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The Fronde Newsletters for 1651:
November 1651
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De Paris du 3 novembre 1651
La Cour partit de Bourges le 25 du passé et
feut coucher à Issodun, où le Roy voulant recognoistre l'affection que les
habitants de cette ville là avoint tesmoigné pour son service, les deschargea de
touttes sortes d'impositions, leur crea un maire de 2 en 2 ans, qui sera anobly
par cette charge, et leur donna une forest voisine pour leur ayder à rebastir
leurs maisons, qui feurent nagueres bruslées par accident. Le lendemain, 26,
Leurs M. feurent coucher à Chasteauroux, le 28 à Blanc en Berry, où elles
sejournerent le 29. Elles en partirent le 30 pour aller coucher à Chavigny [Chauvigny],
et arriverent le 31 à Poictiers, où l'on croit qu'elles ne sejourneront que 3 ou
4 jours, et qu'elles iront vers La Rochelle pour y faire raser les
fortiffications que le comte d'Augnon fait faire, afin d'empescher que les
Rochellois ne se declarent pour M. le Prince. On continue fort à persuader ce
comte à se detacher des interestz de M. le Prince, mais il ne se fie ny aux
promesse de la Cour ny à celles de M. le Prince.
L'on a laissé 500 chevaux et 1600 hommes de
pied à St Amant et aux environs de Mourron, pour le tenir investy soubz le
commandement du comte de Palluau.
Les advis de Bourdeaux du 26 confierment ce que
M. de la Serre a rapporté, et adjoustent qu'il n'est pas vray que M. de Marchin
aye attaqué Moissac, mais bien qu'il s'acheminoit à Marmande à cause que les
habitans refusoint d'y recevoir garnison de M. le Prince; qu'il n'y avoit plus
que 20 conseillers dans Bourdeaux; que S.A. s'estoit fait bailler par force 8
mille livres par un marchand flamant; qu'elle avoit pris 6 mille livres ches le
recepveur de Perigueux; qu'elle se faisoit rendre conte à elle mesme, tous les
soirs, de tout l'argent qui se depensoit pendant la journée; et qu'elle faisoit
estat de faire bientost marcher en Xaintonge son armée, laquelle est de 2500
chevaux et 7000 hommes de p[i]ed, dont il a fort bien payé les officiers et les
a tous choisis, mais les soldatz ne l'ont pas tropt bien esté. Les trouppes qui
avoint esté levées par le duc de la Rochefoucaut et par le comte de Matta
estoint en Xaintonge, où celles qui sont en Guyenne les devoint bientost joindre.
M. le prince de Conty et Mme de Longueville et M. de Nemours estoint attendus à
Bourdeaux dans leur marche. Ilz ont sejourné 3 jours au Vigean, où les trouppes
qui les escortoint on[t] fait autant de desordres que si elles eussent esté en
pays ennemy, quoy que la Maison de Vigean soit toutte à M. le Prince. Ilz ont
bien fait pis en tous les lieux où ilz ont passé. Le visconte d'Arpajou ayant
fait une levée de 2 mille hommes, sans se declarer, et voyant que la Cour ne le
recherchoit point, a mandé à M. le Prince que s'il vouloit ses trouppes, elles
estoint à son service, moyennant 50 mille escus pour les souldoyer; que sur cela,
S.A. luy en avoit envoyé la moitié argent comptant et l'autre moitié en
pierreres; et qu'on ne sçavoit encor s'il accepteroit ce party ou non; qu'elle
avoit eu tant de soing de payer les officiers de son armée, que sa cuisine avoit
demeuré renversée pandant 4 jours; que S.A. estoit partie de Bourdeaux le 25,
pour aller au devant de M. le prince de Conty, etc., qui estoint arrivés à
Libourne; et qu'elle avoit pris, le mesme jour, 20 pieces d'artillerie, avec
leurs attirailz, dans l'Hostel de Ville de Bourdeaux, dont il avoit donné un
escrit de sa main aux juratz, par lequel elle leur promettoit de
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les leur rendre apres la guerre; qu'elle alloit du costé de Cugnac [Cognac?] et
de Bergerac; qu'elle avoit traitté effectivement avec les Espagnolz, tant en
Espagne qu'en Flandres; que le sieur de la Roque, son cappitaine des gardes,
avoit esté pour cest effect à Madrid; que le sieur du Fay, lieutenant des gardes
du prince de Conty [avoit esté] à Maubeuge, pour y traitter avec l'Archiduc; et
que les vaisseaux espagnolz qui estoint à St Sbastien avoint desbarqué vers
Brouage 3 mille fantassins pour le service de M. le Prince (mais M. de
Verderonne, qui a passé à St Sbastien, a dit q'il n'y en avoit que 1500, et 7
vaisseaux prestz à faire voile, avec 3 brulotz); et que la ville de Marmande
avoit receu enfin en garnison le regiment de Lusignan, et qu'elle [que celle] de
Moissac avoit consenty de bon gré que les trouppes de Marchin y entrassent sans
se laisser assieger, à condition qu'elles se contenteroint de prendre tous les
bledz et autres choses qui pourroint apartenir au cardinal Mazarin, qui en est
abbé; et qu'en suitte de cette composition, les bledz y avoint esté pris en
grande quantité et menés à Bourdeaux, pour estre employés à faire le pain de
munition de l'armée de M. le Prince; ce qui ce [se] confierme par les lettres de
Thoulouse du 25 du passé, et par celles de Montauban du 26; à quoy celles de
Thoulouse adjoustent que le Parlement de Bourdeaux ayant depputté le sieur
Guyonnet pour aller faire la levée des tailles dans la Haute Guyenne, qui est du
ressort de celuy de Thoulouse, celuy cy avoit donné arrest de prise de corps
contre ledit Guyonnet, comme n'ayant peu faire aucung acte de justice dans le
ressort de Toulouse; dont on escrit aussy que les esprits n'estoint pas fort
disposés à faire l'accommodement de leurs differents particuliers avec les
Estatz de Languedoch, et que l'on croyoit que cette affaire ce [se] remettroit
jusques à ce que touttes ces brouilleries auroint cessés.
Le sieur du Fay, qui est nommé dans les lettres
de Bourdeaux, et le sieur de la Roche, major de Damvilliers, feurent arrestés
prisonniers le 31 à Linois, à 5 lieues d'icy, par un exempt du Prevost de l'Isle,
et conduitz dans la Bastille, où ilz sont encor.
Les lettres d'Aix en Provence, du 23, portent
que le Parlement y avoit donné arrest portant que le Roy seroit tres humblement
supplié d'envoyer à M. le comte de Carces un pouvoir pour commander dans la
province, comme il avoit cy devant; que M. d'Aiguebonne ayant eu advis de cest
arrest, avoit essayé de porter les communeauttés qui sont assemblées à Manosque
de prendre une resolution contraire; mais qu'elles n'en avoint rien voulu faire,
s'estant contentés d'adjouster seulement à l'arrest du Parlement ces motz: "Pourveu
que ces remonstrances ne choquassent point les intentions de Sa Majesté."
Le mareschal de la Motte a accepté la
commission de viceroy de Catalougne, où il se dispose d'aller, et se fait fort
d'obliger les ennemis à decamper des environs de Barcelonne, moyenant le secours
de Portugal et 3500 hommes qu'on luy a promis, outre les troupes qui sont
restées en Catalougne pour cest effect. L'on a envoyé ordre à M. de St André
Monbrun, qui commande en Piedmont, de faire promptement marcher les siennes en
Catalougne. Le comte de la Serre y va servir de mareschal de camp.
Le cardinal Mazarin passa le 17 d'octobre
proche de la ville de Liege et s'en alla à Huy; d'où s'estant refugié dans Alme
[sic], qui en est tout proche, il y demeura quelques jours, en
attendant un passeport de l'archiduc Leopold et un convoy pour passer en France;
mais cepandant, /505/
ne se trouvant pas en seurté dans la ville d'Alne [sic], il se retira
dans un chasteau qu'il y a, sur l'advis qu'il eut que le comte de Tavanes
s'avanceoit avec les trouppes de M. le Prince vers Dinan [Dinant], pour luy
empescher le passage; mais despuis on dit qu'il est venu à Sedan. Il a fait
faire des propositions de paix au duc de Lorraine, afin de se pouvoir servir de
ses trouppes contre M. le Prince seulement, ce duc ne voulant pas les faire
servir contre les Espagnolz; mais il est bien esloigné de l'accommodement, et
recherche avec autant d'empressement de la part de M. le Prince que celle de ce
cardinal.
