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The Fronde Newsletters for 1651:

May 1651
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De Paris du 3 may 1651
Il y a une vintaine de partisans qui firent, la
semaine passée, des propositions tres advantageuses au Conseil. Ilz demandent
qu'on leur donne à ferme tous les revenus du Roy generallement, moyenant quoy
ilz offrent d'entretenir 50 mille hommes de pied et 15 mille chevaux, et de
donner dix montres par an à l'infanterie et 8 à la cavalerie, de payer touttes
les pensions accordées legitimement, et de donner encor six millions pour les
affaires secrettes, offrant mesmes d'advancer presentement 4 millions et de
retrancher le tiers des tailles. Cette proposition feut portée à la Reyne par M.
le duc d'Orleans et renvoyée au Conseil, qui ce [se] tient pour cest effect le
30 du passé au palais d'Orleans, où cette affaire feut longtemps debatue mais
non pas achevée. S.A.R. feut d'abord d'advis de les prendre au mot et representa
l'importance qu'il y avoit de le faire. Son advis feut suivy de M. de
Longueville, mais le reste du Conseil feut d'advis contraire, disant que
c'estoit directement contre l'authorité du Roy. Le president de Maisons a
despuis fait tous ses effortz pour empescher que cette affaire ne passat à cause
qu'il ne seroit plus surintendant, ces messieurs en ayant demandé un autre, et
que mesmes cette charge ne seroit plus considerable. M. le Chancellier se
chargea de ses [ces] propositions pour les rapporter au premier Conseil, mais
tous les financiers ont remué tant de pierres pour les eluder qu'enfin ilz en
sont venus à bout, ayant remonstré qu'elles estoint directement contre
l'authorité du Roy et que ceux qui les faisoint ne sont pas solvables.
L'exempt des gardes qui a esté envoyé à
Richelieu ayant sommé le duc de ce nom, de part le Roy, de luy remettre entre
les mains la ville et le chasteau, le duc luy dit que c'estoit un ordre que Mme
d'Aigullion avoit extriqué par surprise de la bonté de la Reyne, et qu'avant d'y
obeir il demandoit du temps pour envoyer un gentilhomme à la Cour, afin de
sçavoir si cest ordre avoit esté donné avec la participation de M. le duc
d'Orleans et de M. le Prince, sans lesquelz il croyoit que Sa M. ne l'avoit peu
donner. Cepandant il se tient tousjours sur la defensive, et le comte d'Augnon
luy a envoyé 40 de ses gardes, avec quelques gentilhommes, pour luy ayder à se
deffendre. Son gentilhomme estant arrivé icy en suitte de la response qu'il a
fait à l'exempt, s'est adressé à M. le Prince, qui a tesmoigné d'abord le
vouloir proteger et en a parlé à M. le duc d'Orleans, lequel ayant prié la Reyne
de vouloir revoquer cest ordre, Sa M. l'a refusé absoluement, declamant fort
contre le proceddé de ce duc; ce qui a obligé S.A.R. de dire à M. le Prince qui
[qu'il] ne falloit point s'opiniastrer là dessus, et qu'elle voyoit la Reyne
dans une forte resolution de pousser cette affaire au bout. Ainsy M. le Prince,
qui n'a point d'obligation à ce duc, ne tesmoigne plus de passion de le proteger.
Le comte d'Augnon est fort noir, et son
proceddé donne grande jalousie, faisant fortiffier La Rochelle sans aucung ordre
et agissant en souverain dans toutte l'estendue de son gouvernement.
Le 27 du passé M. le Prince s'estant demis de
touttes ses pretentions sur le gouvernement de Guyenne, la Reyne ne voulut
neamoings qu'il l'accepta; et pour cest effect elle envoya demander le lendemain
la demission au duc d'Espernon par M. Servient; sur quoy ce duc s'emporta fort,
disant qui [qu'il] n'auroit jamais creu que Sa M. l'eut abandonné, apres luy
avoir fait faire tout ce qu'il avoit fait en Guyenne; et apres des grandes
reproches, quoy que M. de Servient luy representa que les conjonctures du temps
le demandoint ainsy, il ne laissa pas de refuser sa
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demission, disant seulement qu'il iroit veoir la Reyne l'apresdisnée, comme il
fit, mais sans luy aporter la demission; ce qui obligea Sa M. de dire tout haut,
le soir, qu'elle feroit veoir qu'elle estoit la maistresse; et sur cela elle
commandat qu'on expediat les provisions de ce gouvernement pour M. le Prince; et
parce que le duc de Candale avoit aussy refusé de donner sa demission de celuy
d'Auvergne, elle commandat aussy en mesme temps qu'on expediat celles du
gouvernement d'Auvergne pour le duc de Mercoeur et non pour le duc de Nemours,
Sa M. voulant absoluement disposer de touttes les graces à sa volonté, sans
attendre l'aprobation des princes. Neamoings cette affaire n'est pas encor
faitte, et on la croit asses esloignée. Le duc d'Espernon n'en a pas encor donné
sa demission, et l'on croit que M. le Prince n'aura pas la place de Blaye, encor
qu'il puisse avoir le gouvernement de la province, et que le duc de Candale sera
conservé dans celuy d'Auvergne.
Le duc de la Rochefoucaut travaille à faire
recevoir le comte de Palluau dans le gouvernement de Poictou, qu'il luy a vendu,
et a fait approver son traitté à la Cour, mais on croit qu'il y aura bien de la
peyne à le faire recevoir dans la province. Ce duc a voulu traitter de la
lieutenance de Guyenne avec M. de St Luc, en cas que M. le Prince en soit
gouverneur; mais le marquis de Roquelaure y avoit songé plus tost que luy, et
l'on croit que celuy cy l'emportera.
Le mareschal de l'Hospital a esté malade à
l'extremitté, mais il est à present hors de danger. Le gouvernement de Paris,
s'il feut mort, avoit esté destiné pour le Premier President. Dans cette
conjoncture M. le Prince s'est accommodé avec celuy cy par l'entremise de M. le
mareschal de Grammont, et l'on remarqua le 28 du passé que Son A. le feut veoir
deux fois de suitte et eut des longues conferences avec luy. Le mescontentement
qu'il avoit de Son A. venoit de ce qu'elle ne luy avoit pas conservé les sceaux,
et apres qu'on les luy eut ostés, il dit tout haut que M. le Prince l'avoit joué
et qui [qu'il] ne se fieroit plus en luy.
