrivé, on leut la lettre que le Roy avoit envoyé à la Compagnie,
contenant comme il prioit Monsieur son oncle de vouloir continuer ses bons
offices pour pacifier les troubles qui sont dans son royaume, et qu'il luy avoit
envoyé pour cest effect un plain pouvoir de traitter avec M. le Prince, et luy
assigner à cette fin rendés vous, et s'y faire accompagner par le mareschal de
l'Hospital, les sieurs d'Aligre, de la Marguerie, conseillers d'Estat, par le
president de Mesmes et les sieurs Menardeau et Camont, conseillers au Parlement.
La lecture estant faitte, quelq'ungs dirent que ce plain pouvoir n'estoit pas
vallable à cause qu'il n'estoit pas scellé; à quoy S.A.R. respondit que
veritablement cela ne suffisoit pas pour un particulier, mais que pour elle,
elle le feroit bien valoir, et que c'estoit asses pour une personne de sa
condition, adjoustant qu'il n'estoit pas necessaire de lire la lettre qu'elle
avoit receue sur ce subject, parce qu'elle estoit conforme à celle qu'on venoit
de lire, laquelle feut enregistrée. Ensuitte le Premier President exhorta S.A.R.
d'envoyer diligenment un courrier à M. le Prince, pour le disposer à cesser ses
levées et se trouver au rendés vous qu'elle luy voudroit assigner, afin qu'il ne
nous monstrat point le mal qu'il nous peut faire, et representa les malheurs qui
ont desja commencé de naistre, notanment en l'action de M. de Marchin, d'avoir
abandonné la Catalougne. En suitte du plain pouvoir, M. le duc d'Orleans manda,
l'apresdisnée du 15, le mareschal de l'Hospital et les autres qui le doivent
accompagner lors qu'il ira trouver M. le Prince; lesquelz estant arrivés à son
palais, il leur dit qu'il estoit question de resoudre le lieu du traitté, qu'il
vouloit prendre leur advis là dessus; à quoy ilz respondirent que S.A.R. en
estoit la maistresse selon son plain pouvoir qui luy donnoit la faculté de
choisir le lieu. Elle dit qu'il estoit d'advis que ce feut à Chasteleraud [Châtelleraut]
ou à Loudun en Poictou, et de donner le choix de ces 2 villes à M. le Prince,
auquel elle alloit escrire et le luy proposer, comme [elle] fit par une lettre
tres obligeante et plaine de zele pour le repos public et pour la reunion de la
Maison Royale. Elle mit cette lettre, le soir du mesme jour, entre les mains du
comte de la Serre, qui partit le 16 de grand matin pour la porter à M. le
Prince, et le disposer à se trouver dans l'ung de ces 2 lieux.
/496v/
La froideur que S.A.R. avoit tesmoigné à M. le Coadjuteur de ce qui [qu'il] ne
s'estoit pas trouvé au Parlement le 7 du courant et y avoit fortiffié la brigue
du Premier President, n'a presque point paru, parce que dans le long sejour que
S.A.R. fit ensuitte à Limours il eut le loisir de s'accommoder par le moyen de
ses amis, qui luy firent agreer qu'il revient le visitter, comme il fit le 14 et
a continué despuis.
L'on asseure que le Premier President s'est
accommodé avec M. le Prince, et que M. de Champlastreux n'est allé en Cour que
pour proposer les moyens de traitter avec luy.
La nouvelle estant arrivée à Thoulouse, le 5 du
courant, que le sieur de Marchin estoit entré par les Monts Pyrenées dans le
comté de Foix, le Procureur General fit assembler les chambres, quoy que le
Premier President, qui panchoit fort du party de M. le Prince, eut beaucoup de
peyne à y consentir, eut mesmes parolle avec le Procureur General. Les sceances
y estant prises, celuy cy representa, par un long discours à la Compagnie,
l'obligation qu'elle avoit de faire paroistre en cette action son zele pour le
bien de l'Estat, et conclut à ordonner qu'il feroit informer des factions qui se
brassent contre le service du Roy et la tranquilitté publique, qu'on
depputteroit 2 commissaires pour aller maintenir les villes du ressort dans la
fidelitté qu'ilz doivent au Roy, et cepandant ordonner à tous gouverneurs,
gentilhommes, consulz, et autres subjectz du Roy de prendre les armes pour
empescher le passage de Marchin et le tailler en pieces, luy et les siens. Il y
eut arrest tout conforme à ses conclusions. On adjousta seulement qu'il seroit
envoyé un courrier à Sa M., pour luy en donner advis et l'asseurer de sa
fidelitté inviolable; et afin de faciliter l'execution de cest arrest, il y en
eut un autre, l'apresdisnée du mesme jour, portant qu'on coupperoit tous les
pons qui sont sur la Garonne au dessus de Thoulouse, et qu'on feroit conduire au
portz de la mesme ville tous les batteaux qui ce [se] trouveroint sur cette
riviere.