Les trouppes du comte de Tavanes sont à present
dans les Ardennes, despuis que Don Estevan de Gamarra a tesmoigné qu'il avoit
quelque meffiance d'elles dans un passage et defilé, où il les tient un peu
esloignées avant que s'y engager.
L'Archiduc est encor à Maubeuge, et son armée
aux environs de là. Les 1500 chevaux des ennemis, qui estoint venus à Verveins
pour faire des courses soubz le commandement du duc de Vittemberg, s'en sont
retirées. Le mareschal de Seneterre s'avance de ce costé là.
Mareschal d'Aumont arriva à Calais le 28 du
passé et y accommoda le different qui estoit entre le mareschal de Grancey et M.
d'Estrades. Les trouppes s'avancent de ce costé là, où celles de S.A.R., qui
sortirent de Duncherque la semaine passée, sont arrivées soubz le commandment du
comte de Quincey, et y devoint joindre ce mareschal pour empescher que les
ennemis n'entreprennent le siege du fort de Mardich. Cependant le marquis
Sfrondaty se tient avec son corps d'armée dans Bourbourg, dont il fait continuer
les fortiffications.
Les 22 regimentz de l'armée du mareschal
d'Aumont qui vont joindre le comte d'Harcourt, sont arrivés en Bourgogne despuis
10 ou 12 jours et y font les desordres accoustumés. Ilz ont grossy de la moitié
despuis qu'ilz sont entrés dans cette province là, et sont maintenant plus de
4500 fantassins et 2000 chevaux, lesquelz doivent arriver demain à La Charité,
qui est leur rendévous, pour marcher en diligence en Xaintonge en Angoumois, où
ils ont ordre de se rendre le 15 du courant. Le regiment de la reyne de
cavalerie, commandé par le chevalier de Barradas, s'estant logé la semaine
passée à St Martin [d'Ordon?] et à St Jullien, l'ung et l'autre apartenant à
l'archevesque de Sens, qui est fort partisan de M. le Prince, et y ayant fait
des grandz desordres, cest archevesque sortit de la ville avec 400 hommes; et
estant arrivé à St Martin lors que le regiment en estoit presque tout deslogé,
il fit 15 ou 16 prisonniers de ceux qui estoint encor restés.
Le 29, au matin, la nouvelle estant venue que
le roy d'Angleterre estoit arrivé incognito en Normandie, le duc
d'Iorch, son frere, partit aussytost pour luy aller au devant, et M. le duc
d'Orleans luy envoya un carrosse. Il coucha ce jour là à Escouy [Escouis], et
parce qu'il avoit mandé qu'il arriveroit le lendemain à Paris, la reyne
d'Angleterre et M. le duc d'Orleans luy allerent au devant le 30; mais estant
arrivés à Asnieres, une lieue d'icy, ilz aprirent qu'il estoit encor, à 10
heures du matin, à Magny, et qu'ainsy il ne pouvoit arriver que fort tard à
Paris, ayant encor 14 lieues à faire; ce qui les obligea à revenir sur leur pas,
et ce roy n'arriva qu'à 10 heures du soir.
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[On] raconte la fortune qu'il avoit couru en cette façon: il dit qu'il n'avoit
gueres plus de 12 mille hommes à Worcester, et que Cromvel en avoit plus de 40
mille; que son infanterie se deffendit d'abord asses bien, mais que la cavalerie
escossoise ayant lasché le pied, il falut qu'il ceddat à la force et au grand
nombre de ses ennemis; en sorte que ne luy restant plus que 2 mille chevaux, il
dit aux chefs qu'il n'estoit pas d'advis d'aller avec eux, et qu'il alloit
prendre une autre route avec la moindre compagnie qu'il pourroit; que sur cela,
il partit de son camp avec le duc de Boucquingant, Milord Wilmot, son premier
gentilhomme de la chambre, et 5 ou 6 personnes seulement, qui s'en allerent à
travers des champs dans la maison d'ung seigneur catholique, en sorte qu'il n'y
eut que Milord Wilmot qui demeura avec le Roy; lequel ayant pris l'habit d'ung
soldat et s'estant luy mesme couppé les cheveux, prit un guide qui l'avoit
autrefois conduit à Worcester, qui sçavoit fort bien les lieux d'alentour et qui
luy estoit fort affectionné. Il luy donna 69 ou 80 jacobus qu'il avoit, et se
mit en chemin à pied avec eux, pour aller à Bristol, à l'emboucheure de la
riviere de Saverne [Severn], où Milord Wilmot l'alla joindre par un autre chemin;
mais peu apres qu'il feut party pour y aller, quantité de cavalerie ayant paru
de loing sur le chemin qu'il tenoit, le guide le mena dans une forest voisine et
le fit monter sur un arbre fort touffu, où il monta aussy avec luy. Il y demeura
caché despuis les 6 heures du soir jusques à 11, et pendant qu'il y estoit, 2 ou
3000 chevaux de ses ennemis passerent soubz cest arbre, qui estoit au bord du
chemin. Enfin, estant passés, le guide le conduit, à la faveur de la nuit, à
pied 6 lieues durant, jusques à Bristol, dans la maison d'un autre Catholique,
d'où il alla des un autre, et il demeura quelques jours dans la cache où l'on
cache d'ordinairement les prebstres; et pendant qu'il y estoit, on le vien
chercher dans cette maison fort exactement, sans le pouvoir trouver, quoy qu'il
y eut esté recognu par des domestiques. De là, il feut ches d'autres Catholiques,
jusques dans le ville d'Exester [Exeter], vers le pays de Cornoualle [Cornwall];
de là, ches d'autres Catholiques plus pres de Londres. Enfin, il se trouva ches
un qui feut d'advis qu'il allat dans Londres, estimant qu'il s'y pourroit mieux
cacher qu'en toutz autres endroitz; et pour cest effect il revela ce secret à sa
fille, laquelle il fit partir à cheval, en crouppe derriere le Roy, pour aller à
Londres, soubz pretexte de craindre les desordres des gens de guerre à la
campagne. Lors que le Roy feut proche de Londres, le frere aisné de cette fille,
qui ne sçavoit pas le secret, le recontra; et ne cognoissant point le Roy, qui
estoit assez mal vestu, demanda à sa soeur pourquoy elle se faisoit conduire par
un homme de si mauvaise mine, et qu'elle avoit tort de n'avoir pas choisy un
melieur conducteur, adjoustant mesmes d'autres parolles plus desobligeantes; à
quoy elle respondit qu'elle avoit creu que, dans un temps de guerre, on
prendroit moings garde à elle, estant en la compagnie de cest homme, que d'ung
autre de melieure aparence, et passa comme cela. Le Roy estant entré de cette
façon dans Londres, et demeura
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3 jours cachés ches 3 ou 4 Catholiques, n'ayant trouvé d'azile ny de refuge que
ches ses [ces] sortes de personnes, desquelz il se loue fort. Il y feut mesmes
recognu en 3 differentz endroitz, et neamoings il ne feut pas descouvert. Il
mangea et print du petar avec quelques soldatz de Cromvel, qui le prenoint pour
un de leur camarade; mais enfin le bruit ayant commencé à de rependre par la
ville qu'il y estoit, il en sortit et s'en alla dans un port, où il feut recognu
par un matelot, qu'il pria de luy passer la mer; mais ce matelot refusa de
l'embarquer, disant qu'il y alloit de sa teste, et promettant neamoings de ne le
descouvrir jamais. Ensuitte un autre matelot entreprint de le passer apres
l'avoir aussy recognu, mais il souhaitta qu'il ne sceut point le lieu où il
debarqueroit; et de fait, Sa M. ne l'a pas voulu dire, ny celuy où il s'embarqua,
ny mesmes nommer aucung de ceux qui l'ont refugiée, afin de ne mettre personne
en peyne. Neamoings les Catholiques qui sont icy aprehendent fort que ce qu'il
en a dit leur fasse tort en Angleterre, et que le general ne souffre pour les
particuliers qui l'on[t] retiré; ce qui l'a obligé de prier ceux à qu'il avoit [à
qui il l'avoit] dit, de ne le publier pas, et mesmes de faire publier qu'il
n'est vray qu'il aye esté ches les Catholiques. Milord Wilmot est arrivé avec le
Roy, et il y a nouvelle que le duc de Boucquingant et deux autres seigneurs de
ses plus affidés sont arrivés en Holande.
