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The Fronde Newsletters for 1651:

August 1651
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De Paris le 4 aoust 1651
Vous aures sceu que l'abbé d'Estaing ayant
obtenu l'evesché de Clermont plus de force que de gré, le cardinal Mazarin,
suivant son micquemac ordinaire, l'obligea à donner son abbaye, de laquelle il
disposa en faveur du filz du comte de Matha; mais cest abbé fit en mesme temps
une revocation de sa demission, laquelle il a fait paroistre aussytost qu'il a
esté asseuré de son evesché, et empesche ce comte de jouir de l'abbaye, disant
que le cardinal Mazarin luy en avoit extorqué la demission par violence, dont la
Reyne est faschée contre luy.
Les prelatz qui sont à Paris se sont assemblés
deux fois pour resoudre de faire des plaintes à la Reyne sur ce que le Parlement
de Thoulouse a fait saisir le revenu du temporel de l'evesché de Lavaur, à cause
que l'evesque n'y reside pas.
Le 29 du passé M. le duc d'Orleans, Madame, et
Mademoiselle reviendrent de Limours et disnerent en passant à Berny, maison du
president de Bellievre. Aussytost que S.A.R. feut arrivée à Paris, M. le Prince
allat conferer avec elle, et apres feut au Palais Royal et trouva tous les
espritz d'ung costé et d'autre aussy opiniastrés qu'auparavant.
Le mesme jour Mme la Princesse et Mlle [sic]
de Longueville partirent de St Maur pour leur voyage de Montront et feurent
coucher à Chilly, d'où elles poursuiverent leur chemin le lendemain. On
fortiffie cette place, qui est bien munie, et la grosse tour de Bourges.
La semaine passée le duc de Richelieu feut au
Palais Royal pour retirer la parolle qu'il avoit donné à la Reyne de ne sortir
point de Paris sans congé, fondé sur ce qu'il ne pouvoit pas subsister dans
Paris, puisque Mme d'Aigullion luy retient tout son bien et empesche qu'il ne
puisse jouyr d'aucune chose et que mesmes elle veut faire vendre le duché de
Richelieu soubz pretexte de payer des creantiers. Il obligea mesmes le comte de
Miossens à retirer sa parolle, mais la Reyne ne la voulut point rendre ny à
l'ung ny à l'autre; et nonobstant cela, le duc ne laissa pas de partir d'icy le
29 pour aller à Richelieu avec sa femme, et ilz feurent trouver ces deux
princesses à Chilly, d'où ilz les ont accompagnés jusques au delà d'Orleans.
Le mesme jour on eut advis par courrier
extraordinaire que M. d'Argenson estoit mort d'apoplexie à Venise, peu de jours
apres y estre arrivé en qualité d'ambassadeur ordinaire.
Le mesme jour on proposa de nouveau à M. de
Chasteauneuf de revenir dans le Conseil du Roy en qualité de principal ministre
et de prier S.A.R. de consentir que les sceaux feussent donnés au Premier
President, la charge duquel en ce cas seroit donnée au president de Bellievre,
qui par ce moyen cedderoit la sienne de president au mortier à M. de
Champlastreux, dont le premier demeura d'accord. L'on croit que cette affaire
passera de cette façon, quoy qu'il y
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aye encor deux difficultés à vuider. La premiere est que M. le Chancellier,
porté par touttes les femmes de la Reyne, voudroit bien demeurer dans le Conseil
et y precedder tous les autres ministres comme chancellier, et la Reyne y
consentiroit volontiers; mais M. de Chasteauneuf ne voulant pas luy cedder, l'on
croit qu'il faudra que M. le Chancellier se retire. La seconde est que M. de
Bellievre n'ayant point voulu bailler sa charge de president au mortier, qui
vaut 800 mille livres, à moings que M. de Champlastreux luy en donna 500 mille
livres, celuy cy a dit qu'il aymoit mieux qu'on luy donnat celle de secretaire
d'Estat de M. Le Tellier; lequel l'ayant sceu, a fait agir ses amis pour faire
agreer la Reyne qu'on luy donnat cette charge de president au mortier et qu'il
donneroit à M. de Bellievre les 500 mille livres qu'il demande, avec la
demission de la sienne à M. de Champlastreux; mais sa proposition n'a pas
reeussy, et pour mieux accommoder cette affaire, la Reyne a promis de donner 100
mille livres à M. de Bellievre si M. de Champlastreux luy vouloit donner le
reste; à quoy le Premier President n'est pas encor bien resolu. La Reyne ayant
aussy tesmoigné qu'elle desiroit mettre M. le Coadjuteur dans le Conseil, il
s'en excusoit d'abord, mais on asseure que depuis 2 jours il s'est ravisé; mais
neamoings ce changement n'est pas encor prest de se faire. L'on parle d'oster en
mesme temps la surintendance des finances au president de Maisons et de la
donner au marquis de la Vieuville, et d'accepter aussy les propositions faittes
par les partisans Doublet, Montauront, et autres creantiers du Roy. Cepandant,
despuis la sortie de MM. Servient, Le Tellier, et Lyonne, la Reyne prent conseil
de M. de Senneterre et du Premier President, ches lesquelz elle envoye tous les
jours M. de Brienne pour prendre leurs advis sur les affaires.