Le petit Guitaut, chambellan de M. le Prince,
arriva le soir du mesme jour à Thoulouse avec une lettre que son maistre
escrivoit au Parlement, laquelle il rendit le lendemain au matin au Premier
President et luy exposa la creance dont elle faisoit mention. Celuy cy estant
entré au Parlement, presenta cette lettre; et quoy que le party du Roy feut
d'advis d'en differer l'ouverture au lendemain, auquel jour on attendroit des
nouvelles de Bourges, neamoings le party do M. le Prince insista si fort à
l'ouverture que le Premier President la fit lire sur l'heure mesmes, sans donner
loisir à la Compagnie d'y desliberer. Elle ne contenoit que des civilittés, et
une priere de donner creance à M. Guittaut sur ce qu'il diroit à la Compagnie de
la part de M. le Prince. Le Premier President ayant esté requis d'exposer cette
creance, et voyant que son party estoit tropt foible pour y pouvoir prendre une
resolution qui feut avantageuse, il se contenta de dire que ce n'estoit que des
offres que M. le Prince faisoit de son affection et de son service. Ensuitte
l'on opina, et il y eut 2 advis: l'ung du Premier President, qui estoit de faire
une response bien civile à la lettre de M. le Prince et le remertier, et l'autre
de M. de Fresatz, qu'il [qui] vouloit qu'on y adjousta un advis des 2 arrestz du
jour precedent, et supplier à M. le Prince de tenir main forte à l'execution et
s'opposer au passage du sieur Marchin; mais le premier passa de 2 voix. L'on
proposa ensuitte d'envoyer des commissaires pour empescher les passages de ce
dernier, mais le Premier President eluda cette proposition et sortit, disan que
l'heure avoit sonné.
/497/
Le 7 le Procureur General, ayant encor obtenu l'assemblée des chambres, dit que
l'advis estoit venu que M. de Marchin n'ayant peu passer dans le pays de Foix à
cause de l'opposition du baron de Durban, estoit allé chercher d'autres
passages, disant qu'il estoit facile de l'empescher de passer la Garonne, qu'il
ne pouvoit vraysemblablement passer qu'à Muret, et qu'ainsy il estoit besoing
d'envoyer des commissaires. Sur cela on depputta le sieur de Lestang, conseiller
de la Grande Chambre, auquel le Premier President voulut qu'on joignit M. de
Mondrade, son filz. A mesme temps on manda les capitoux, pour leur enjoindre de
faire escorter les commissaires par des gens bien armés. Le Premier President
voulut sortir là dessus, sans les attendre, disant qu'il le leur commanderoit;
mais la Compagnie ne voulut pas se lever. Deux capitoux y estant arrivés, on
leur dit la resolution qui avoit esté prise, et les commissaires partirent
l'apresdisnée pour aller à Muret, 3 lieues de Thoulouse; mais ilz trouverent que
le retard qu'on avoit apporté le jour precedent à les envoyer, avoit donné
loisir à Marchin d'y passer 4 heures devant qu'ilz feussent arrivés.
Le 8 et le 9 estant jours de feste, le
Parlement ne s'y assembla point, mais les deux partis travaillerent à se
fortiffier, chacung de son costé; et le Procureur General representa à la
Compagnie que les creatures de M. le Prince y faisoint des pratiques contre le
service du Roy, dont il falloit informer mesmes par censures esclesiastiques, et
pour eviter les surprises faire assembler la bourgeoisie à l'Hostel de Ville et
pourveoir à sa conservation; et demanda qu'on l'appellat à touttes les
desliberations qui ce [se] feroint pour les affaires publiques; sur quoy il y
eut arrest tout conforme à ce qu'il avoit requis, et l'on depputta 2
commissaires pour informer des brigues qui ce [se] faisoint contre le service du
Roy et le repos public. Cepandant, les 2 autres commissaires estant revenus de
Muret et fait leur raport de ce qui s'y estoit passé, dirent qu'ilz y avoit fait
mettre en prison un Tholosain nommé Aldeguier, qui avoit conduit M. de Marchin
et ses troupes par ce chemin là; qu'il estoit question de le faire conduire à
Tholouse et luy faire le proces. Sur cela l'on resolut de changer les capitoux
tropt affectionnés à M. le Prince, et d'envoyer des gens de guerre à Muret pour
conduire ce prisonnier en seurté, et d'envoyer le sieur de l'Estang dans la
comté de Foix et dans les lieux où Marchin avoit passé, pour informer du tout.