M. le duc d'Orleans s'en alla hier à Limours
avec M. de Beaufort, le chevalier de Guyse, et quantité d'autres personnes de
condition, pour faire la St Hubert, qui est le patron des chasseurs.
Hier, au soir, un courrier venu de la Cour
confierma l'arrivée de Leurs M. à Poictiers le 31, et raporta que M. de
Sauvebeuf avoit defait quelques nouvelles levées qui ce [se] faisoit pour M. le
Prince à Brillac au Bas Limosin; que la presence du Roy faisoit grand effect
partout où il passoit. Le sieur de Marcousse, qui estoit venu en Guyenne avec M.
de Marchin, estoit arrivé à la Cour avec une partie de son regiment, qu'il avoit
desbauché du service de M. le Prince. Le sieur Bartet, qui fait le favory à la
Cour despuis qu'il a eu la charge de secretaire du cabinet du Roy, en estoit
party incognito, pour aller trouver le cardinal Mazarin.
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De Paris le 10 novembre 1651
La semaine passée Don Joseph de Pinos,
ambassadeur de Catalougne, partit d'icy pour aller à Lisbonne, sollicitter le
secours que le roy de Portugal promet pour la Catalougne, d'où l'on mande que
les Espagnolz ont investy de tous costé la ville de Barcelonne, despuis le 15 du
passé; qu'il y a bonne provision de vivres dedans, mais que les habitans ayant
voulu faire quelque fortiffication au couvent des Capucins de Ste Natronne
[Santa Madrona], qui est scitué au milieu de Montjuic, à la portée du canon de
la ville, et ayant voulu mettre quelques pieces de canon pour incommoder les
Espagnolz dans la fabrique du fort de Sans [Sants], à laquelle ilz font
travailler, ceux cy avoint attaqué et pris d'assaut ce poste sur la mesme
montagne, d'où ilz sont en estat de battre la ville de Barcelonne, qui en est en
grande terreur; qu'on aprehendoit fort que la mesintelligence qui estoit entre
Don Joseph de Margarit, qui est dans Barcelonne, et le comte d'Isle, qui est
dehors, n'apportat rien de bon pour la deffense de la ville; que les bourgs de
Terrasse [Tarrasa] et de Sabadel, à 4 lieues de Barcelonne, s'estoint declarés
pour le party d'Espagne; que la deputation envoyoit fort souvent des courriers à
la Cour pour solliciter le secours et un nouveau viceroy; que les Cathelans
voyantz les longueurs qu'on leur apportoit à leur en envoyer, maudissoint
universellement l'heure et le jour auquel ilz s'estoint donnés à la France, et
auroint desja fait leur accommodement s'ilz n'aprehendoint les mesmes
traittementz que les Napolitains. Le mareschal de la Motte doit partir dans 2
jours, et seroit desja en chemin s'il eut receu les 500 mille livres qu'on luy
baille, tant pour le payement de ses troupes que pour le pain de munition. On
baille, outre cela, 120 mille livres pour les vaisseaux qui ont esté esquipés à
Thoulon, lesquelz escorteront les barques qu'on envoyera en Catalougne chargées
de bled, pour l'achapte desquelz on donne aussy 50 mille escus qui se prendront
en Languedoch.
Le 4 du courant on eut advis de St Malo que
l'armée navale de la republique d'Angleterre, composée de 50 voiles, estoit
arrivée aux environs des isles de Jersey et la tenoit investie; et despuis, le
roy d'Angleterre a eu advis que 8000 Anglois s'y estoint desbarqués pour aller
assieger la ville capitale, ce qui a obligé les habitans de St Malo à faire
bonne garde, et à faire commandement à tous les Anglois qui y estoint de se
rendre à 6 lieues loing de là, pour eviter les surprises en cas d'intelligence.
La division s'eschauffe fort entre les Estatz
de Bretagne et le Parlement, les premiers n'ayant pas voulu obeir aux arrestz du
Parlement; et M. Ardier, president de la Chambre des comptes, qui est
commissaire du Roy aux Estatz, ayant donné une ordonnance, aussy bien que les
Estatz, portant deffense aux depputtés de desemparer, le Parlement a decretté
adjournement personnel contre ledit sieur Ardier, et a fait crier à trois brefs
jours dans Rennes, ne pouvant luy faire signiffier à Nantes, où le mareschal de
la Mesleraye a fait emprisoner l'huissier qui estoit allé signiffier le
precedent arrest.
Vous aures sceu qu'[av]ant que le Roy partit de
Bourges, le comte de Charlus, pere du marquis de Levy, le comte d'Aisné, et M.
de Gamater receurent ordre de se retirer, le premier en sa maison de Charlus en
Auvergne, le second à Nevers, et le 3 à Issodun; et que ladite ville d'Issodun a
levé à ses despens une compagnie de chevaux legers pour le service du Roy.
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On escrit de Bourges que le chasteau de Mourron n'est point si bien investy que
la garnison n'ayt liberté de sortir et rentrer avec facilitté, estant maistre du
parc, où il y a asses de portes libres.
Le comte de St Gerand partit le 31 du passé de
Molins [Moulins], pour aller assieger le chasteau d'Herisson avec la milice de
la province; mais on dit que le marquis de Persan y a envoyé 80 maistres, qui se
sont jettés dans la ville d'Herisson, outre 30 hommes que le marquis de Levy y
avoit laissé en garnison.
L'on avoit assiegé le chasteau de Dijon dès le
premier du courant, et le marquis d'Uxelles s'estoit avancé pour cest effect
avec le marquis de Roncerolles; mais cette resolution a esté remise jusques à
nouvel ordre de la Cour.
Le 5 on fit partir d'icy l'artillerie et
munitions qui vont joindre les troupes que le sieur de Castelnau Mavissiere mene
au comte d'Harcour, lesquelles arriverent le mesme jour à La Charité, au nombre
de plus de 5 mille hommes, et en partirent le lendemain pour aller joindre en
toutte diligence ce comte, qui est encor à Poictiers, où il les attend au 15 de
ce mois.
Les avis de Bourdeaux, du 2, portent que M. le
prince de Conty, Mme de Longueville, et M. de Nemours y estoint arrivés le 26 du
passé, au soir, et y avoint esté bien receus et complimentés par les juratz; et
que M. le Prince, qui estoit revenu avec eux, les y avoit traitté fort le
lendemain; que les vaisseaux espagnolz de St Sbastien estoint aupres de Royan, à
l'emboucheure de la Garonne en un lieu nommé Hasté, au nombre de 12, le
treiziesme s'estant perdu par le mauvais temps, et 4 bruslotz; que leurs chefs y
avoint esté receus par le marquis de Lusignan, lequel avoit ensuitte fait
conduire à Bourdeaux l'argent que le roy d'Espagne a envoyé à M. le Prince,
qu'on disoit monter à 100 mille livres, outre les lettres de change de 50 mille
escus qu'on luy avoit mis entre les mains, adressés à des marchandz portugais de
Bordeaux; qu'il n'y avoit que 1200 hommes, et qu'il avoit fallu que le marquis y
fit embarquer quelq'ungs des siens; et que le baron de Batteville, qui les
commandoit, estant allé à Bourdeaux, l'on avoit esté prest à faire insulte aux
Espagnolz qui estoint à sa suitte; et que les Bourdelois se lassoint de plus en
plus de M. le Prince, lequel en estoit party le mesme jour, 2, pour aller à
Aubeterre, et s'avance en Xaintonge afin de tenir la guerre hors la Guyenne.