Le 29 l'on examina fort au Conseil le different
d'entre les Estatz de Languedoch et le Parlement de Tholose, mais on n'y resolut
rien de decisif. On proposa seulement de casser quelques arrestz de ce parlement
là, d'envoyer quelques personnes de condition dans la province pour tascher
d'accommoder l'affaire, et cepandant de convoquer les Estatz de la province au
premier julliet, tant pour vuider ce different que pour deputter aux Estatz
Generaux, comme il avoit esté desja concerté.
L'archevesque de Paris a remis, la semaine
passée, touttes les fonctions episcopales entre les mains de M. le Coadjuteur,
qui les exerce à present sans se mesler d'autres affaires.
On dit que le contrat de mariage du petit duc
d'Anguien avec Mlle de Valois est dressé et prest à signer, et que M. le Prince
presse S.A.R. de le faire signer par le Roy et la Reyne, mais Sadite A. ne
tesmoigne pas de s'en soucier beaucoup.
Le baptisme du petit duc de Valois ne ce [se]
fit point le 30 du passé, comme il avoit esté resolu. La ceremonie en feut
remise en un autre saison, et l'on baptisera en mesme temps la petite Mlle
d'Orleans, laquelle sera tenue par le prince François de Lorraine au nom du duc
de Lorraine pour son parrain, et par la reyne d'Angleterre, sa marraine; quant à
Mlle de Valois, il s'est parlé de la faire tenir par M. le Prince et par
Mademoiselle. La petite abbesse de Remiremont feut baptisée dès le temps qu'on
luy donnat cette abbaye.
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Le mesme jour, 30, l'archevesque de Bourges feut sacré dans les Carmelites où
estoit la Reyne, M. le Prince, Mme la Princesse, et autres.
Le 2 du courant l'on dansa le nouveau balet au
Palais Royal, où le Roy fit cinq entrées; apres quoy M. le duc d'Orleans et M.
le Prince souperent audit palais dans l'apartement du duc d'Amville, qu'on nomme
Palais Brion, où l'on remarqua qu'ilz eurent une longue conference avec M. de
Chavigny sans y appeler le mareschal de Grammont, qui estoit present.
Le mesme jour, au soir, le mareschal de Turenne
arriva icy, s'estant desgagé d'avec les Espagnolz et ayant laissé la citadelle
de Stenay entre les mains de M. de Chamilly, qui doit aussy avoir la ville, les
Espagnolz en estant tous sortis à la reserve de 5 compagnies d'infanterie qui
doivent bientot sortir.
Quant au commandement des armées, le marechal
d'Aumont a celuy de Flandres, et le duc de Chaunes servira soubz luy en qualité
de lieutenant general; et à cause de la contestation qu'il y avoit entre les
mareschaux d'Estampes et de Seneterre pour celuy de Champagne, on ne le donne ny
à l'ung ny à l'autre, mais on le laisse à St André Mombrun, à cause qu'il n'y
aura q'ung petit corps d'armée, qui sera peu considerable. Pour celuy de
Catalougne, le mareschal d'Hocquincourt l'a refusé, ne voyant point de fondz
asseuré pour entretenir les trouppes qu'on luy avoit promises et n'estant pas
satisfait de ce qu'on luy donnoit pour cela. Despuis on l'a offert au mareschal
de la Mothe, qui l'auroit peu mieux soubtenir que tout autre à cause de son
duché de Cardonne [Cardona], mais il l'a aussy refusé; et on l'a donné à M. de
Marchin, qui l'a accepté avec les avantages qu'on luy donne pour cest effect,
qui consistent en ce [qu'il] y va commander en qualité de capitaine general,
comme faisoit M. de la Mothe au commencement, avec cette difference neamoings
qu'il aura soubz luy 3 lieutenantz generaux, sçavoir Don Joseph de Margarit, le
comte d'Ille, et le comte d'Aubigeoux, au lieu que ce mareschal n'en avoit
aucung. On luy donne presentement quelque argent comptant et des bonnes
assignations pour recevoir 100 mille livres tous les mois, avec parolle du
baston de mareschal de France apres la campagne.
Les cantons des Suisses ont envoyé icy un
courrier au chefz commandantz les troupes qui sont à la solde du Roy, portant
ordre de leur faire poser les armes s'ilz ne reçoivent satisfaction de ce qu'il
leur est deubt, et les faire partir sans delay pour retourner en Suisse le 2 du
courant, c'est à dire 3 jours apres que le temps de l'alliance sera finy,
laquelle expire le 14. M. de la Barde a envoyé un autre courrier, par lequel il
mande que les cantons ont resolu de ne renouveller point l'alliance jusques à ce
que les Suisses qui servent le Roy auront receu satisfaction entiere de ce qui
leur est deubt; ce qui embarrasse beaucoup le Conseil, à cause qu'il leur est
deubt plus de 5 millions, et qu'ilz font environ le nombre de 13 mille hommes de
bonne infanterie.
On dit que la Reyne veut avoir pour elle le
gouvernement de Sedan et qu'elle s'en est explicqué au Conseil, ce qui fait
bruit et donne jalousie, à cause qu'on s'imagine que c'est pour y donner
retraitte au cardinal Mazarin.
Un courrier envoyé d'Espagne par le duc de
Guise arriva icy le 2 et porta nouvelle
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que le roy d'Espagne avoit promis à ce duc de le mettre en liberté, pourveu
qu'il voulut deslivrer tous les prisonniers de guerre espagnolz qu'on ayent en
France, sur quoy ce duc a escrit à M. le duc d'Orleans et à Madame, les priant
d'interceder aupres de la Reyne pour faire accepter cest offre; à quoy S.A.R.
s'est employé, representant que nous ne tenons plus aucung prisonnier de
consideration; mais l'affaire n'a pas encor esté proposée au Conseil.
Le mesme jour M. le prince de Conty changea les
principaux personnages de son conseil, dont il fit chef M. Courtin, conseiller
d'Estat, en la place du president de Nesmond. Ce prince met ses benefices soubz
le nom de St Romain, son secretaire, et pretend faire mettre le nom de celuy cy
en la place de feu Montreuil à la datterie de Rome, mais on croit qu'il y
trouvera beaucoup de difficulté. Quelques moynes de Cluny se sont oposés à
l'eslection faitte du petit duc d'Anguien pour leur abbé.
Les commissaires du Parlement qui estoint allés
sur la frontiere, informer contre le cardinal Mazarin, sont revenus et disent
avoir trouvés plus de charges contre luy qu'ilz ne croyoint. M. de Broussel
continue d'informer aussy contre luy. S.E. a escript une lettre au comte de
Brienne par laquelle il se plaint que, par les chemins, on avoit fait desseing
sur sa personne et que s'il eut encor tardé un demy jour à Liege, les amis de M.
