|
A Tribute to Louis d'Adhémar de
Cransac de Panat
Une
voisine disait souvent :"Il n'est pas d'ici ", à propos du
châtelain de son village. Le Comte Louis d'Adhémar de Cransac de
Panat est né à Tunis où ses parents expatriés exploitaient la
vigne, mais il est venu à Panat assez jeune pour jouer dans la
terre de la place du village avec Henri et André Delaure. Les
Adhémar, ancien seigneurs de La Garinie, arrivent à Panat
seulement en 1648,à la suite d'une alliance; leur présence e n
Rouergue est donc très ancienne, bien que leur origine soit
d'essence chevaleresque de la Haute Provence (La Garde Adhémar,
Monteil, Clansaye etc ...). Du collège des Frères des Ecoles
Chrétiennes de Passy-Froyennes et de l'Ecole Nationale
d'Agriculture d'Angers, sort un jeune dandy parfaitement éduqué
pour entrer dans la haute société. Il mène une vie d'insouciance
et de bohème à Paris comme à Toulouse. Il voyage, rencontre sa
famille et découvre la France. Il cherche sa voie dans un monde
où le chômage n'est pas seulement réservé aux ouvriers. Il la
trouve pour un temps à la Compagnie des Wagons-Lits où il
devient chargé de la publicité. Il sera fier de sa participation
au lancement du grand train de luxe, La Flèche d'Or.
Sur
un défi, il entreprend de réaliser, d'après une mauvaise photo,
un considérable travail généalogique sur le mur du grand
escalier du chateau de Tilloloy appartenant à la Comtesse
d'Hinisdal, descendants de la famille des Belleforières
Soyecourt. Chateau totalement détruit en 1914-18 par les
Allemands. Il s'initie à l'héraldique, à l'art de peindre et de
dorer à la feuille, à la sigillographie. Son oeuvre reste l'une
des plus belles pièces du genre en France. Nombreuses sont les
grandes familles titrées, de France, ducales, princières, qui
ont fait appel à lui pour leurs tableaux généalogiques peint sur
soie, sur parchemin,d'une beauté et d'une véracité historique
remarquables. D'une parfaite honnêteté intellectuelle, Le comte
d'Adhémar de Panat n'a jamais omis de mentionner les petites
murettes parmi les quartiers, signe de roture, alors que les
plus grands héraldistes, d'Hozier par exemple, les ont parfois
oubliées, pour faire plaisir à leurs commanditaires.
Séduit par l'héraldique et la généalogie, excerçant un esprit
critique historique très fort, Louis d'Adhémar devient un " rat
d'archives " pour vérifier par les actes ce que ses
prédecesseurs ont affirmé dans leurs filiations parfois assez
fantaisistes. Il fait autorité parmi les érudits en ces domaines,
notamment au sein de la Société des Lettres de l'Aveyron à
partir de 1951, et de bien d'autres associations d'héraldique et
d'histoire locale. Sa competence est reconnue par l'obtention de
la grande médaille de la confédération internationale
d'héraldique en 1985. Ses connaissances et sa reputation, qui
ont traversé nos frontières, de ne jamais accepter le faux ou le
non prouvé, l'amènent inévitablement dans les commissions de
preuves de noblesse de l'Ordre de Malte et de l'A.N.F. L'éminent
Charles Samaran, de l'Institut, a cherché sa collaboration dans
la preparation d'une édition critique de l'oeuvre du grand
cardinal humanists d'Armagnac, toujours inachevée. Ses
communications et articles à la Société des Lettres ne
manquaient jamais d'érudition et d'esprit. Il y avait en lui
quelque chose du gentilhomme érudit du XVIIIe siècle. Un marquis
d'Aulais réincarné. Il a toujours refusé de se joindre aux
organisations d'extrême droite, telle l'Action Française. Peiné,
après Vatican II, par l'évolution de l'Eglise concernant la
liturgie, il a néanmoins résolument décliné toute participation
aux groupes qui ont cherché à faire de celle- ci un élément de
controverse et d'idéologie. Chez lui, il recevait toujours dans
les limites de ses moyens et il était souvent et secrétement le
dernier recours de ceux qui, dans l'indigence, ne pouvaient
trouver un peu d'argent pour survivre. Scénariste des fêtes
médiévales de Claivaux, il a su inspirer pendant plusieurs
années dans sa commune un rassemblement à la fois créatif et
populaire.
Les
grandes révolutions de notre temps n'ont pas facilité sa vie.
Mobilisé pendant la Deuxième Guerre, le hasard fait que le
colonel Groussard le désigne pour rester à Paris avec une
poignée de soldats aux Invalides. Il subit l'humiliation de voir
arriver et s'installer l'armée allemande dans ce sein des seins
de l'armée française, et est le témoin de la signature de la
défaite de son pays. Sa serenité face aux méfaits du temps et de
l'âge sur son château étonnaient ses amis. Comme l'historien
qu'il était, les ruines d'un château comme Calmont d'Olt,
l'émouvaient bien plus qu'un bâtiment un peu restauré. Il avait
beaucoup de goût et d'esprit dans les proportions d'un
gentlhomme français de la Renaissance. C'était un ami fidèle,
indépendant, un parfait fils du Rouergue. Le Comte Louis
d'Adhémar de Panat a donné aux Archives de l'Aveyron et à la
Société des Lettres un nombre important de documents relatifs à
Panat et légué à son fils Roland l'ensemble de ses autres
documents, recherches généalogiques. La continuité est ainsi
assurée, également par son petit-fils Olivier.
Comte Roland
d'Adhémar de Panat
Orest Ranum
|