Cepandant M. de Marchin estoit [n'estoit] encor que 800 chevaux vers Moissac et
Lauzerle [Lauzerte] dans la Haute Guyenne, où il levoit les tailles en vertu des
ordonnance du sieur de Guyonnet, conseiller du Parlement et intendant de justice
de l'armée de M. le Prince; que sur cela le Parlement de Thoulouse avoit donné
un nouvel arrest du prise de corps contre Marchin et Guyonnet, avec permission
de leur courir sus; que le premier avoit tiré une contribution de 25 mille
livres de la ville de Moissac, pour la conservation de ses murailles qu'il
vouloit abattre; que les villes de Cahors et de Montauban se tenoit tousjours
dans le service du Roy; que celle icy continue à se fortiffier, et que son
receveur general a receu ordre de la Cour de fournir pour cest effect 20000
livres; que les villes catholiques du voisinage en sont fort jalouses; et que le
Parlement de Thoulouse a refusé des armes à Montauban, où M. de St Luc y est
encor et y leve un regiment de cavalerie pour le Roy. M. d'Arpajou ne s'est pas
encor declaré. Le comte
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Maran [Marans] et 4 ou 5 autres postes des environs de Brouage et du pays
d'Aunix, fit passer 1200 fantassins à Tonné Charante, lesquelz joignerent les
trouppes du duc de la Rochefoucaut et du comte de Matta, qui estoint vers
Barbezieu, Chasteauneuf, et autres lieux voisins, et celles du prince de Tarante,
qui s'est aussy declaré pour M. le Prince et leve des tailles en son duché de
Taillebourg. Touttes ses [ces] trouppes jointes ensemble, et faisant le nombre
de 4 à 5 mille hommes, assiegerent la ville de Xaintes, dans laquelle M. le
Prince ayant un grand party, se rendit 3 jours apres à composition, qui feut
qu'ilz contribueroint 12 mille livres, comme elle fit, qu'elle recevroit
presentement garnison de M. le Prince, qu'elle donneroit passage à ses trouppes
touttes et quantes fois qu'il voudroit, et qu'il feroit eslever quelques
fortiffications; et parce que les mesmes troupes avoint resolu d'aller
surprendre Niort, M. d'Estissac, oncle de M. de la Rochefoucaut, s'en est saisy
par ordre du Roy avec 3 ou 400 gentilhommes du Poictou; et pour mieux conserver
ce poste et tenir les chemins libres, l'on y a envoyé de la Cour M. de Plessis
Belliere, avec les gendarmes et chevaux legers du roy et 8 compagnies du
regiment des gardes.
La Cour sera encor quelque temps à Poictiers,
n'ayant pas encor bien resolu quelle route elle doit prendre. Plusieurs croyent
qu'elle ira en Bretagne, pour y accommoder les differentez qui sont entre les
Estatz de la province et le Parlement, et pour faire augmenter le don gratuit du
Roy; et d'autres estiment qu'elle ira à Rochelle, dont le lieutenant general,
qui est ennemy du comte d'Augnion, estant venu asseurer Leurs M. qu'elles y
seroint bien receus, M. d'Estissac a envoyé un gentilhomme dans l'isle de Ré de
la part du Roy, qui l'a fait declarer pour Sa M.; et ensuitte ceux de La
Rochelle ont envoyé dire au comte d'Augnion qu'ilz estoint d'advis d'envoyer des
depputtés à la Cour; à quoy il a consenty, voyant qu'il ne le pouvoit empescher,
et l'on croit qu'il sera contraint par là de s'accommoder avec la Cour.
M. de Vineuil, envoyé par M. le Prince à M. le
duc d'Orleans pour luy apporter la response de la proposition de paix, arriva
enfin icy le 8 au soir, ayant esté retardé 3 jours en chemin, sur ce qu'en
passant à Poictiers il demanda un passeport à M. de Brienne, qui en parla 2 fois
au Conseil, san[s] qu'on resolut si on luy devoit donner ou refuser; ce qui
l'obligea de partir de nuict sans attendre le passeport; dont le Conseil estant
averty, envoya ordre au gouverneur de Loches d'arrester Vineuil, mort ou vif,
lors qu'il passeroit; ce que ce gouverneur ayant executté, envoya les lettres
dont il estoit chargé à la Cour, où elles feurent touttes ouvertes, à la reserve
de celle que M. le Prince escrivoit à S.A.R.; et aussytost apres, la Cour le
renvoya avec ordre à ce gouverneur de le laisser passer. Cette lettre que M. le
Prince escrit n'est q'une justiffication de son proceddé, avec des invectives
contre le nouveau Conseil et protestations de souhaitter la paix, dont il
supplie S.A.R. de vouloir estre caution envers tout le monde, et de donner
creance à M. de Vineuil sur ce q'il luy dira de la sinceritté de ses intentions,
sans particulariser d'avantage ny sur le temps
/509v/
ny sur le lieu du traitté. Cette lettre, laquelle est fort longue, a esté
envoyée aujourd'huy à la Cour par S.A.R., qui y a envoyé expres M. de Souvery.
Le duc
Le duc de Richelieu ayant receu de l'argent
pour lever un regiment de cavalerie et une d'infanterie pour M. le Prince, a
fait ses levées; mais lors qu'il a esté question de marcher, la pluspart de ses
gens l'ont abandonné, n'ayant pas receu d'argent, en sorte que les regimentz ne
se sont trouvés ensemble que de 40 ou 50 hommes.
Les lettres de la frontiere de Champagne
portent qu'il est bien vray que le comte de Tavanes et Don Estevan de Gamarra
sont avec 2 à 3000 Lorrains aux environs d'Huy en Liege, et qu'ilz avoint
desseing de surprendre le cardinal Mazarin lors qu'il voudroit aller à Dinan [Dinant];
et que dans cette aprehension, ce cardinal se tient encor dans le chasteau d'Huy;
mais l'Archiduc luy a envoyé un passeport tel qu'il le souhaittoit, pour aller
où bon luy semblera; qu'il en avoit auparavant ung de France pour s'en venir; et
le mareschal de Seneterre s'estoit avancé avec ses troupes à Rocroy, qui n'est
qu'à 6 lieues de Dinan, pour le recevoir; mais le voyage que le sieur Bartet a
fait en ce pays là, l'empeschera d'aprocher d'avantage.
Le mareschal d'Aumont est tousjours avec son
armée entre Kalain [Kalkaen?] et ---- [sic]. Les ennemis continuent à
fortiffier Bourbourg et font tenir 13 vaisseaux à la rade de Duncherque,
laquelle les Holandois continuent à demander en engagement.
Les Anglois ont pris l'isle de Jersay à la
reserve du chasteau, qui se deffend encor.
Les depputtés des Estatz Generaux commencent à
marcher à Tours, où la pluspart de ceux qui estoint icy sont allés.
/510/
De Paris du 17 novembre 1651
Tous les depputtés des Estatz Generaux qui
estoint dans Paris, en sont partis pour se rendre à Tours, apres que M. le duc
d'Orleans leur a tesmoigné souhaitter qu'ilz y allassent, et a mandé à tous ceux
de son gouvernement de Languedoch de s'y rendre aussy, devant le 20 de ce mois;
mais on asseure que la premiere chose qu'ilz y proposeront sera de faire
remonstrances au Roy pour faire tenir l'assemblée generalle dans Paris.
Le bruit a fort couru despuis 15 jours que M.
le duc d'Orleans estoit fort sollicitté de faire un tier party avec MM. de
Beaufort, de Longueville, et Bouillon, et de Turenne et autres, pour faire faire
la paix de force ou de gré, du moings avec M. le Prince. Il est vray qu'on en a
parlé à S.A.R., mais elle n'a encor rien desliberé là dessus; et si elle doit
prendre quelque resolution, ce ne sera qu'apres le retour de M. de Sommery,
qu'elle envoya à la Cour le x du courant, pour y porter la lettre qu'elle avoit
receu de M. le Prince et pour sçavoir la derniere resolution de la Cour touchant
l'accommodement des affaires.