L'apresdisnée on s'assembla à l'Hostel de Ville, où l'on depputta un des
capitoux pour aller à Muret faire conduire ce prisonnier; et l'on arresta qu'on
feroit garde aux portes de la ville, dont on a fermé 5 et laissé 4 ouvertes.
Le 10 au soir le sieur de la Guillaumiere y
arriva de la part des Estat de Languedoch avec une lettre au Parlement par
laquelle ilz mandoint qu'en mesme temps que le Compagnie donnoit des arrestz
pour le service du Roy, ilz prenoint des resolutions conformes aux leurs, afin
de s'unir d'affection et de sentiment avec luy pour le bien de l'Estat, et
demandoint une surseance pour leur different. L'Advocat General conclut à
accorder cette surceance pour un mois, et faire une response civille aux Estatz;
mais la desliberation en feut remise au lendemain. Cette action de la province a
esté partout fort louée; cepandant l'ordinaire partit là dessus.
Pour revenir à l'action de Marchin, tout le
monde la deteste hautement, quoy qu'il soit vray
/497v/
que quand il est party de Barcelonne, la commission de viceroy n'y estoit pas
encor arrivé, ny mesmes le 20 mille escus qu'on luy avoit envoyé il y a un mois.
On a parlé d'envoyer promptement du secours dans ce pays là, et M. de Beaufort a
tesmoigné souhaitter la commission pour y aller avec 5 ou 6 vaisseaux qu'on a
esquipés à Thoulon, pourveu qu'on y adjoustat 3 ou 4 galleres.
Les lettres de Bourdeaux du 12 portent que les
villes d'Agen et de Marmande ce [se] sont soubmises à M. le Prince, qui estoit
encor dans la premiere et devoit s'en retourner à Bourdeaux le 12; que Leytoure,
Moissac, et Montauban s'estoint declarés contre luy; que celle cy se fortiffiant
à cette fin sur les ordres de M. de St Luc, qui y estoit le xi et y faisoit
bonne garde; que le duc de Richelieu estoit party de Bourdeaux avec le comte
d'Augnon, pour l'accompagner à Brouage et de là passer en Angleterre pour
asseurer les Anglois de la part de M. le Prince qui [qu'ilz] pouvoint continuer
leur commerce en Guyenne en toutte seurté et liberté; mais despuis on a quelque
advis que le Duc estoit mort à Brouage, dont il faut attendre la confiermation;
que M. Laisné, cy devant advocat general à Dijon, estoit party de Bourdeaux sur
un brigantin espagnol, et qu'on croyoit qu'il alloit en Espagne; que le
president Viole estoit demeuré à Bourdeaux pour les interestz de M. le Prince,
qui avoit pris jusques à 8000 escus dans les receptes des consignations et avoit
prié la ville de Bourdeaux de taxer 100 de ses principaux bourgeois à 100 [sic:
livres?] chacung, dont il leur assignoit le payement sur le convoy, et qu'il
avoit desja 8 mille hommes sur pied; que le sieur de Montrist, garde des costes,
y estoit arrivé avec 2 vaisseaux de guerre, dont l'ung estoit monté de 50 pieces
de canon; que le comte d'Augnon faisoit fortiffier Royan; que le sieur de la
Motte Gondrin, qui a esté fait lieutenant general de M. le Prince, s'estoit
obligé de luy lever 1200 fantassins et 600 chevaux; que le Mareschal n'avoit pas
voulu entrer dans son party, ni le Marquis son filz, mais bien tout le reste de
la maison. Les advis de Bourges portent que M. le prince de Conty, Mme de
Longueville, et le duc de Nemours, et le marquis de Levy estoint partis de
Mourront pour aller en Guyenne avec toutte leur cavalerie, montant à 500 chevaux;
que le marquis de Persan estoit demeuré dans le pays, pour le deffendre avec 600
fantassins seulement; qu'il avoit bruslé le bourg de St Amand, de peur du siege;
que le comte de Palluau, avec les regimentz d'Harcour et de la Mesleraye, avoint
poursuivy M. le prince de Conty 9 heures apres son despart, mais sans le pouvoir
attraper; que la presence du Roy avoit fort intimidé les partisans de M. le
Prince en ce pays là, où touttes les villes se declaroint hautement contre luy;
qu'on continuoit la demolition de la tour de Bourges; et que la Cour se
resoluoit lundy prochain à partir pour aller à Poictiers, ce qui ne
s'accorderoit pas bien avec les propositions de paix qu'on a fait à M. le
Prince, qui en ce cas ne voudroit pas venir trouver S.A.R. à Chasteleraud [Chatelleraut]
ou à Loudun.
