The Ranums' Panat Times

Other years: Fronde 1648 Fronde 1649 Fronde 1650 Fronde 1651 Fronde 1652 Fronde 1653

The Fronde Newsletters for 1653:

Home Jan. 1653 Feb. 1653 March 1653 April 1653 May 1653 June 1653 July 1653 Aug. 1653

February 1653


/194/ De Paris du 18 febvrier 1653

La Cour n’ayant pas eu agreable le traitté que M. Le Roy, chanoine de Nostre Dame, avoit fait avec M. Godeau, pour son evesché de Grace [Grasse], celuy cy ayant obtenu permission de s’accommoder avec M. de Bernage, doyen des ausmoniers du roy et aussy chanoine de Nostre Dame, s’en est demis en sa faveur, moyenant cette chanoinie, ce [se] contentant de son evesché de Vance [Vence], et d’une pension de 2 mille escus que luy donne le Roy, dont il luy en assigne 1000 sur l’evesché de Carcassonne.

Le 15, les evesques assemblés aux Augustins en plus grand nombre qu’au precedent, sur l’effect de cette declaration veriffié au Grand Conseil, pour la presentation des benefices vacquantz dans la dependance de ceux que possede le prince de Conty, il feut dit que les agens generaux du clergé formeroint opposition au Grand Conseil, contre cette declaration, et que les evesques commisaires, pour cest effect, la payeront aupres des ministres; et pour les pretentions des Huguenoz de Languedoch, il feut arresté qu’on presenteroit requeste au Roy, entierement contradictoire aux pretentions desditz Huguenoz; mais il survient une grande dispute sur le fait de cette requeste, pour resoudre qui le devoit presenter. M. l’archevesque de Tours, president de l’assemblée, soubtient que l’archevesque de Reins, frere du duc de Nemours, qui en avoit esté chargé, quoy qu’absent (à cause de la preseance de prince qui [qu’il] pretend), avec les commissaires evesques à ce commis, la devoit presenter à Leurs M. Les archevesques de Bourdeaux, d’Ambrun, de Thoulouse, et de Bourges, presentz, remonstrerent qu’on ne deputtat point d’absens. L’archevesque de Tours replicqua qu’on devoit mettre l’affaire en desliberation, qui passa sur la pleuralité de voix, que M. l’archevesque de Reins porteroit et presenteroit ladite requeste des commissaires evesques, deputtés pour cest effect.

Il y avoit contestation entre les conseillers d’Estat et M. Menardeau, directeur des finances, auquel les premiers ne vouloint pas ceder la presence dans le Conseil. De part et d’autres, ilz ont esté veoir M. le Cardinal, à qui M. de la Poterie, conseiller d’Estat, representa les droitz de ses confreres, avec beaucoup de vigueur. M. Menardeau luy remonstra, aussy, qu’on ne disputta point cette prerogative à M. d’Aligre, mais il avoit tesmoigné, en plain Conseil, que c’estoit une pure grace qu’on luy avoit faitte, et qu’il s’en departoit volontiers, quoy que filz de chancellier de France, pour ne prejudicier aux antiens conseillers d’Estat. Cest affaire feut reglée le 15, dans le Conseil. L’on disposa une table mediocrement /194v/ longue, au bout de laquelle est la chaire du Roy, à la droitte celle de M. le Chancellier, au dessoubs de luy M. Servient, à la gauche M. le Garde des Sceaux suivy de M. Foucquet, contre lequel ces mes[mes] conseillers d’Estat trouverent presque à redire pour la sceance. Ensuitte, de la droite et de la gauche, suivent ces mesmes conseillers d’Estat qui, pour estre en grand nombre, sont bien au dela de la table, sans la clorre; et les intendantz et directeurs sont au bout, à l’opposite de la chaire du Roy.

Le 16, apresdisnée, l’abbé de la Riviere estant venu en carrosse au palais d’Orleans, pour s’y promener dans le parc, les Suisses qui sont à la porte la luy fermerent au nez, quoy qu’ilz soufrissent entrer tout le monde. Ilz ne le vouleurent jamais laisser passer.