Le 12 du courant on fit courir dans Paris des
billetz imprimés, par lesquelz tous les corps des mestiers estoint priés de se
trouver le 13 du courant, au matin, au Palais, pour y presenter unanimement
requeste au Parlement et demander diminution de la moitié des impositions qui ce
[se] levent dans Paris, tant sur les entrées de vin et du pied fourche qu'autres;
attendu que le Roy, estant absent de Paris, les artisans ne peuvent gaigner de
quoy subsister, et ne laisse pas neamoings de payer autant d'impositions que si
Sa M. y estoit; mais ces billetz ne firent point d'effect. Peu d'artisans s'y
trouverent, et il en eu fort peu qui crierent, "Diminution d'impost!"
L'ouverture du Parlement s'y fit, et il n'y eut que les harangues et ceremonies
accoustumées.
Le comte de St Geran n'a pas encor assiegé le
chasteau d'Herisson, et estoit encor le 8 du courant à Cherilly [Cérilly] avec
la noblesse de Bourbonnois, où il attendoit du canon pour cette entreprise; mais
il s'est cependant saisy de la ville d'Herisson, et y a mis en garnison sa
compagnie de gendarmes, avec une autre regiment de cavalerie de St Germain
d'Achon et quelque autre du pays. Cette ville estoit gardée par 60 maistres
commandés par le comte d'Aisné, lequel en sortit de nuict, suivant l'ordre qu'il
avoit receu du marquis de Persan; et son bagage ayant esté poursuivy, il y en
eut quelq'ungs de noyés. Le conte d'Aisné ayant rencontré, en se retirant, MM.
de la Fayette, freres, qui s'en alloint trouver la Cour à Poictiers, les fit
prisonniers; mais il ne peut retenir que l'aisné, qui a esté lieutenant aux
gardes, lequel il mena à Mourron; et le Chevalier trouva moyen de se sauver la
nuict.
Le comte de Palluau fait un magasin à bon
marché dans St Amand. Il a permis à ses soldatz d'enlever tout ce qu'ilz on[t]
peu aux environs, et leur a achepté le vin à raison de demy pistolle le muid.
Les 2 chasteaux de l'isle de Jerzay se
deffendent encor contre les Anglois; mais ne pouvant estre secourus, on dit que
le roy d'Angleterre a mandé à ceux qui y commandoint de faire leur composition
lors qu'ilz se verront pressés.
On asseure que le Conseil, pour ne donner pas
subject aux Anglois de prester secours à M. le Prince, a resolu de recognoistre
leur republique lors qu'elle envoyera icy des ambassadeurs pour en faire la
demande, et qu'on a declaré au roy d'Angleterre qu'en ce cas on ne pourrois pas
les empescher.
/510v/
Les advis de Brest et de Nantes portent que le sieur de Mesnillet, qui commande
un vaisseau du Roy nommé La Vierge, et un autre cappitaine qui commande
Le Triton, s'estant postés à la hauteur de Belle Isle pour escorter la
flotte de vin qui vient de Guyenne en Bretagne, et pour tacher de rencontrer et
combattre le cappitaine Montrit, qui est dans le party de M. le Prince, ont prit
plusieurs petitz vaisseaux chargés de bled qui alloint en Espagne, et deux
pataches du comte d'Augnion qui estoint à l'emboucheure de la riviere de
Charante, où elles faisoint payer les droitz; et qu'on travailloit à Brest à
faire achever l'esquipage d'un autre grand vaisseau de guerre nommé Le
Cezard, qui doit aller joindre les 2 autres vers Belle Isle.
Les depputtés du Parlement de Bretagne firent,
la semaine passée, des remonstrances au Roy pour obtenir que les Estatz de la
province feussent transferés hors Nantes; et on remarqua que le president Frelon,
qui portoit la parolle, ayant declamé contre le mareschal de la Mesleraye, la
Reyne se prit à rire; ce qui troubla si fort ce president qu'il demeura court et
eut peyne à retrouver la suitte de son discours. Ilz n'eurent aucune
satisfaction là dessus, le Conseil ayant cassé tous leurs arrestz donnés sur ce
subject, confiermé et approuvé ce que les Estatz ont fait à Nantes, avec ordre
de continuer à y travailler, et accordé des evocations au Grand Conseil à tous
les deputtés qui y sont pour tous les proces qu'ilz peuvent avoir dans ce
parlement là. On croit que les Estatz y pourront durer jusques à Noel, et qu'ilz
accorderont 15 ou 1600 mille livres au Roy, et imposeront de plus un million
pour les debtes publiques et pour les despenses de la province.
Le marquis de Gerzay estant party d'Anjou avec
160 maistres en fort bon esquipage, pour aller joindre les troupes de M. le
Prince, arriva la nuict du 3 au 4 à un quart de lieue de la ville de Fontenay en
Poictou, laquelle en ayant d'abord prit l'alarme, le maire y envoya des coureurs
pour decouvrir ce que c'estoit; et les ayant recognus, les habitans s'armerent
au nombre de 60 cavaliers et quelque infanterie, et commencerent à les
poursuivre. Ce marquis les voyant à ses trousses, fit alte sur une eminence qui
est à l'entrée du bourg de Belize; et ses ennemis en firent de mesmes dans le
fond qui est proche de ce bourg, où ilz se fortiffierent en nombre, et les y
attaqua et fit le premier coup de pistollet, en sorte que cette descharge mit
par terre 6 cavaliers de Fontenay et blessa davantage; mais l'infanterie en tua
20 de ceux de ce marquis, en blessa plusieurs autres, et mit le reste en fuitte
ou en confusion; et en ayant eu beaucoup de blessés et demontés, ou fait
prisonniers, leurs despouilles ayant enrichis ceux qui les defirent, lesquelz se
trouverent chargés de beaucoup d'argent et montés sur des chevaux de pris. Parmy
les prisonniers il y a un nepveu de ce marquis et un nommé de Beauveau, nepveu
de l'evesque de Nantes.
Les advis de Bourdeaux portent que les
Espagnolz qui sont entrés à l'emboucheure de la riviere ne soint que 900. Ilz
ont premierement declarés à M. le Prince qu'ilz ne pouvoint mettre pied à terre
s'il ne leur donnoit quelque place maritime où ils se puissent retirer. S.A.
/511/
en a demandé, pour cest effect, au comte d'Augnion, qui n'en a pas voulu ouyr
parler, et enfin il leur a baillé Talmond, qui est un bon poste sur la mesme
riviere, environné de la mer d'ung costé et l'autre d'ung marais, en sorte qu'on
n'y peut aborder que par une langue de terre qui est aysée à couper; et que M.
le Prince estoit sur le point de partir de Bourdeaux pour venir à ses troupes de
Xaintonge; qu'il y avoit fait grand acceuil à tous les officiers de cette armée
navale d'Espagne; que les Bourdelois tesmoignoint grand mescontentement contre
luy; et que c'estoit le suject pour lequel il avoit tant differé son despart de
Bourdeaux, et qu'il faisoit son possible pour les appaiser et pour tirer tout à
fait la guerre hors de la Guyenne, faisant marcher touttes ses troupes en
Xaintonge, à la reserve de celles de Marchin, qui estoit encor dans la Haute
Guyenne.