/498/
Le chevalier de la Rochefoucaud est mort de maladie dans Mourrond, et M. Arnaud
aussy dans le chasteau de Dijon.
Les advis de Provence confierment que le baron
de Ste Maure et le president d'Oppede avoint esté obligés de sortir de la ville
d'Aix, qui est encor en armes et touttes les portes fermées; et que le Parlement
avoit envoyé expres en Cour pour asseurer Sa M. de sa fidelité et de celle de la
ville; et que ceux de Marseille avoint envoyé 3 depputtés à Aix pour sçavoir en
quel estat estoint les affaires, et pour cooperer à leur accommodement et au
bien de la province. L'abbé de Sillery, qui alloit dans ce pays là pour les
interestz de M. le Prince, a esté arresté à Lyon.
Le mareschal de la Mesleraye ayant receu ordre
de la Cour de ne laisser point presider aux Estatz de Bretagne, pour cette fois,
ny M. de Vendosme ny M. de Rohan ny M. de la Trimouille, mais le premier baron,
ou en son abscence celuy qui seroit esleu par la noblesse, les fit commencer à
Nantes le 12, où la Moussaye presida. Le duc de Rohan est à Rennes, et demande
au Parlement la cassation de tout ce qui ce [se] fera audictz Estatz jusques à
ce qu'il y presidera, suivant l'arrest rendu en sa faveur.
Le 16 du courant, au matin, il y eut arrest à
la Chambre des vacations à la poursuitte des creantiers du cardinal Mazarin,
portant qu'il seroit proceddé à la vente des meubles pour le payement des debtes,
et que le revenu de ses benefices y seroit employé. Il y a advis que ce cardinal
est sur la Meuse, à 2 lieues proche des frontieres de Champagne.
Les ennemis ayant laissé un corps d'armée vers
Duncherque soubz le commandement de Sfrondatti, ce marquis a assiegé le fort de
Linck, qui est de grande importance à cause de la situation à l'emboucheure de 2
rivieres. Le reste de leur armée s'avance vers Rocroy, où le comte de Tavanes
l'a jointe avec ce qui luy restoit de trouppes de M. le Prince, qui ne font plus
que 11 [cent?] hommes, le reste estant desbandé. Le mareschal d'Aumont a envoyé
17 regimentz dans la Bourgoigne, qui ne font pas 3 mille hommes. Elles doibvent
aller en Berry. Ce qu'il a retenu ne conciste qu'en 4 regimentz d'infanterie les
plus fortz: sçavoir, le Polonnois, Picardie, Piedmont, et la Marine, et quelque
cavaleire au nombre de 1500 chevaux.
Le comte d'Harcour partit enfin d'icy, le 18 au
matin, accompagnés de 50 chevaux fort lestes pour aller en Cour. Le mesme jour
M. le duc d'Orleans s'en allà à Limours avec MM. de Beaufort, le chevalier de
Guyse, et M. de Chavigny, d'où ils reviendront demain. M. de Verderonne arriva
hier au soir, revenant d'Espagne, où il n'a peu rien avancer pour le liberté de
M. de Guyse.
Tous les deputtés des Estatz Generaux qui se
trouvent à Paris ont resolu de partir d'icy au commencement du mois prochain
pour se rendre à Tours le x, afin d'y commencer les Estatz.
/500/
De Paris du 27 octobre 1651
Le 21 du courant, au soir, M. le duc d'Orleans
revient de Limours, apres s'y estre fort diverty durant 4 jours en grande
compagnie. Outre MM. de Beaufort et de Chavigny, le commandeur de Souvré, et
autres, le president de Maisons et 4 conseillers du Parlement y feurent fort
bien regalés.
Quelques jours auparavant, l'advis estant venu
de Normandie que l'abbé de Mesdavid, nommé à l'evesché de Sées, estoit si
dangereusement malade qu'il n'en pouvoit pas eschapper (comme il s'est veriffié
du despuis par l'advis de sa mort), S.A.R., qui avoit autrefois demandé le mesme
evesché pour l'abbé de Pontcarré, escrivit aussytost à la Cour en sa faveur, et
il y a fait un voyage expres dont il est revenu avanhier; mais on luy a fait
response qu'il n'estoit pas encor temps d'y pourveoir, et qu'on le considereroit
en son temps.