Marchin l'eussent arresté. M. de Beaufort fait bien la fonction de marguillier,
qu'il feut le premier du courant à pied jusques à Nostre Dame des Vertu avec la
procession, qui en revient de mesmes. M. le duc d'Orleans alla avant hier à
Limours, d'où il est attendu ce soir. On dit qu'il y alla plustost pour quelque
mescontentement d'esprit que quelque divertissement particulier.
On a fait courir le bruit ce matin qu'il y
avoit desseing d'assasiner M. le Prince, et quelq'ungs luy en ont envoyé des
billetz pour luy en donner advis; mesmes plusieurs personnes de condition luy
ont esté offrir leur services là dessus, mais peu de personnes l'ont veu, à
cause qu'il est indisposé.
M. de Croissy revient hier de Stenay sans y
avoir rien peu avancer, les Espagnolz ayant eludé touttes les propositions de
paix et de treve qu'il leur a faitte, le tout aboutissant à attendre des
nouvelles d'Espagne là dessus. On dit que le marquis de Sillery s'en va en
Holande conferer avec M. Brun sur ce suject. C'est de la part de M. de
Longueville qu'il y est allé, mais le Conseil l'a aprouvé.
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De Paris le 12 may 1651
M. le duc d'Orleans representa, la semaine
passée, à Mme d'Aigullion qu'elle ne devoit pas s'amuser en ce temps icy de
faire asseiger son nepveu dans Richelieu, à cause que la noblesse mescontente de
cette province là pourroit prendre là dessus pretexte de brouillier; et qu'il
estoit d'advis qu'on mandat en Cour le duc de Richelieu, à quoy il obeiroit
assurement, et de renvoyer cette affaire au Conseil; et cela feut aprouvé et
l'ordre envoyé au duc de Richelieu de venir en Cour. Cepandant ce qui donna plus
de matiere de parler de cette affaire est une lettre que le comte d'Augnon a
escrit à la Reyne en termes fort hardis, par laquelle il la supplie de treuver
bon qu'il assiste de ces [ses] amis le duc de Richelieu, son parent, contre la
tirannie de Mme d'Aigullion.
Un chevalier de Malte nommé Frequesne, amy du
duc de Richelieu et frere du capitaine des gardes de M. de Longueville, ayant
corrompu quelque soldatz de la garnison du Havre de Grace, voulut surprendre
cette place la semaine passée. On croit que c'estoit pour la remettre entre les
mains de ce duc, mais il manqua son coup et, son desseing estant decouvert, on
mit en prison 16 de ces [ses] soldatz, et luy se sauva.
M. Hersan ayant esté cité à Rome par decret du
Pape pour y avoir presché la doctrine de Jansenius, en a appellé comme d'abus
ad futuram concilium, et a fait signiffier son appel à M. le Nonce dès
la semaine passée; et le Procureur General du Parlement de Paris luy a fait
faire defence d'obeir à ce decret, attendu qu'il est contre les libertés de
l'Esglise gallicane.
Les mareschaux de Schomberg et de Grammont
feurent, dès le 4 de ce mois, dire à M. Le Tellier qu'il ne s'ingerat plus
d'ordonner aucune chose au suject du taillon sans l'ordre du mareschal d'Estrées,
leur doyen, pretendant que cela leur apartient.
Mme de Chevreuse n'a point veu la Reyne despuis
que M. le Prince est de retour de Chantilly, mais cela n'empesche pas qu'elle ne
soit bien en Cour. Elle s'est depuis reconcilié avec MM. de Guyse et d'Elbeuf,
et a bien reuny toutte la Maison de Lorraine, laquelle on croit qu'elle a divisé
d'avec celle de Vendosme.
Le 6 du courant M. de Navaille feut au palais
d'Orleans et pria S.A.R. de vouloir consentir qu'on accordat une retraitte au
cardinal Mazarin dans quelq'unes des places de l'obeissance du Roy, adjoustant
que tous les amis de S.E. se viendroint jetter aux piedz de S.A.R. pour luy
demander cette grace; à quoy elle fit response que cela ne se pouvoit accorder
sans choquer le Parlement et donner lieu à des nouvelles divisions.
La Reyne ayant sceu que M. de Navailles avoit
fait cette demande à S.A.R., le desadvoua le lendemain et luy donna ordre de se
retirer de la Cour, quoy qu'on asseure qu'il avoit concerté cette affaire avec
MM. de Servient et de Lyonne, lesquelz Sa M. avoit aussy desadvoué auparavant,
de ce que, sans luy en parler, ilz avoint promis à M. de la Rochefoucaut de luy
faire donner gratier la lieutenance de Guyenne, et à M. de Longueville de faire
donner le tabouret à la mareschalle de la Motte.
MM. de Canillac et leurs proches parens se
trouvant dans Paris au nombre de 8, et ayant resolu ensemble de venger la mort
du beau Canillac, qui feut tué il y a 6 ans par le marquis de Flamarins, ilz
appellerent le mesme jour, 6, en duel; lequel
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cherchant autant de secondz, trouva des personnes de consideration qui s'y
engagerent de leur mouvement, entre autres les ducs de Brissac et de [la]
Rochefoucaut, et le comte d'Aubigeoux, lesquelz estant tous sortis avec les
autres le mesme jour au matin, feurent trouvés à Vincennes dans un cabaret et
feurent arrestés par le mareschal de Grammont, qui les ramena à Paris; mais
l'affaire n'est pas accommodée, parce que le principal interessé, qui estoit
Canillac, n'y estoit pas.