L'on a escrit de la Cour, du 12, que le comte
d'Harcourt estoit party de Nyort [Niort] avec une partie du regiment des gardes
françoises et suisses, les chevaux legers de la reyne, et 600 gentilhommes menés
de Poictou par le duc de Rouanes et M. d'Estissac, pour aller essayer de se
rendre maistre de La Rochelle, où le comte d'Augnion s'est jetté et y a fait
travailler à une esplanade et à quelque dehors qui envelopent une des tours; que
Cognac estoit assiegé par le prince de Tarantes et par le duc de la Rochefoucaud,
mais qu'on croyoit qu'ilz pourroint quitter cette entreprise pour aller sauver
La Rochelle. Despuis, le comte de l'Hospital, qui arriva icy hier au matin, a
apporté nouvelle que le comte d'Harcour estoit entré dans La Rochelle et
s'estoit rendu maistre de la tour, mais non pas encor des deux, lesquelles il a
asseigé; ce qui a esté confiermé par un courrier du duc de St Simon, qui arriva
icy en cette ville pour donner advis que les Espagnolz sont dans la riviere de
Bourdeaux. On n'avoit pas encor resolu à la Cour si le Roy iroit en Bretagne ou
à La Rochelle, et l'on croyoit qu'il n'iroit qu'à Tours pour estre à l'ouverture
des Estatz Generaux. On y attendoit les trouppes du sieur Castelnau Mauvissiere
le 15, et le rendévous general de l'armée estoit assigné à Niort, au 20.
On escrit de Champagne et Bourgogne que le
comte de Tavanes s'en vient avec ses trouppes, qui font encor le nombre de 900
hommes, à Bellegarde, et qu'il a obtenu pour cest effect le passage par la
Franche Comté.
Le cardinal Mazarin, apres avoir receu son
passeport du comte de Fuelsendagne, partit d'Huy à l'improviste le 4 du courant,
à midy, pour aller dans le chasteau de Dinan [Dinant], où il est encor. Il y
alla par terre, et son bagage feut embarqué sur la Meuse. Il y feut escorté par
deux compagnies de cavalerie que le prince de Chymay, gouverneur de Namur, luy
avoit envoyé. Les Espagnolz luy ont offert pour retraitte telle ville de
Flandres qu'il voudroit, excepté Cambray et Anvers, mais il n'a pas jugé à
propos d'accepter ces offres; cepandant, les Liegeois tesmoignent estre fort las
de luy, et il ne se trouve point en seurté dans leurs villes, et se retire
tousjours dans les chasteaux. On croyoit, en ce pays là, qu'il viendroit à Sedan
pour y attendre des nouveaux ordres pour retourner à la Cour. Le sieur Bartet
est de retour d'aupres de luy puis la semaine passée, et l'on dit qu'estant
arrivé à Poictiers, la Reyne luy fit quelques reproches et le maltraitta de
parolles, on ne sçait pourquoy.
/511v/
Le mareschal de la Motte ayant receu 250 mille livres en argent comptant et le
reste en assignations, partit enfin d'icy avant hier pour la Catalougne, où les
trouppes de Piedmont s'acheminoint aussytost que le gouverneur de Milan auroit
donné les quartiers d'hyver à ses trouppes; cependant le marquis de la Vieuville
a promis à ce mareschal les 120 mille livres destinés pour les vaisseaux qui ont
esté esquippés à Toulon et les 50 mille escus qu'on baille pour l'achapt des
bledz qu'on y doit envoyer; moyenant quoy ce mareschal se face fort de faire
lever le siege de Barcelonne devant que le secours de Portugal y soit arrivé.
Il ne ce [se] fait plus rien en Flandre.
L'Archiduc est à Tournay, et le marquis Sfrondatti entre Bourbourg et Bergues St
Vinox. Le mareschal d'Aumont est encor à Calais, et ses trouppes aux environs.
L'on a fait courir, despuis 4 jours, des
billetz de railleries contre M. de Bourdeaux, intendant des finances, et contre
le chevalier de la Vieuville, qu'on accuse de prendre leur part de touttes les
affaires importantes qui dependent de la surintendance. Ces billietz contiennent
un advis à tous les partisans et autres qui ont des affaires au Conseil, de
s'adresser à ces 2 messieurs, lesquelz ce [se] faciliteront l'evenement à juste
pris, suivant le tarif qui sera affiché au premier jour, lequel contiendra le
catalogue de ceux qui ont desja fait des affaires par leur moyen.
M. le duc d'Orleans s'en alla avant hier à
Limours, d'où il reviendra demain.
Hier, au matin, le Parlement s'assembla sur une
lettre de cachet du Roy que le Premier President avoit receue, portant ordre de
veriffier une declaration contre M. le Prince, qui est declaré criminel de leze
majesté pour avoir traitté avec les ennemis de l'Estat, pris les armes contre le
Roy, etc. L'assemblée resolut, là dessus, de ne desliberer point sur cette
affaire sans la communiquer au prealable à S.A.R., et la prier de venir assister
à cette declaration lundy prochain, auquel jour l'assemblée feut remise; et à
cette fin on deputta vers S.A.R. MM. Doujat et Menardeau, qui la sont allés
trouver ce matin à Limours.
/512/
De Paris le 24 novembre 1651
Le Parlement ne s'assembla pas le 15 du
courant, comme il a est[é] dit, pour desliberer sur la lettre de cachet du Roy
qui estoit arrivée, portant jussion de veriffier la declaration contre M. le
Prince. Le Premier President ne jugea pas à propos d'en advertir les Enquestes
et, supposant que l'assemblée ne voudroit rien resoudre sur cette affaire, sans
la communiquer au prealable à S.A.R. et la prier de venir assister à cette
desliberation, on fit resoudre dans la Grande Chambre qu'on deputteroit à cette
fin MM. Doujat et Menardeau ver S.A.R.. Ces deux depputtés ordinaires l'estant
allé trouver à Limours le 17, comme vous aves sceu, luy dirent que le Parlement
les avoit envoyé vers elle, afin de la prier de venir prendre place à
l'assemblée sur ce subject. S.A.R. creut d'abord que le Parlement s'estoit
assemblé et qu'ilz venoint de la part de tout le corps, car s'ilz eussent sceu
qu'ilz feussent venus de la part de la Grande Chambre seulement, elle ne leur
auroit rien respondu, comme elle le tesmoigne despuis; mais dans cette surprise,
elle leur fit la response: qui feut qu'avant que desliberer là dessus, il
falloit attendre le retour du gentilhomme qu'elle avoit envoyé à la Cour, pour y
porter la derniere lettre qu'elle avoit receue de M. le Prince, et qu'elle
croyoit qu'il arriveroit dans le 19, et qu'elle leur feroit aussytost sçavoir de
ses nouvelles.
Le 18 S.A.R. revient de Limours, et peu apres
donna audiance aux depputtés de Noyon qui estoint arrivés icy pour luy faire
instance de leur obtenir un prompt secours capable de chasser les ennemis, qui
s'estant avancés avec les troupes du comte de Tavanes au nombre de 4 mille
hommes, conduitz par le duc de Vertemberg et le prince de Ligne, ont bruslé le
faubourg de cette ville là, et 3 ou 4 villages d'alentour, leur avant garde
s'estant ensuitte postée avec 2 pieces de campagne au bourg de Magny, qui
apartient au duc de Chaunes, pres de Chauny, où ilz bruslent partout où ilz
passent; à quoy S.A.R. leur fit response qu'elle en escriroit à la Cour et
feroit ce qu'elle pourroit pour leur soulagement.
Le mesme jour, au soir, un Napolitain qui se
fait appeller le comte de Pagani, s'en alla dans l'hostel de Condé trouver M. de
Vineuil, auquel il se fit presenter par l'abbé de ____ [sic], parce
qu'il ne le cognoissoit pas. L'ayant tiré à part, il le pria de proposer à M. le
Prince que s'il desiroit d'estre bientost roy, il luy en donneroit les moyens
fort fatales, et qu'il se faisoit fort de faire mourir le Roy, M. le duc d'Anjou,
M. le duc d'Orleans, et M. de Valois, sans employer pour cest effect ny fer ny
feu ny poison. M. de Vineuil se trouva d'abord bien embarrassé dans une
proposition si estrange, et s'estant defait de la compagnie de cest homme le
plus doucement qu'il peut, il feut aussytost trouver S.A.R. et luy raconta cette
avanture. S.A.R. envoya incontinent dire au mareschal de l'Hospital qu'il fit
arrester ce Napolitain. Ce mareschal y alla avec M. Saintot, un exempt du
prevost de l'Isle, et quelques autres, qui le prirent et le menerent dans la
Bastille, où il est encor.