Don Joseph de Pinos, ambassadeur de Catalougne,
estant allé trouver la Cour à Bourges, et ayant sceu que M. de Marchin avoit
quitté cette province, fit instance au Conseil de luy declarer si le Roy la
vouloit secourir ou l'habandonner tout à fait, afin qu'elle prit ses mesures là
dessus. On luy fit d'abord response qu'on feroit ce qu'on pourroit pour luy
envoyer du secours. Sur cela, il remonstra la necessitté absolue qu'il y avoit
de la secourir promptement, et demanda que, pour y donner ordre plus tost, l'on
n'acceptat [l'on acceptat] l'offre fait nagueres par l'ambassadeur de Portugal;
que le Roy son maistre fourniroit presentement 30 vaisseaux de guerre pour cest
effect, avec 4 mille hommes et 100 mille escus d'argent comptant, pourveu qu'on
luy voulut envoyer quelque personne pour traitter avec luy d'une ligue offensive
et deffensive, par laquelle le Roy s'obligeroit de ne faire la paix avec
l'Espagnol sans luy; à quoy le mesme Don Joseph adjouta qu'il s'offroit d'aller
en Portugal avec telles personnes qu'on voudroit, à ses despens, pour presser ce
secours. L'on resolut d'accepter cette offre, et à cette fin l'on envoya icy
ordre au Garde des Sceaux et au mareschal de l'Hospital, afin de conferer avec
l'ambassadeur de Portugal, ce qu'ilz on[t] fait; et parce que le mesme Don
Joseph a cepandant fait instance pour la nomination d'un nouveau viceroy, et a
tesmoigné que les Catalans souhaittoint fort que ce feut le mareschal de la
Motte, le Roy l'a nommé pour y aller. Le pere de ce mareschal mourut il y a 15
jour à Sassy, proche de Senlis, aagé de plus de cent ans.
La charge de maistre de camps general des
carrabins, qui vacque par la mort de M. Arnaut, a est[é] donnée à M. de Vandy,
partisan du cardinal Mazarin, pour recompense du gouvernement du Castella, qu'il
avoit achepté peu de jours auparavant que les Espagnolz la prissent. Il n'est
pas vray que le duc de Richelieu soit mort, mais il a esté malade à Vigean en
Poictou.
Le duc de Rohan ayant poursuivy à Rennes
l'execution de l'arrest que le Parlement y avoit donné en sa faveur touchant la
presidence aux Estatz de Bretagne, et ne voulant pas s'arrester à l'ordre que le
Roy avoit envoyé au mareschal de la Mesleraye pour ce subject, il y eut un autre
arrest le 17 du courant portant que tres humbles remonstrances seroint faittes à
Sa M. sur le trouble et la violence apportée à l'execution de cest arrest et à
la liberté des Estatz; que Sa M. seroit supplié de les transporter ou faire
tenir allieurs qu'à Nantes, ou autres villes où il y a des chasteaux et
forteresses; et cepandant declare nul ce qui ce [se] fera aux Estatz qui ce [se]
tiennent à present à Nantes, et fait deffenses à touttes personnes de les
continuer, et /500v/
commandement à tous les depputtés de s'emparer; et que les contratz d'alienation
du domaine du roy seront rapportés pour y estre fait droit, c'est à dire que ce
parlement veut par ce moyen aygir [aygrir?] le mareschal de la Mesleraye, en luy
faisant oster ou achepter bien cherement les domaines du Roy qu'il a acqui en ce
pays là. Ensuitte l'on depputta au Roy un president et 2 conseillers, pour faire
les remonstrances, lesquelz sont escrites par le comte de Rieux, 2e
filz du duc d'Elbeuf, et par 5 ou 6 gentilhommes acredittés dans la province;
mais les Estatz, pour contrecarrer cette depputtation, on[t] envoyé à la Cour
l'evesque de Rennes, le marquis de Brossay St Grave, ennemy du Parlement.
Le courrier que M. le Coadjuteur avoit envoyé à
Rome n'y est arrivé que 2 jours devant le petit Montreuil, qui y est allé de la
part de M. le prince de Conty pour s'opposer à la promotion de ce prelat, pour
lequel le Pape a fait une response asses obligeante pour luy; mais neamoings il
a tesmoigné que cette promotion se devoit differer jusques à ce qu'on verroit la
face que prendroint les affaires de France. Le petit Montreuil n'avoit pas eu
encor audiance le 2 du courant, à cause de l'indisposition du Pape.