Le 7, au matin, la partie feut faitte pour un
autre duel plus important que celuy cy, arrivé sur ce que M. d'Elboeuf
pretendant que M. de Vendosme ne peut estre filz du roy Henry 4, attendu qu'il
naquit pendant le pretendu mariage de M. de Liancourt de Picardie avec Mlle
Gabrielle d'Estrés et pendant que le Roy estoit en bonne intelligence avec la
reyne Marguerite, avoit presenté requeste au Parlement par laquelle il demandoit
que le duché de Beaufort et les autres biens qui apartenoit à Mme Gabrielle,
prouvena[nt] des bienfaitz d'Henry 4, feussent adjugés à Mme d'Elbeuf, comme
fille legitime du Roy, estant née apres que le mariage de Mme Gabrielle feut
declaré nul. M. de Mercoeur ayant esté adverty de cette requeste, envoya
appeller M. d'Elboeuf, lequel ayant voulu que ses enfans feussent de la partie,
y engagea le prince d'Harcour et le comte de Lislebonne, lesquelz sortirent le
mesme jour à midy et feurent suivys aussytost par MM. de Mercoeur et de Beaufort
et de Nemours; mais leur desseing ayant esté decouvert, on courut apres eux, et
on les trouva dans un cabaret aupres de Charanton, où le mareschal de Schomberg
les arresta et les ramena tous, hormis M. de Mercoeur, qu'on ne trouva pas alors,
mais il feut trouvé le lendemain. Le peuple estant imbu de cette querelle,
commenceoit à s'assembler et à resoudre d'aller mettre le feu à l'hostel
d'Elbeuf s'il feut arrivé du mal à M. de Beaufort. L'on a depuis travaillé à
accommoder ce different, et pour cest effect on avoit tiré parolle de tous les
interessés dans la querelle, qu'ilz ne se battroint point jusques à hier au soir;
mais l'affaire n'est pas encor accommodée. Leur parolle est prolongée jusques au
15; cependant tout le monde blasme M. d'Elbeuf de s'estre advisé cy [sy] tard à
commencer une querelle de cette nature, et M. de Vendosme a presenté une autre
requeste au Parlement par laquelle il demande que celle de M. d'Elbeuf soit
rayée et biffée comme injurieuse et deraisonnable.
M. de Chasteauneuf, qui n'estoit point revenu à
Paris depuis que les sceaux luy feurent ostés, y vint le 7 de ce mois et feut
disner ches Mme de Bretonvilliers.
Le duc de [la] Rochefoucaut a ceddé au marquis
de Sillery, son beaufrere, le gouvernement de Damvilliers en Champagne.
Le jeune comte de l'Ade a traitté avec M. de
Paluau de la charge de maistre de camp de la cavalerie legere, et l'on croit que
le dernier sera receu dans le gouvernement de Poictou, nonobstant les
oppositions du duc de la Tremouille et autres principaux seigneurs de cette
province là, à cause que la Reyne porte ses interestz.
Les brouillieries continuent fort en Languedoch
entre les Estatz et le Parlement de Tholose, pour lequel les Huguenotz, et
notanment ceux de Nismes, se sont declarés à cause que les Estatz estoint pour
l'evesque de Nismes dans le different qu'il eut, l'année passée, avec les
Huguenotz; et parce que l'archevesque de Narbonne, comme
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president, avoit signé les commissions pour imposer sur la province, le
Parlement a donné arrest par lequel il est enjoint à cest archevesque de faire
desarmer, à peyne d'estre declaré criminel de leze majesté et perturbateur du
repos public. Le mesme parlement a donné deux arrestz notables touchant cette
affaire, le premier portant adjournement personnel contre l'evesque de Mompelier
[Montpellier], à cause qu'il fait emprisonner un huissier du Parlement;
cependant luy enjoint de mettre cest huissier en liberté, à peyne de saisie de
son revenu temporel; et l'autre portant condennation à mort contre le gouverneur
de Narbonne et 3 consulz de la ville, lesquelz ont esté executtés en effigie à
Tholouse, où le Parlement ne veut point d'accommodement jusques à 600 mille
escus, quoy qu'ilz n'ayent accordé que 600 mille livres au Roy.
Le Roy ayant resolu d'aller souvent à la
chasse, l'on remit sur pied la compagnie de mouquestons, laquelle on veut faire
tomber entre les mains du chevalier de Grammont; mais le sieur de Treville s'y
oppose, et s'est [c'est] le suject pour lequel il offre de rendre le
gouvernement du comté de Foix qu'on luy done pour recompense lors qu'on cassa
cette compagnie. Le mareschal de Grammont dit qu'il ne veut pas que son frere la
prenne si M. de Treville n'y consent.
M. le duc d'Orleans ayant prié la Reyne, le 6
du courant, de vouloir bien resoudre au Conseil l'eschange de M. de Guyse avec
tous les prisonniers d'Espagne que nous tenons, Sa M. luy en donna parolle et
l'affaire feut resolue au Conseil, quoy que nous tenions environ 2000 Espagnolz;
mais S.A.R. ayant proposé en mesme temps dans le Conseil de traitter avec le duc
de Lorraine, qui avoit envoyé icy un expres à Madame, la priant de s'entremettre
pour cela, M. de Chavigy dit qu'il n'y avoit pas moyen de traitter avec ce duc
s'il pretendoit qu'on luy rendit Stenay, Clermont, et Jametz, parce que c'est un
bien acquis au Roy et par consequent inalienable; et apres que tout le Conseil
feut de son advis; ce qui depleut à S.A.R., et l'on croyoit qu'elle en feut mal
satisfaitte à cause qu'elle ne sortit point de son palais depuis ce temps là
jusques à hier au soir, mais son indisposition l'empeschoit de sortir.
M. Camus, controlleur general des finances,
n'ayant plus de credit depuis que M. Gargan fait toutte la fonction de cette
charge, n'a pas plus tost cherché à s'en defaire qu'il a trouvé 3 personnages
qui remuent à l'envy touttes les puissances de la Cour pour luy succedder:
sçavoir, M. Menadeau Champré, conseiller de la Grande Chambre, qui en avoit dès
longtemps eu envie; M. de Villayer, maistre des requestes, porté par le
president de Maisons; et M. Laisné, qui estoit conseiller de Mme la Princesse à
la guerre de Bourdeaux.
M. de Longueil, conseiller de la Grande Chambre
et frere du president de Maisons, feut avant hier receu dans la charge de
chancellier de la reyne, de laquelle il avoit traitté avec le president de
Bailleul pour 50 mille escus. L'affaire des Suisses est accommodée, et on leur
donne 600 mille livres d'argent comptant. On leur laisse les pierreries qu'ilz
ont engagé, jusques à ce qu'ilz seroint payés de pareille somme qui leur est
deue de l'année 1649; et quant à ce qui leur est deubt de reste, on leur baille
des bonnes assignations, mais il a fallut se depouiller par ce moyen des plus
clairs deniers du Roy.
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Le mareschal d'Aumont commendera seul en Flandres, et le duc de Chaunes, son
lieutenant general, commandera le corps d'armée de Champagne, dont on a exclus
M. de St André Mombrun; mais nos troupes et celles des ennemis ne sont pas encor
prests pour se mettre en campagne. Le marquis de Sillery est revenu de Bruxelles
depuis 4 ou 5 jours, sans y avoir peu obtenir que le reste de la garnison
espagnolle qui est dans la ville en sortit.