Le mesme jour, M. le duc d'Orleans ayant soupé
ches Mademoiselle, il y eut comedie et bal. Le 20, à 8 heures du soir, Leurs M.
britanniques feurent derechef chez Mademoiselle par la Grande Gallerie du Louvre,
et luy dirent qu'elles venoint souper avec elle, dont Mademoiselle feut fort
surprise, n'ayant songé à rien moing qu'à cela. L'on remarqua qu'elle vouloit
/512v/
presenter au roy d'Angleterre la serviette mouillée pour laver les mains,
laquelle il ne voulut pas recevoir d'elle; et mesmes apres, il contesta fort à
faire prendre à Mademoiselle la preseance devant luy, ce qu'elle ne fit pas;
mais la reyne d'Angleterre ayant pris la premiere place, le Roy la seconde,
Mademoiselle se mit immediatement apres luy, et le duc d'Iorch ensuitte, apres
lequel estoit Mme d'Espernon. Apres le souper, ce roy et le duc d'Iorch
deviserent fort et jouerent à colin maillard et à plusieurs autres jeux, ce qui
a fait croire que ce roy souhaitteroit fort de se pouvoir marier avec
Mademoiselle; mais dans l'estat où sont ses affaires, on ne peut pas croire que
sa recherche puissent reeussir. Il demande quelque secours pour faire lever le
siege du chasteau de l'isle de Gersay [Jersey], mais on ne croit pas qu'il en
obtienne dans la conjoncture presente.
Le 20 le marquis de St Megrin espousa Mlle de
Savigny à 4 heures du matin. L'argent de son mariage a esté employé à l'achapt
de la charge de cappitaine lieutenant des chevaux legers du roy, dans laquelle
il se va faire recevoir. Le festin des nopces en feut fait le mesme jour, icy,
ches M. de la Frette.
Le 19, au soir, un courrier estant arrivé,
porta nouvelle à S.A.R. que le Conseil luy envoyeroit M. le duc d'Amville pour
luy dire l'intention du Roy touchant l'accommodement de M. le Prince, et que M.
de Sommery revenoit avec ce duc. L'on remarqua que S.A.R., aussytost apres,
resoulut d'ent[r]er le lendemain à l'assemblée du Parlement pour y faire
retarder la verification de la declaration contre M. le Prince, jusques à ce que
le duc d'Amville soit arrivé.
Le 20 le Parlement s'estant assemblé, S.A.R. y
estant arrivé, le Premier President representa à la Compagnie l'importance qu'il
y avoit de ne plus differer de veriffier la declaration contre M. le Prince,
disant que cela tenoit les espritz embarrassés et que les peuples n'osent pas se
declarer contre luy, et qu'il sembloit qu'on n'improuvat pas son proceddé,
puisque l'on ne le declaroit pas criminel de leze majesté apres avoir pris les
armes ouvertement contre le Roy, traitté les Espagnolz, etc; sur quoy S.A.R.
ayant dit qu'elle attendoit, dans le jour, M. le duc d'Amville et le sieur de
Sommery, et qu'il l'avoit ainsy dit aux deputtés que l'estoint allé trouver à
Limours, quelques conseillers aux Enquestes prirent occasion de dire au Premier
President que cette depputation n'avoit peu estre faitte sans en parler aux
Enquetes et prendre leur advis là dessus; et apres plusieurs contestations qu'il
y eut là dessus, tant entre S.A.R. et le Premier President qu'entre celuy cy et
MM. des Enquestes, le pluspart des opinions allant à remettre l'assemblée à hier,
elle y feut remise. S.A.R. y prit occasion de dire que le cardinal Mazarin
estoit sur la frontiere avec des passeportz d'Espagne et de la Cour mesme, pour
revenir en France, et qu'elle avoit mesmes sceu que quelques gouverneurs des
villes frontieres d'alentour luy avoint envoyé offrir service et retraitte. A la
sortie, il y eut quelques cris de "Diminution d'impost!"
Le mesme jour le jeune marquis de la Vieuville
et un autre courrier extraordinaire arriverent de Poictiers et ont apporté des
lettres du 17 du courant, qui portent que la nouvelle y venoit d'arriver que le
siege de Cougnac [Cognac] estoit levé; que M. le Prince y estoit arrivé un jour
auparavant et avoit eu le desplaisir de veoir que le comte d'Harcourt luy eut
defait le quartier qu'il avoit retranché
/513/
au bout du pont de deça la riviere, où il avoit 600 hommes; dont 120 feurent
tués et 400 faitz prisonniers, n'ayant peu estre secourus par ceux qui estoit
delà l'eau, à cause que la Charante estoit desbordée, avoit emmené et rompu le
pont de batteaux que M. le Prince y avoit fait faire. M. le comte d'Harcour
n'avoit que 700 hommes lors qu'il fit cette expedition, et ayant secouru la
place, s'en retourna vers St Jehan d'Angeley. Les trouppes du sieur Castelnau
Mauvissiere estoint arrivées aux environs de Poictiers, et marchoint à grande
journée pour joindre le comte d'Harcour et pousser celles de M. le Prince, qui
fait marcher les siennes vers Xaintes.
Le baron d'Estissac est encor à La Rochelle,
maistre d'une des tours, et travaille à prendre l'autre.
Le Conseil ayant donné au comte de Pionsac les
prouvisions de lieutenant du roy en Bourbonnois, en la place du marquis de Levy,
qui est dans le party de M. le Prince, toutte cette province a tesmoigné peu de
satisfaction de ce choix. Le comte de Charlus a envoyé procuration à Moulins
pour s'opposer à l'enregistrement des provisions du premier, pretendant qu'elles
sont contre touttes les formes, puisque le marquis de Levy n'est pas encor
declaré criminel de leze majesté. Le comte de Paluau a fait attaquer les moulins
de Mourron, qui a esté tres bien deffendu, et il n'y a pas encor nouvelles
qu'ilz soint pris. Le comte de St Geran est encor dans la ville d'Herisson, où
est une partie de sa milice, le reste s'estant retiré. Il n'a point attaqué le
chasteau, n'ayant peu avoir du canon de M. de Palluau, qui luy a mandé qu'il luy
en donneroit bien une piece, mais qu'il n'avoit point de bouletz; cepandant la
garnison de ce chasteau escarmouche tous les jours contre la milice de la ville;
et le gouverneur a respondu au comte de Charlus, qu'il [qui] luy avoit mandé de
se rendre, qu'il vouloit attendre l'ordre de M. le Prince.
Les lettres de Dijon du 20 portent que le
chasteau y estoit assiegé, qu'on le battoit avec 2 pieces de canon, et qu'il se
deffendoit; mais qu'on ne pouvoit comprendre par quel motif le Conseil avoit
accordé à M. le Prince un ordre de recevoir une somme de 55 mille livres du
receveur general de Bresse, laquelle veritablement luy avoit esté accordée
devant sa prison mais n'estoit eschevé qu'à present. Un de ses gentilhommes
estant venu icy pour cela, faire sceller cest ordre, M. le Garde des Sceaux ne
l'a pas voulu faire, parce qu'on croyoit qu'il n'a esté accordé à M. le Prince
que pour eviter qu'il n'usat de reprisaille sur les biens que le duc d'Espernon
possedde en Guyenne.
Le 21 M. le duc d'Orleans feut à la chasse avec
le roy d'Angleterre à Versailles, et le soir M. Tubeuf le traitta fort
magnifiquement.
Le mesme jour le duc d'Amville et M. de Sommery
arriverent icy, ayant esté 4 jours et demy en chemin de Poictiers à Paris. La
response qu'ilz apporterent à M. le duc d'Orleans touchant l'accommodement avec
M. le Prince feut que S.A.R. y pouvoit travailler de telle façon qu'elle jugeoit
à propos, et luy apportirent à cette fin une autre plain pouvoir; mais parce que
le Conseil avoit à faire quelques propositions particulieres à S.A.R., il envoya
le duc d'Amville pour les luy faire, et pour negotier là dessus avec elle;
neamoing on a bien recognu,
/513v/
par ce qui s'est passé despuis, qu'il l'est [s'est] fort relasché des interestz
de M. le Prince.