Les advis de Bourdeaux de cette semaine portent
que M. le Prince avoit donné le gouvernement de Marmande à M. de Lusignan, celuy
d'Agen à M. de Marchin, avec le commandement general de son armée, et luy avoit
commandé d'assieger la ville de Moyssac sur la Garonne, ce qu'il fit, et l'on
croit prise, n'estant pas capable de resister longtemps; que S.A. estoit allé à
Bergerac pour la faire fortiffier; et qu'ayant donné ses ordres à cette fin,
elle estoit allé à Perigueux, où elle avoit esté bien receue; et apres, elle
estoit retournée à Bourdeaux, tant pour rasseurer les espritz, dont la pluspart
commenceoint à se repentir de s'estre engagés si avant avec elle, que pour
rassembler ses trouppes et sortir de la Guyenne, afin de tenir aux Bourdelois la
parolle qu'il leur avoit donné dès le commencement, de soulager cette province
là et de n'y faire point le theatre de la guerre; que neamoings l'on avoit fort
aprehendé, à cause des villes qui s'y sont declarés contre S.A., qu'encores que
les commencement y eussent eu la plus belle aparance du monde, les suittes n'y
correspondoint pas, et qu'il se trouvoit qu'elle s'estoit mescontée de beaucoup;
q'une grande partie des conseillers estoint partis de Bourdeaux, pour ne se
trouver point aux desliberations que S.A. faisoit prendre; et sur cest advis
l'on a proposé à la Cour de transporter ce parlement à Lymoges, où l'on croit
que les conseillers qui sont sortis de Bourdeaux ce [se] trouveront; que pour la
taxe de 1000 escus sur cent des principaux bourgeois de Bourdeaux faitte par
l'advis des presidentz Viole et Daffis, personne ne s'estant mise en peyne de
les payer, S.A. avoit dit qu'elle se payeroit ad libitum; que le
marquis de Firmacon s'estoit jetté dans la ville de Condon [Condom] et s'en
estoit emparé, pour la retenir dans l'obeissance du Roy; qu'encor que le
mareschal de la Force ne se feut pas declairé pour S.A., neamoings il avoit bien
consenty que ses filz servissent dans son party, et taschoit de le favoriser
soubz main en tout ce qu'il pouvoit; que les levées de S.A. y estoint presque
achevées, qu'elle avoit ii regimentz de cavalerie et 5 compagnies d'ordonnance,
outre celles de ses gardes, et 500 chevaux qui ont escorté M. le prince de Conty,
faisant en tout 8000 hommes; que le rendévous de son armée estoit assignée à
Chasteauneuf sur la Charante en Angoumois, ce qui a esté confiermé
/501/
ce matin par le comte de la Serre, qui en est revenu et qui a rapporté qu'il
avoit veu M. le Prince à Bourdeaux le 20, et luy avoit rendu la lettre de S.A.R.
touchant la proposition de paix; à quoy il respondit que c'estoit un affaire
d'asses grande importance pour la communiquer à M. le prince de Conty et à ses
amis; qu'il falloit 3 ou 4 jours pour cela, pendant lesquelz il ne vouloit pas
retenir ce comte, de peur que S.A.R. ne feut en peyne de luy; mais qu'aussytost
qu'il auroit conferé sur ce suject avec ses amis, il envoyeroit un gentilhomme à
S.A.R. pour luy en apporter. Ce comte adjouste que M. le Prince avoit laissé un
ingenieur dans Bergerac pour y faire 5 bastions, et que revenant de Perigueux il
avoit passé à La Force, où il avoit esté fort bien regalé par le mareschal de ce
nom. La Cour travaille à desunir d'avec luy le comte d'Augnon et le vicomte
d'Arpajon, lesquelz sont fort esbranslés là dessus. M. le prince de Conty, Mme
de Longueville, et M. de Nemours ayant sejourné quelque peu à Verteuil, maison
du duc de la Rochefoucaut, en estoint partis pour aller à Bourdeaux.