MM. les mareschaux de France ayant travaillé à
l'edit pour empescher les duelz et consider[é] la grande difficulté qu'il y a,
ont resolu de le permettre en certain cas, notanment dans les querelles qui ne
se peuvent pas bien accommoder, en obligeant les parties de leur demander
permission de se battre en leur presence ou en celle des parrains qu'ilz
choisiront; et ont presenté requeste là dessus à la Reyne, qui l'a renvoyé aux
casuistes et a donné ordre pour cest effect à M. le Chancellier de prendre
l'advis de MM. de Sorbonne, lesquelz n'y ont pas encor respondu.
Ce matin le Parlement s'estant assemblé pour
entendre le raport des commissaires qui ont esté sur la frontiere informer
contre le cardinal Mazarin et ses adherens, l'on a d'abord remis l'assemblée à
lundy; et cepandant on a depputté MM. Doujat et Menardeaux vers M. le duc
d'Orleans pour le prier de s'y trouver; à quoy S.A.R. a repondu qu'elle ne
manqueroit pas d'y aller si sa santé le luy permettoit. S.A.R. a donné ordre au
baron de Verderonne d'aller en Espagne pour traitter de la liberté du duc de
Guyse et il doit partir lundy prochain, mais il a encor quelque difficulté sur
ce que on ne veut pas comprendre icy le comte de St Amour parmy les prisonniers
qu'on doit rendre pour son eschange.
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De Paris du 14 may 1651
M. l'abbé de la Riviere ayant voulu traitter de
l'evesché de Noyon, qui est une des six pairries esclesiastiques, moyenant
l'abbaye de Lisle [Lire] en Normandie, qui vaut 20 mille livres de rente,
escrivit la semaine passée à M. le duc d'Orleans, le priant de luy vouloir
permettre de faire ce traitté. La lettre feut rendue par le duc de Brissac à
S.A.R., qui consentit d'abord; et ensuitte le traitté ayant esté fait, M. de
Baradas, frere de l'evesque de Noyon, parut le 14 du courant pour s'opposer à
l'aprobation que le Conseil alloit faire de ce traitté, et pria S.A.R. et Madame
de n'y point consentir, disant que le feu Roy l'ayant gratiffié de ce benefice
pour recompense de ses services, son frere le devoit laisser dans la Maison
tandis qu'il y auroit des personnes capable de le tenir, et que le Roy auroit la
bonté de le luy conserver. L'apresdisnée du mesme jour, 14, l'evesque de Noyon
feut trouver Leurs A.R. et leur dit que le subject pour lequel il avoit traitté
de son evesché estoit parce qu'ayant esté ruiné par la guerre, son revenu estoit
tropt petit pour soubtenir la dignité de pair de France; et que neamoings il
n'auroit pas pensé d'en traitter si on ne luy avoit asseuré que Leurs A.R.
avoint donné un plain consentement, sans lequel il ne feroit jamais rien. Sur
quoy Leurs [A.]R. luy promirent de luy faire donner une abbaye, comme elles luy
avoint fait esperer auparavant; apres quoy Madame envoya le baron des Ouches au
Palais Royal pour prier la Reyne de n'agreer point ce traitté; dont le duc de
Brissac ce [se] plaint, disant qu'il avoit eu parolle de S.A.R. qu'elle
aprouveroit, lors qu'il rendit la lettre de l'abbé de la Riviere. Le receveur
des consignations des requestes, nommé Bertaud, a fait banqueroute la semaine
passée de 3 millions.
Le 8 du courant l'archevesque de Sens fit un
festin à Mme de Longueville dont la despence exceda 10 mille livres. Il y avoit
des chambres pour les dames avec des miroirs pour raccommoder leurs cheveux, et
d'autres pour les hommes pour relever leurs moustaches avec des pommades et
autres senteurs. L'escalier de son hostel estoit tapissé, et les lumieres de
cire blanche musquée. Outre la comedie il y eut de 9 sortes de musique: voix,
lutz, violons, violes, musettes, fluttes, orgues, espinettes, et cornetz à
bouquin dans la cour. M. le Prince le prince s'y trouva avec 10 ou 12 personnes
de condition, et Mme de Longueville y estoit, accompagnée de 30 dames.
La Reyne a changé ses devotions du sabmedy.
Elle ne va plus à Nostre Dame, mais bien à Nostre Dame de Bonnes Nouvelles à St
Victor, ainsy que faisoit la feue Reyne Mere.
Le duc de Richelieu a obei a l'ordre qui luy
feut envoyé il y a 15 jours de venir en Cour, où il arriva le 12, ayant laissé
quantité de gentilhommes et autres gens dans Richelieu pour le conserver et
empescher que l'exempt des gardes du roy qui est aux environs ne s'en empare.
Avant que partir de là, il avoit fait enlever tous les meubles du chasteau, et
feurent mis en despost dans une maison particuliere. Son affaire a esté evoquée
du Parlement au Conseil en reglement de juges, et Mme d'Aigullion recuse le
Parlement de Paris sur ce qui [qu'il] s'y trouve plus de 60 parentz des parties
interessées pour le duc de Richelieu. Elle recuse aussy le Parlement de
Bourdeaux, de Dijon, et de Rouen à cause du credit que M. le Prince y a; et ce
duc recuse le Parlement de Bretagne à cause de M. de la Mesleraye.
Le bruit s'estant espandu dans toutte la
Guyenne que l'on y vouloit restablir M. d'Espernon pour gouverneur, ce bruit
fondé sur plusieurs lettres qu'on avoit escrites d'icy, la pluspart
/420v/
des villes y feurent d'abord en grand desordre, y ayant pris les armes. Le
Premier President s'estant sauvé de Bourdeaux avec l'advocat general La Vie à
cause qu'on y croioit fort contre eux, ce qui obligea les Bourdelois d'envoyer à
leurs deputtés un courrier, qui arriva icy le 14 au matin et leur apporta ordre
de presser l'execution de la parolle qui leur feut donné par la paix, de changer
M. d'Espernon. Aussytost ces deputtés menerent ce courrier à M le duc d'Orleans,
qui leur dit qu'il feroit son possible pour leur donner contentement au plus
tost. Sur cela M. le Prince ayant prié S.A.R. de l'apuyer aupres de la Reyne
pour obtenir ce gouvernement, elle feut aussytost representer à la Reyne
l'importance qu'il y avoit de contenter au plus tost les Bourdelois dans cette
extremité, et qu'on ne pouvoit à present donner le gouvernement à d'autres qu'à
M. le Prince; ce que la Reyne luy accorda d'abord; et [l']apresdisnée du mesme
jour, M. d'Espernon donna sa demission du gouvernement de Guyenne et M. le
Prince celle de Bourgoigne, en sorte que l'affaire feut achevée le 16, et l'ung
et l'autre en presterent serment. M. de Candale donna aussy sa demission de
celuy d'Auvergne, et pour recompense on luy donna 50 mille livres en
assignations sur la comté de Foix et la survivance du gouvernement de Bourgogne.