Les advis de Bourdeaux n'adjoustent rien de
considerable à ce qu'on a eu de la Cour, sinon que les Espagnolz estoint à
Talmont, et Marchin en la Haute Guyenne, où 400 hommes de Catalougne les venant
joindre ont esté defaitz par les communes, en passant par le comté de Foix; et
il avoit envoyé 300 hommes pour piller aux environs de Cahors, mais le president
d'Aussole ayant assemblé pareil nombre de fusseliers, luy en a defait une partie
et pris 16 prisonniers. Tout le Rouuergue, avec la pluspart du Quercy, est
asseuré au Roy. Le baron de Biron estant allé saluer M. le Prince devant son
despart de Bourdeaux, S.A. le voulut engager dans son party, dont ce baron
s'estant excusé, elle l'envoya faire tout net.
Il y a une lettre de la Cour qui porte que le
sieur du Canet, Provençal, y estant arrivé, avoit porté nouvelle que M.
d'Aigubonne s'estant presenté avec des trouppes aux portes d'Aix pour y entrer,
afin d'appaiser les divisions qui y sont tousjours, en avoit esté repoussé par
ceux qui estoint en garde, lesquelz luy avoint tué quelq'ungs des siens et
l'avoint contraint de se retirer.
On escrit de Nantes que l'evesque de Rennes y
arriva le 14, avec l'arrest du Conseil d'en haut qui maintient les Estatz contre
le Parlement; que ceux là accordoint presentement au Roy 100 mille livres en
consideration de sa majorité, sans diminuer pour cela le don gratuit, et qu'ilz
devoint envoyer cette somme le lendemain.
On donne advis de Madrid, du 21 octobre, que M.
Laisné y estoit arrivé de la part de M. le Prince, pour faire quelque traitté
particulier.
On escrit de Bruxelles que le baron de
Fustemberg, Alemand, ayant descouvert une espece de mine d'argent dans le comté
de Namur, l'a declaré au Conseil d'Espagne, qui luy a assigné une pension
honneste pour y faire travailler. Pour cest effect, il a fait porter à Bruxelles,
dans le palais, quantité de terre de cette mine, et se trouve que chasque livre
de terre rend une once d'argent lors qu'elle est puriffiée par le feu; que le
comte de Tavanes y estoit arrivé avec le baron de Climpchamp Landes, chefs
d'armée du duc de Lorraine, et s'estoit abouché avec ce duc de la part de M. le
Prince, pour traitter avec luy; et qu'apres avoir conclu le traitté et conferé
aussy avec le comte de Fuelsendagne, en estoit party le 18, accompagné encore du
baron de Climchamp, pour aller à Luxembourg.
Mme de Guebriant, qui arriva dernierement à
Brissac avec son petit filz, s'en est faitte recevoir gouvernante de cette
place; et l'on dit que, pour y faire consentir M. de Charlevoix, elle luy a
donné 200 mille livres.
Hier, au matin, le Parlement s'estant assemblé,
et M. le duc d'Orleans s'y estant trouvé avec M. de Beaufort, sans M. le
Coadjuteur, qui est comme recusé par la lettre de M. le Prince
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apportée par M. de Vineuil, S.A.R. representa à la Compagnie que M. le duc
d'Amville luy avoit apporté un plain pouvoir pour faire tout ce qu'il jugeroit à
propos pour l'accommodement. Elle avoit subject d'en esperer une bonne issue par
la disposition que M. le Prince y tesmoignoit; et que pour cest effect elle
proposa [à] la Compagnie de surseoir la veriffication pour 15 jours, pendant
lesquelz elle envoyeroit des personnes de condition à la Cour et vers M. le
Prince, pour disposer tout à fait les choses, promettant qu'en cas que M. le
Prince ne s'y portat tout de bon, elle seroit la premiere à opiner à ce que la
declaration feut veriffiée sans aucune modification. Encore l'on gaigneroit
encor 15 jours, puisque cette clause y est inserée: "s'il ne ce [se] remet en
son devoir et ne revient à la Cour dans un mois." Le Premier President ayant
pris la parolle, et faisant allusion sur les grandes eaux qui ont esté cause de
la levée du siege de Cougnac [Cognac], dit qu'il sembloit que le ciel et les
elementz voulussent faire paroistre la justice des armes du Roy et luy faire
rendre l'obeissance qui luy est deube, et qu'il estoit bien estrange que les
hommes fussent en cela moins sensibles que les choses innanimées; et poursuivant
ce discours, il insistat fort à faire veriffier la declaration sans autre delay;
ce qui fit naistre beaucoup de contestations, et obligea S.A.R. de dire que ce
seroit aller bien viste contre un prince du sang, et que lors qu'il avoit esté
question de procedder de la sorte contre le cardinal Mazarin, qui estoit le
veritable perturbateur du repos public, les voeux de toute la France ne l'avoint
peu obtenir en 3 mois. Nonobstant cela, le Premier President ayant fait
commencer la desliberation là dessus, et ayant chargé M. Menardeau de lire la
declaration et d'opiner le premier, M. Machaud dit que ce n'estoit pas l'ordre,
et qu'il falloit que ce feut M. le Doyen des conseillers qui commenceat,
puisqu'il n'y avoit point de raporteur en ceste affaire; sur quoy le Premier
President luy ayant dit qu'il manquant de respect à la Compagnie, il y eut
quelques reproches particulieres entre eux; apres quoy M. de Courselles ayant
dit que la proposition de S.A.R. estoit si juste qu'on devoit opiner de bon, et
sans disputter à qui commenceroit, le Premier President eut encor des parolles
avec luy, auquel il fit une repartie bien plus rude qu'il n'avoit fait à M. de
Machaud. Sur cela, l'heure sonna, chacung se leva, l'assemblée feut remise à
aujourd'huy.
L'apresdisnée S.A.R. envoya M. de Verderonne à
la Cour, et l'on asseure que c'est pour demander que M. de Chavigny soit employé
avec elle, pour travailler à l'accommodement de M. le Prince, auquel les autres
personnes nommées dans le premier plain pouvoir sont suspectes.
Ce matin, l'assemblée du Parlement ayant
continué, l'on a opiné si l'on deslibereroit separement sur la proposition que
M. le duc d'Orleans fit hier, ou conjonctement avec la veriffication de la
declaration contre M. le Prince. S.A.R. dit d'abord qu'il falloit desliberer sur
sa proposition separement; et il y a encor eu des grandes
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contestations là dessus, pendant lesquelles on a fait 2 principales remarques:
la premiere, que S.A.R. a pris occasion de dire qu'il estoit constant qu'on
avoit proposé à M. le Prince que si [s'il] se vouloit accommoder avec le
cardinal Mazarin, et se desunir entierement avec elle, on le feroit maistre
absolu de tout, et qu'on luy donneroit le choix de telles personnes qu'il
voudroit pour remplir le Conseil; et la seconde, que M. de Machaud, pour rendre
au Premier President l'eschange de ce qui ce [se] passa entre eux, a dit qu'on
ne devoit point touscher à la declaration pour 4 raisons: la premiere, parce
q'ung premier prince du sang en devoit estre exempt par sa naissance et par
l'interest qu'il avoit à la conservation de l'Estat et par le zele qu'il en
avoit tousjours tesmoigné et les grandz services qu'il avoit rendus; la 2, que
M. le Premier President avoit scellé la declaration, et qu'ainsy il ne pouvoit
pas assister à la desliberation; la 3, que la conclusions en avoit esté prise
sans assembler les chambres; et la 4, que S.A.R. ayant tesmoigné avoir receut un
autre plain pouvoir qui luy donnoit la faculté de faire ce qu'elle jugeroit
necessaire pour l'accommodement, c'estoit aller mesmes contre les intentions du
Roy de touscher à la declaration, puisque S.A.R. ne le juge pas à propos. Enfin,
les voix estant collegiés, il s'en est trouvé 58 qui estoint d'advis d'en
desliberer separement, et 96 d'y desliberer conjoinctement, comme on fera mardy
prochain, auquel jour l'assemblée est remise.
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