Le Roy et la Reyne sont allés feliciter Mme de Lorraine, sur l’heureuse issue du proces qu’elle a gaigné à Rome, contre la comtesse de Cantecroix.

Il y a quelque different entre M. le duc d’Elbeuf et le mareschal d’Hocquincourt, celuy cy voulant loger ses troupes autour de son gouvernement de Peronne, sans prendre attache du premier, qui est gouverneur de la province. S.E. travaille à les accommoder.

On a eu advis de Liege que quelques troupes de M. le Prince s’estant presentées devant le bourg et chasteau de Rochefort, pour y loger, les habitants, assisté du comte de Merode, les avoint repoussés et obligés, apres s’estre rendu maistre de leurs canons, de capituler pour le reavoir, et laisser en ostage un de leurs colonelz, pour asseurance qu’ilz les laisseroint vivre en repos. D’autres troupes de ce prince ont sommé aussy la ville de Sinay [Cinay], au mesme pays, pour recevoir garnison ou contribution; mais ayant respondu qu’ilz ne recognoissoint point le prince de Condé, ce mesme comte assemble les communes, pour les desloger de ses [ces] quartiers là.

S.A.R. est à Blois, d’où l’on dit qu’elle s’en ira, dans peu de temps, prendre des eaux à Baraluc [Balaruc] en Languedoch.

S.E. se promeine à Paris avec grande liberté. Elle a visitté Mme de Vendosme, et feut disner dans son Palais Mazarin. Elle a obligé le cardinal Anthoine Barbarin, qui logeoit dans une maison de louage au faubourg St Germain, d’aller demeurer dans sondit palais, ce qu’il a fait.

Le duc de Guyse est fait ministre d’Estat.

L’on recompense le petit duc de Ventadour, neveu du duc Damville, du gouvernement de Limousin, qu’on donne au mareschal de Turenne.

/195/ Les ennemis avoint fait mine d’assieger Roses [Rosas], mais ilz se sont retirés.

On confierme de Bourdeaux que les Holandois en ont enlevé les vins, sans payer les droitz à Blaye; et que, dimanche dernier, ce [se] devoit faire la ceremonie de baptisme du second filz de M. le Prince, auquel les juratz doivent estre les parrains, et Mme de Longueville la marraine. On s’y dispose à des grandes resjouissances.

Un party de cavalerie a fait prisonner, aupres de Reins, M. de Vineuil, gentilhomme de M. le Prince, qu’on a trouvé chargé de quelques lettres, et on le doit amener icy, à la Bastille.


/196/ De Paris le 28 febvrier 1653

Le 24 mourut icy M. de Momblain, doyen des conseillers clers de ce parlement, et frere de M. le Garde des Sceaux, qui sollicitte, aupres de Sa M., les benefices qu’il possedoit, pour l’abbé de Ste Croix, son filz.

Les lettres du 25, de Blois, portent que M. de Beaufort et le comte de Bury y estoint arrivés, avec Mme de Mombason; et que S.A.R. avoit donné, au second filz de M. de Raré, l’abbaye de St Lomer [St Laumer] de Blois, de 8 mille livres de rente, par la mort de l’abbé de Coudray Mompensier, dont le pere estant venu expres de Paris, pour la demander. Sadite A., qui n’est pas fort contente de ses services, luy respondit q’ung homme marié, comme luy, ne pouvant pas posseder ce benefice, et que son filz, qui est employé dans l’armée du roy, n’estoit pas pour quitter sa profession. On attendoit aussy à Blois Mademoiselle, pour y passer le Carnaval, apres lequel Madame faisoit estat d’aller à Tours, et de là à Saumeur [Saumur], faire ses devotions à Nostre Dame des Ardiliers.

Le 25, Sa M. dansa encor son balet, où se trouverent tous les evesques qui sont en Cour, et grand nombre de presidentz et conseillers, mais il n’y eut point de bal.