Lors que MM. Servien et de Lyonne
s'accommoderent avec M. le Prince et M. de Longueville par l'entremise de M.
Payen Deslandes et de la Princesse palatine, qui fit agir Mme de Longueville,
ilz promirent au duc de la Rochefoucaut de luy faire donner gratis la
lieutenance du roy en Guyenne, dont M. de St Luc ne veut pas moings de 400 mille
livres recompense. Maintenant ce duc ayant demandé l'effect de cette parolle, la
Reyne a dit qu'elle ne les avoit pas chargé de la donner, ce qui les mortiffie
beaucoup, parce qu'il ne la veut pas achepter ny mesmes employer le 300 mille
livres que le comte de Palluau luy veut donner de son gouvernement de Poictou;
mais on luy a declaré que s'il vouloit cette lieutenance, il falloit qu'il
achepte [qu'il l'achepte], et pour cest effect on luy a proposé de s'accommoder
de son gouvernement de Poictou avec M. de Nemours, afin que celuy cy contribuat
et se demit par ce moyen des pretentions qu'il a sur l'Auvergne, ce qu'il ne
veut pas faire.
L'on remarqua le 12 que la Reyne ayant sceu que
le Parlement avoit resolu de prier M. le duc d'Orleans de se trouver à
l'assemblée qui se tient le 15, l'envoya prier par M. de Chavigny de n'y s'i
point trouver; à quoy S.A.R. respondit qu'ayant assisté aux precedentes
assemblées, ce seroit rompre avec le Parlement que de refuser de se trouver à
celle icy. S.A.R. feut le 15 au Parlement avec MM. les princes de Condé et de
Conty, les ducs de Beaufort, de Brissac, et de la Rochefoucaut; et aussytost MM.
Bitaut et Pithou commencerent à faire le raport des informations qu'ilz ont
faittes sur la frontiere contre le cardinal Mazarin, lesquelles on commencea à
lire; mais on n'acheva pas, et l'assemblée feut remise au lendemain pour
continuer. On remarqua que ce qui feut leu estoit fort peu de chose.
Le 16 on acheva, dans l'assemblée du Parlement,
la lecture des informations faittes contre le cardinal Mazarin par MM. Bitaut et
Pithou, lesquelles ne le chargeoint pas encor beaucoup. Ensuitte M. de Broussel
fit le rapport des siennes, et apres avoir leu quelques registres du banquier
Cantarini, il feut arresté que l'on feroit un affaire civile de l'action contre
/421/
celuy cy, et criminelle à l'esgard du cardinal Mazarin; apres quoy M. de
Broussel dit qu'il n'avoit pas encor achevé ses informations, qu'il y avoit des
personnes qui vouloint encor deposer, lesquelles il estoit à propos d'entendre
avant que y desliberer, ce qui luy feut accordé, en sorte qu'on pourra demander
l'assemblée lors qu'on aura achevé ses informations.
Le 17 le Parlement s'estant assemblé, veriffia
l'abolition donné à Mme de Longueville et au mareschal de Turenne.
La querelle de la Maison de Vendosme avec celle
d'Elbeuf n'a peu estre accommodée jusques icy. Ilz avoint choisy chacung deux
advocatz pour decider le point de droit, et chacung un mareschal de France pour
le point d'honneur. L'ung et l'autre a esté longtemps discuté inutillement. M.
de Vendosme avoit choisy le mareschal de Granmont, et M. d'Elbeuf le mareschal
d'Aumont. Leur parolle de ne se point battre avoit esté prolongée jusques
aujourd'huy, et on la vouloit encor prolonger davantage, mais MM. de Vendosme ne
l'ont pas voulu faire, et c'est le suject pour lequel on leur a donné des gardes
pour les empescher de se battre. La requeste de ceux cy, par laquelle ilz
demandent reparation d'honneur et que celle de M. d'Elbeuf soit rayée et biffée,
a esté respondue au Parlement, ayant esté dit qu'elle seroit communiquée à MM.
les Gens du roy.
M. de Marchin espousa aujourd'huy Mlle de
Clermont d'Entragues, riche de 20 mille livres de rente, dont elle jouit
presentement en fondz de terre, outre le bien qu'elle aura apres la mort de sa
mere et mesmes de Mme d'Avagoux, sa soeur, qui n'a point d'enfans. C'est M. le
Prince qui a fait ce mariage.
Les divisions de Languedoch vont tousjours de
mal en pis. Il y a des villes qui ont pris les armes les unes contre les autres,
et les deputtés qui sont icy, tant de la part du Parlement de Thoulouse que des
Estatz de la province, ne peuvent trouver aucung moyen d'accommodement. Le
Parlement pretend obliger les Estatz à rendre conte de l'employ de tous les
deniers qu'ilz imposent sur la province, et faire retrancher touttes les
gratifications qu'ilz donnent aux principaux officiers de M. le duc d'Orleans,
lesquelz sollicitent inutilement S.A.R. de n'escouter point le president de
Terrasse, deputté de ce parlement. Elle le favorise autant que les Estatz.
Les deputtés du Parlement de Provence ayant
remonstré le 15 à S.A.R. que leur province souhaittoit extremement d'avoir pour
gouverneur M. le duc de Valois, et qu'elle les avoit chargé de suplier la Reyne
de le leur vouloir accorder et S.A.R. de l'agréer, elle les remertia de la bonne
volonté que la province avoit pour elle et pour M. de Valois, les pria de ne le
demander point, et les asseura que cela n'empescheroit pas qu'elle ne leur
rendit tous les bons offices qu'elle pourroit.
Le lendemain d'autres deputtés d'une partie de
la noblesse de la Provence feurent prier S.A.R. de vouloir apuyer M. le duc
d'Angoulesme et le restablir dans son gouvernement. Celuy qui porta la parolle
fit un fort beau discours auquel S.A.R. respondit en termes generaux.
/421v/
Le mareschal d'Aumont sollicitte fort un fondz pour l'entretien de l'armée de
Flandres. On en a baillé à M. Marchand pour fournir le pain de munition pendant
3 mois, et l'on fait marcher les trouppes en diligence vers la frontiere. M. de
Marchin a aussy receu un fondz pour aller en Catalougne et doit partir sur la
fin de la semaine prochaine.
M. Cadeau, tresorier de la maison du roy, s'en
est allé et l'on ne sçait où il est, et on croit qu'il a fait banqueroutte.