Les advis de Bourges portent que les trouppes
du Roy ayant voulu attaquer sans canon le bourg de St Amand, qui n'est que de
deux cent pas de Mourron, au bas de la montagne, avoint esté repoussées au
premier assaut, avec perte de 66 soldatz, un cappitaine aux gardes saisis, un
lieutenant aux gardes nommé d'Ortis et un autre officier, et environ 80 blessés,
dont on fit icy feu de joy le 23 dans l'hostel de Condé; qu'ensuitte 4 pieces de
canon leur ayant esté envoyées, elles y avoint donné un second assaut et pris ce
bourg, dont les habitans s'estoint retirés dans le chasteau de Mourron, qui
demeure encor investy par ce moyen; que le Roy s'estoit trouvé un peu indisposé
ensuitte d'une medecine qu'on luy avoit fait prendre par precaution, mais
qu'elle n'avoit duré que 2 ou 3 jours; que le voyage de la Cour à Poictiers
avoit esté enfin resolu le 21, apres des contestations qui ont duré 15 jours
entre M. de Chasteauneuf, qui l'a fait resoudre, et les amis du Premier
President, qui estoint d'advis du retour de Leurs M. à Fontainebleau. Les
raisons de ceux cy estoint fondées sur l'incompatibilité de ce voyage avec la
proposition de paix faitte à M. le Prince; mais le premier l'a emporté, faisant
veoir le peu d'aparance qu'il y avoit que M. le Prince voulut la paix, estant
tropt engagé dans ses traittés; et l'importance qu'il y avoit de ne perdre point
de temps de s'aprocher diligenment des pays qui confinent la Guyenne, afin de
les retenir dans l'obeissance par la presence du Roy; et adjoustant qu'il se
trouveroit, sans doubte, que la resolutions de M. le Prince sur la proposition
de paix auroit esté prise avant celle du voyage de Leurs M.; et qu'à cas qu'il
voulut se rendre à Chastelleraut ou à Loudun, la Cour sejourneroit à Blois ou à
Amboise ou en quelque autre lieu, jusques à l'issue du traitté, ce qui feut
ainsy arresté; et l'on manda à S.A.R. que cela ne luy devoit donner aucun
ombrage, qu'elle avoit tout pouvoir, et qu'elle pouvoit donner le repos à tout
l'Estat, si elle tesmoignoit avec opiniastreté à M. le Prince qu'elle veut la
paix, et qu'il faut qu'il se contente des seurtés possibles. En consequence de
cette resolution, Leurs M. devoint partir de Bourges le 27 pour ce voyage et
aller coucher à Issodun, et de là à Blans [Le Blanc] en Berry. Cepandant on
manda qu'on avoit advis particulier que
/501v/
M. le Prince avoit traitté avec les Espagnolz, qui luy devoint donner 2000
hommes entretenus et 200 mille escus par an; q'ung brigantin espagnol estoit
arrivé à Bourdeaux et luy avoit apporté 10000 pistolles en attendant le surplus,
et q'une fregaitte qui alloit à St Sbastien avoit esté prise pres de Bayonne;
qu'on y avoit trouvé des memoires qu'on envoyoit en Espagne, qui ont esté
envoyée en Cour.
Sur l'advis qu'on a eu que M. d'Espernon avoit
fait un traitté secret de neutralité avec M. le Prince, et qui [qu'ilz]
s'estoint promis l'ung et l'autre de ne faire aucung tort à ce qui leur
appartenoit, l'on a envoyé le sieur de Roncerolles à Dijon, pour sommer M.
d'Espernon de se declarer là dessus et attaquer le chasteau de Dijon; et en cas
qu'il en fasce refus, ledit sieur Roncerolles a ordre luy mesmes de l'attaquer
et de se joindre pour cest effect avec le marquis d'Uxelles.
On escrit de Thoulouse que le sieur Aldeguier,
qui avoit conduit le sieur Marchin et l'avoit fait passer sur le pont de Mura [Murat],
a esté eslargy de prison en baillant caution; que sur la proposition des Estatz
de Languedoch, le Parlement avoit consenty à l'accommodement du different qu'il
a avec eux; et que pour cest effect le sieur de la Guymerie en estoit party,
pour aller faire nommer des depputtés qu'il devoit faire venir conferer sur ce
subject avec ceux du Parlement; que la ville de Cahors avoit mis tout son canon
sur la muraille, pour resister fortement au party de M. le Prince.
L'on escrit de Provence que la ville d'Aix est
tousjours en armes; que le comte de Carces, lieutenant du Roy en cette province,
y estoit arrivé le 17, et que le lendemain il devoit entrer au Parlement pour
luy faire sçavoir les ordres qu'il apportoit de la Cour, dont il ne s'estoit pas
encor explicqué, et qu'ensuitte il travailleroit à reunir les espritz; que M.
d'Aiguebonne avoit convoqué l'assemblée des communeauttés à Manosque; qu'on
croyoit que l'arrivée de ce comte en empescheroit les effectz; que le president
Gallifet, qui estoit icy depputté, avoit escrit au Parlement une lettre par
laquelle il s'excusoit de ne pouvoir pas sy tost aller à Aix, à cause qui [qu'il]
estoit tombé malade dans le chasteau de La Fuerre [Fare?], où est le president
d'Oppedde avec les autres partisans de M. le Prince; et que le baron de St Marc
s'estoit saisy de la ville de Berre, à 4 lieues d'Aix, avec 100 chevaux, qui
font contribuer les villages d'alentour.