On escrit de Bourdeaux, du 21, que tous les preparatifz pour le batisme du petit duc de Bourbon estant achevés, M. de Marchin le porta, le 18, dans l’esglise, suivy de grand nombre de gentilhommes, qui marchoint en ceremonie. Mme de Longueville et le marquis de Todias, antien jurat, le porterent sur les fondz, et le nommerent Louys de Bordeaux; et apres cette ceremonie, outre les resjouissances extraordinaires, on distribua quantité de medailles d’argent; dont les unes portoint, d’ung costé, les armes de la ville, et de l’autre deux branches d’ormes croisées, avec cette devise: Nunquam deficient; les autres, les armes de M. le Prince, et sur le revers deux petitz aiglons, au dessus est une grande aigle qui les couvre de ses aisles.

Le 26 on eut advis que 4 ou 500 hommes que M. le Prince avoit envoyé, pour eslargir ses quartiers, s’estantz emparés de 2 petitz chasteaux, en avoint attaqué une 3e, nommé Therme [Termes]; lequel ayant resisté, ces trouppes envoyerent à Retel, querir du canon pour le forcer; mais pendant ce temps, quelques gentilhommes voisins, interessés dans la perte de ses [ces] chasteaux, envoyerent demander secours à MM. de Beaujeu et de Grandpré, qui commandent les troupes du Roy sur cette frontiere, les asseurans qu’avec un peu de monde, et les communes qu’ilz alloint faire marcher, ilz enleveroint les ennemis; ce qui leur reussit, ayant mis le feu dans le village où ilz estoint, et obligé, par ce moyen, une partie de ses [ces] troupes à se rendre, le sieur de Briolle, qui les commandoit, s’estant neamoings sauvé avec quelques autres.

/196v/ Les lettres de Toulon portent que les barques chargées de munitions pour le ravituaillement de Roses, en estoint parties, escortées de 2 vaisseaux de guerre.

Le regiment de Longueville, marchant en des quartiers d’hyvert, est entré par force dans le bourg de Reincy [Irancy], proche Auxerre, apres une grande resistance des habitans, laquelle obligea ces troupes de les maltraitter, en telle sorte qu’ilz en tuerent 30 ou 40.

Le Roy a remis encor les Estatz Generaux au 2e de may prochain, et il ne ce [se] parle plus de jubilé, qu’on nous avoit fait esperer au Dimanche Gras.

Sur l’advis que la Reyne a eut, de la maladie de M. le cardinal de Lyon, et sur ce que plusieurs pretendoint à ses benefices, la Reyne a dit publiquement que Sa M. les avoit tous promis à M. le cardinal Mazarin.

Hier, au soir, le Roy dansa encor son balet, où il arriva un accident, d’ung coup de pistollet qui feut tiré dans la salle où l’on dansoit, et blessa dangereusement un des spectateurs. L’ung et l’autre ont esté arrestés prisonniers, et l’on examine presentement cest affaire, pour en cognoistre la verité. Celuy dont le pistolet a tiré, dit, pour sa deffense, qu’il estoit desbandé par mesgarde, et sans qu’il s’en soit aperceu.

M. le Nonce avoit resolut de renvoyer aujourd’huy son courrier; de quoy ayant donné advis à la Cour, elle luy a promis audiance lundy prochain, ce qui l’a obligé de differer encor jusques à ce temps là.

On parle tousjours du mariage des deux niepces de S.E., avec le duc de Candale et le marquis de la Mesleraye. L’on tient mesmes, à la Cour, qu’ilz sont desja fort avancés.

L’affaire des rentiers s’accommode, et l’on ne croit pas qu’ilz presentent les requestes qu’ilz avoint resolu aux compagnies souveraines, d’autant que le Conseil leur a proposé quelques nouveaux moyens d’accommodement, sur lesquelz ilz se sont assemblés aujourd’huy, et tesmoignent les vouloir accepter.