Les Suisses ont receu une partie de 600 mille
livres qu'on leur doit donner, et on leur promet tous les jours le reste.
Le 17 M. Tubeuf donna une splendide collation
au Roy et à la Reyne dans sa maison d'Issy, à une lieue de Paris, et hier il
donna à disner à M. le duc d'Orleans.
M. de Verderonne doit partir dans 4 ou 5 jours
pour aller en Espagne traitter la liberté de M. de Guyse. On croit qu'il
proposera une entreveue de S.A.R. avec l'Archiduc pour la paix.
/422/
De Paris le 26 may 1651
Le comte de Rieux, filz de M. d'Elbeuf, estant
en Bretagne lors que la querelle de son pere avec M. de Vendosme est arrivée, et
l'ayant sceue, est venu aux environs de Paris avec quelques braves de ce pays là,
et envoya dès la semaine passée apeller MM. de Beaufort, de Mercoeur, et de
Nemours, lesquelz estant tousjours gardés, n'ont peu encor luy satisfaire, encor
que le premier pensa se defaire le 21 de ses gardes. Cepandant ses [ces] deux
Maisons sollicitent puissenment tous les conseillers de la Grande Chambre, où
leur affaire pour le point de droict se devoit plaider le 24 à huis clos; mais
l'advocat de M. d'Elbeuf s'estant trouvé indisposé, l'affaire feut remise à la
quinzaine.
Le 20 du courant le duc de Richelieu et M. de
Vigean, son beaupere, ayant prié M. le duc d'Orleans de les vouloir presenter à
la Reyne, que le premier n'avoit pas encor veu despuis son retour de Richelieu,
S.A.R., tousjours pleine de bonté, leur dit qu'elle en parleroit à la Reyne et
qu'ilz se trouvassent au Palais Royal lors qu'elle y seroit. Son A. y estant
allé le mesme jour, ilz la suivirent, et estant entrés dans la chambre de la
Reyne apres elle, Sa M., sans attendre que S.A.R. luy en parlat, dit au duc de
Richelieu qu'il estoit bien affronté de venir paroistre devant elle apres avoir
desobei au Roy, et le fit sortir aussytost avec son beaupere sans escouter
aucune raison; apres quoy S.A.R. tascha d'adoucir l'esprit de la Reyne, mais ce
feut inutilement.
M. de Lisle Sourdiere, lieutenant des gardes du
corps du roy, estant mort il y a quelque temps, Goville, confident du cardinal
Mazarin, feut trouver le mareschal d'Aumont pour luy dire, avec [?] d'autres,
que le defunct luy avoit emprunté l'argent dont il avoit achepté la charge et
qu'il le prioit de le luy vouloir faire payer, ce que ce mareschal luy promit;
mais n'ayant pas tenu sa parole, Goville l'a appellé en duel, dont tous les
mareschaux de France ce [se] sont picqués et l'ont fait arrester par ordre du
Roy dans la Bastille. On croit qu'on luy fera son proces aussy bien qu'à Des
Marais, beaufrere de Launay Gravey, qui a fait appeller en duel le Grand Maistre
de l'artillerie, faute d'avoir payé une somme d'argent distinée pour les poudres;
à quoy le Grand Maistre respondit qu'il auroit bien à faire s'il falloit se
battre pour tous ses officiers et qu'il s'estonnoit qu'il eut accepté cette
commission pour un maraut; que pour luy, il luy donneroit satisfaction s'il le
desiroit. Ce dernier appel fait grand bruit, aussy bien que le premier de ce
qu'on a osé appeller des officiers de la Coronne.
Le 21 le sieur de Beaujeu, lieutenant des
gendarmes de M. le duc d'Anguien, et le sieur de Barres, filz du maire de
Bourges, se battirent en duel dans le Bois de Boulougne et se tuerent tous deux
devant que leurs secondz les puissent secourir.
Le mesme jour le president de Bellievre arriva
icy, revenant de son ambassade d'Holande, où il n'a peu rien negotier.
Le mesme jour les articles de mariage de M. le
duc d'Anguien avec Mlle de Valois feurent signés par M. le duc d'Orleans,
Madame, et Mademoiselle, et par M. le Prince et toutte sa Maison; mais le
contrat de mariage n'est pas encor fait, ou du moings il n'a pas encor esté
presenté au Roy et à la Reyne pour le signer.
/422v/
Le mareschal de Turenne se marie avec Mlle de la Force. Les articles en feurent
arrestés icy la semaine passée par M. de Camont, conseiller au Parlement, qui en
avoit procuration du marquis de la Force, laquelle luy feut aportée par M. de
Cugnac. Ce marquis donne presentement à Mlle de la Force la jouyssance de
certaines terres qui valent en tout 25 milles livres de rente. Vous aves sceu le
mariage de M. de Marchin, qui sollicite encor son argent pour aller en
Catalougne, où la peste fait un si grand ravage que le Conseil Royal a esté
contraint de sortir, quoy qu'il eut resolu d'y demeurer nonobstant le mal, à
cause du desseing que les Espagnolz ont sur cette ville là; et qui [qu'il] n'y
est demeuré que Don Joseph de Marguerit, qui s'estant enfermé dans une maison
particuliere pour donner les ordres necessaires pour la conservation de la ville,
que outre 1200 fantassins françois qui estoint entrés dans la province, l'on y
en a depuis fait entrer 1800 autres, qui se sont postés sur la coste maritime
aux environs de Barcelonne pour empescher les Espagnolz d'y faire descente lors
que leur armée navalle y arrivera, de laquelle on avoit desja veu paroistre deux
vaisseaux à la veue du port de Barcelonne; et leur armée de terre s'estant mise
en campagne au nombre de 7000, s'estoit posté au dessous de Balaguier, sans
neamoings avoir encor rien entrepris; et qui [qu'il y] avoit eu du different
dans Barcelonne entre les soldatz françois et catalans sur ce que les premiers
vouloint garder un poste de la ville que les autres, jaloux de leur liberté, ne
vouloint pas leur confier, mais cette affaire feut aussytost accommodée par les
chefs.
M. de St André Monbrun va commander en Italie
en qualité de lieutenant general, le marquis d'Uxelles en estant exclus. M. de
Ste Frique, chambellan de S.A.R., y va commander en qualité de mareschal de
camp, à la recommendation de Mme de Savoye.