L'on n'a peu encor aprendre des nouvelles
certaines du cardinal Mazarin depuis 15 jours, à cause que les lettres de
Coulougne ont esté retenues afin qu'on ne peut pas aprendre son aproche; mais on
sçait qu'il partit de Broel [Bruhl] le 12 du courant, pour venir à Dinan [Dinant];
où neamoings plusieurs asseurent qu'il n'est pas venu, et d'autres qu'il y a
seulement demeuré un jour incognito, et apres il est retourné vers la
ville de Liege. Ses partisans publient icy qu'il travaille fort à la paix
generalle, mais on croit que ce bruit n'est que pour moderer l'aversion publique
qui regne tousjours contre luy. Il y a 22 regimentz de l'armée du mareschal
d'Aumont, qui marchent en Bourgogne soubz le commandement du sieur de Castelnaud,
et de là doivent passer en Berry. Leur rendévous est à La Charité; ilz ont ordre
d'aller joindre l'armée du comte d'Harcour, qui va au devant. On
/502/
laisse quelque trouppes dans le bourg St Amant ou aux environs, pour tenir
Mourron investy.
Les ennemis sont retournés vers Maubeuge pour
prendre quartier d'hyver, ayant laissé les trouppes du comte de Tavannes avec
celles de Don Estevan de Gamarra.
Le fort de Linch [Linck] s'est rendu à
composition le 19, les assiegés y ayant esté obligés par l'accident d'une bombe
tombée sur le magasin des poudres, qui les avoit touttes brulées. Les nostres
ont abandonné le petit fort de Hannelbin, au delà de St Omer, apres l'avoir miné.
Les ennemis s'en sont saisis. Ilz travaillent puissenment à fortiffier Bourbourg
pour tenir Duncherque bloqué par terre; cepandant les trouppes de M. le duc
d'Orleans sont sorties de cette dernier place pour joindre le mareschal d'Aumont,
lequel s'en va de ce costé là avec ce qui luy reste des trouppes. L'on fait
estat que ce mareschal a gaigné plus de 300 mille escus de contribution, qu'il a
tiré pandant cette campagne dans les lieux où il a fait camper son armée. M. de
Bourdeaux, qui en estoit intendant de justice, est revenu depuis jours pour
accepter la commission qu'on luy a donné d'ambassadeur en Savoye.
L'on a envoyé 20 mille escus à Duncherque pour
les despenses les plus necessaires. Les Holandois on[t] fait proposer à la Cour
qu'ilz presteroint de l'argent au Roy, si on leur vouloit engager cette place
jusques au payement, à quoy l'on pourroit bien se resoudre si les affaires ne
prennent bientost un autre face.
M. de Verderonne part demain d'icy pour aller à
la Cour, rendre raison de son voyage d'Espagne. Il dit que les Espagnolz
croyoint, quand il y est arrivé, qu'il y venoit demander la paix, et qu'ilz luy
ont tesmoigné qu'ilz y estoint disposés si nous la voulions demander, et que
mesmes ilz defereroint beaucoup en cela à S.A.R.
Vous aves sceu que la nomination de M. le
coadjuteur de Paris à la dignitté de cardinal feut accompagnée d'une lettre que
S.A.R. escrivit en mesme temps en sa faveur à Sa Sainteté. On remarque que
S.A.R. est despuis dans des grandes impatiances de sçavoir l'issue de cette
affaire, laquelle fournit icy presque autant d'entretien dans les compagnies que
la guerre de M. le Prince. Elle m'en a demandé fort soigneusement des nouvelles,
aussy bien qu'à d'autres personnes qui en recoivent ordinairement, et a
tesmoigné souhaitter extremement cette promotion, laquelle, selon les sentiments
des plus speculatifs, seroit tres avantageuse pour les interestz de la Cour
romaine, en la personne d'ung prelat qui est dans un poste où il pourroit
aysement maintenir les droitz de l'Esglise et remettre le college en veneration
parmy nous, par les grandz creditz qui [qu'il] s'est acquis. Tout le monde le
souhaitte autant que S.A.R., souhaittant de le veoir cardinal, à la reserve des
interessés dans le party de M. le Prince, lesquelz sont en fort petit nombre à
Paris.
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