Le mareschal d'Aumont eut, la semaine passée,
des grosses parolles avec le president de Maisons sur ce que celuy cy avoit
detourné le fondz qui estoit destiné pour l'armée de Flandres, qui [qu'il] doit
commander, et ce fondz luy a esté rendu. Ce mareschal est sur son depart, et
cette armée doit estre de 20 mille hommes de pied et 12 mille chevaux, y compris
le corps qui sera en Champagne, lesquelles on fait avancer pour cest effect;
mais elles font des desordres si horribles qu'il y en a eu des plaintes du
Parlement de tous costés, et notament de ce qu'ilz ont tué dans Meaux quelques
gentilhommes qui s'y opposoint à leur violences, et à Senlis, où entre autres
desordres un soldat ayant poursuivy en plain jour une fille pour la violer, et
un bourgeois l'ayant fait entrer dans son logis et s'estant mis sur la porte
pour empescher le soldat d'y entrer, celuy cy luy donna un coup d'espée dans le
corps, dont il mourut sur le champ; et ensuitte les voisins ayant pris les armes
et menée ce soldat en prison, son cappitaine assemblea tous les autres et alla
rompre les portes de la prison, faisant evader tous les prisonniers et ayant
mesmes maltraittés d'autres bourgeois qui s'y vouloint opposer; dont le
lieutenant general ayant fait son proces verbal, l'apporta icy au Parlement, qui
s'assembla le 23 au matin et envoya MM. Doujat et Menardeau au palais d'Orleans
pour prier S.A.R. de se trouver le lendemain à l'assemblée qu'on avoit resolu de
tenir pour desliberer là dessus; à quoy elle leur respondit qu'elle s'y
trouveroit le 25, n'y pouvant y estre à cause qu'elle s'en alla à Limours. Les
Suisses ont à peu pres receu les 600 mille livres qu'on
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leur avoit promis en dernier lieu, et pour cest effect les principaux du Conseil
des finances s'estant taxés entre eux mesmes volontairement, on [ont] fait une
somme de 300 mille escus.
Les propositions que MM. Doublet et Montauron
et autres partisans avoint fait, ayant esté examinées le 22, la Reyne a dit
qu'elle vouloit qu'elles feussent acceptées; et l'on resolut aussy d'examiner
les conditions ausquelles on pourroit leur donner le revenu du Roi.
Le mesme jour Don Gabriel de Tolede arriva icy
en poste de Madrid et apporta un plain pouvoir du roy d'Espagne à l'archiduc
Leopold pour faire le traitté de paix, convenir du lieu du traitté, et faire
choix de telz autres plenipotentiaires qu'on jugera à propos. Il a fait veoir ce
plain pouvoir à S.A.R. et ensuitte au Conseil, à M. le Nonce, et à l'ambassadeur
de Venise.
Il n'y a rien de fait pour la lieutenance de
Guyenne, où l'on dit que M. le Prince ira bientost, ny pour le gouvernement de
Poictou, ny pour celuy d'Auvergne. M. de Candalle ne donnera la demission de
celuy cy qu'apres qu'on luy aura donné 50 mille livres de rente qu'on luy en a
promis pour la recompense.
Quant à celuy de Provence, M. le prince de
Conty a tesmoigné le souhaitter fort, ayant conferé avec les deputtés du
Parlement de Provence sur les moyens de l'eschanger avec celuy de Champagne et
les ayant disposés à le demander; mais Sa M. leur a fait entendre qu'elle ne
leur donneroit audiance qu'à condition qu'ilz se contenteroint de demander un
autre gouverneur sans specifier aucung.
M. de Longueville s'en va demain à son
gouvernement de Normandie, lequel il tesmoigne derechef vouloir eschanger avec
celuy de Languedoch, mais ce second effort ne fait pas plus d'effect que le
premier.
Le different des Estatz du Languedoch et du
Parlement de Toulouse ne s'accommodent point. L'on y a envoyé des arretz du
Conseil qui cassent ceux de ce parlement là, et l'affaire s'y aygrit tousjours
davantage. Il se parle d'oster les sceaux à M. le Chancellier pour les rendre au
Premier President, qui s'intrigue fort pour cela.
M. de Verderonne ne part pas encor pour aller
faire l'eschange de M. de Guyse en Espagne, n'ayant receu ny argent ny
instruction, lesquelles luy sont retardées de jour à autre, l'on ne sçait
pourquoy.
Le comte de St Amour, Franc Comtois, prisonnier
de la bataille de Lens, n'estant pas compris dans cest eschange, paye 10 mille
escus à M. le Prince, qui luy rabat cette somme sur une plus grande qui [qu'il]
luy promet pour l'achept du bien que ce comte possedde dans le Perche, ce qui
l'arreste encor icy jusqus à ce que cette affaire soit vuidée, M. le Prince
ayant pretendu jusques icy que ce bien luy apartient, attendu que la
confiscation en a esté donné autrefois au mareschal de Brezé.
Hier au matin le Parlement s'estant assemblé et
M. le duc d'Orleans s'y estant trouvé avec M. le Prince et MM. le duc de
Beaufort et mareschal de Villeroy, apres que la pluspart des conseillers eurent
exageré les cruauttés et violences des soldatz, M. de Blancmenil chargea fort M.
le president de Maisons, ayant dit qu'il estoit cause de ses [ces] desordres
puisqu'il ne les payoit pas, en quoy il feut suivy de plusieurs autres; et apres
plusieurs contestations l'assemblée supplia S.A.R., comme lieutenant general de
l'Estat, d'employer son
/423v/ authorité pour remedié à
l'extremité des desordres et violences des gens de guerre, ce qu'il promit de
faire; et ensuitte il y eut arrest portant qu'il seroit informé desdits
desordres par 6 conseillers du Parlement et par les juges des lieux où tels
crimes auroint esté commis, et contre ceux qui ont levé les tailles à main armée,
à cause que c'est une contravention à la declaration d'octobre 1648, logé sans
routes en vertu des ordres en blanc, donnés telz ordres, pris de l'argent des
villes et bourgs pour les exempter des logementz de gens de guerre, diverty les
deniers destinés pour l'estappe, et exercé des pyrateries; et qu'à cette fin les
6 conseillers qui seroint deputtés pour cela se transporteroint sur les lieux et
feront le proces aux coupables; et que tous chefs et officiers des trouppes qui
auront commis et commettront à l'advenir sembables desordres, tant presentz
qu'absentz, demeureront responsables, eux et leur posterité, de touttes les
pertes qui auront esté causées; et ordonne encor que cest arrest sera envoyé aux
autres parlements, qui seront invittés d'en donner un semblable. Le Premier
President vouloit nommer les 6 deputtés, mais les Enquestes ne le vouluerent
pas, et il feut arresté que chaque chambre en nommeroit un. La Grande Chambre
nomma M. Menardeau.
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