Le 30 au soir la Reyne envoya M. de Sainctot au
palais d'Orleans pour prier S.A.R. d'envoyer le lendemain au matin, prier le
Parlement de differer l'assemblée pour deux jours, ce que S.A.R. fit; et ce
qu'elle demandoit luy feut aussytost accordé.
Le mesme jour le different des trouppes de M.
le Prince avec le mareschal d'Aumont feut accommodé, en sorte que le premier
ayant representé à M. le duc d'Orleans qu'elles ne se pouvoint fier au Mareschal,
qui est creature du cardinal Mazarin, mais qu'elles obeiroint à touttes autre
personne que S.A.R. voudroit, il feut arresté que le comte de Tavanes, qui
commande en qualité de lieutenant general, s'en reviendroit et qu'elles seroint
commandées par M. de Valon, mareschal de camp, qui commande le regiment de
Languedoch, et qu'elles ne joindroint le gros de l'armée qu'en cas de besoing.
Celuy cy est party aujourd'huy pour cest effect.
Le mesme jour on eut advis de Rouen que M. de
Longueville en partit le 22 du passé pour la Basse Normandie, ayant esté
auparavant prendre congé du Parlement, où il recommenda la veriffication de la
survivance de lieutenant general de cette province là, qui avoit esté accordée,
à sa recommendation, au
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d'en faire la fonction en l'absence du marquis de Beuvron, son pere; sur quoy ce
Parlement là s'estant assemblé le 29, arresta que tres humbles remonstrances
seroint faittes à Leurs M. sur l'obtention de cette survivance, dont les lettres
patentes n'estant pas dans les formes ordinaires, desirent qu'elles soint
reformées, en sorte que ce marquis n'en puissent jouyr qu'apres la mort de son
pere. L'on y avoit remarqué que 4 ou 5 charrettes chargées d'armes estoint
parties de Rouen pour aller à Dieppe, et que toutes les places de M. de
Longueville ont esté bien munies despuis peu.
Le valet de chambre qui estoit à M. de Bar
pendant la detention de MM. les princes et qui, apres leur liberté, feut receu
au service de M. le Prince, estant arrivé la semaine passée au Havre, y feut
arresté prisonnier par le lieutenant de Mme d'Aigullion, laquelle luy fait faire
le proces, estant accusé d'avoir voulu de nouveau faire surprendre cette place;
et l'on asseure que par les gehennes qu'on luy fait souffir, on luy a fait
declarer toutte l'intrigue de cette affaire, et que ses complices seront
bientost pendus avec luy.
Le Parlement de Bretagne n'a point voulu
desliberer sur la lettre de M. le Prince. Ceux de Rouen et de Dijon luy ont fait
response seulement par lettre de compliment, par laquelle ilz s'excusent de n'y
pouvoir pas desliberer. Celuy de Provence a donné arrest portant que Leurs M.
seroint suppliées de donner les seurté necessaires à M. le Prince, auquel outre
cela il a fait response.
Le duc d'Angoulesme obtient ces jours passés un
arrest du Conseil portant que les informations faittes contre ceux qui avoint
assiegés les consulz de Marseille dans leur hostel de ville, seroint apportées
au Conseil, et que les prisonniers detenus pour ce subject seroint eslargis, et
en cas de refus que les geolliers y seroint contraintz par corps; dont le
Parlement de Provence ayant esté adverty, a donné arrest portant deffense aux
geolliers de Marseille de laisser sortir aucungs de ces prisonniers sans
s'arrester à l'arrest du Conseil; et afin que le lieutenant general du senechal
de Marseille ne s'en servit pour mettre en liberté un nommé Langlois, les
consulz l'ont fait transferer des prisons de Marseille dans celles d'Aix; et on
escrit que M. le Chancellier, se plaignant de ce qu'il a donné cet arrest pour
eslargir ces prisonniers sans avoir veu les informations.
Le chevalier de la Ferriere arriva icy en poste
le premier du courant et porta nouvelles que quelques galleres espagnolles et
quelques vaisseaux avoint mouillés l'ancre aux isles d'Ieres [Hyères], ce qui
avoit donné l'alarme à toutte la Provence; mais despuis il n'en est point venu
d'autres nouvelles, et l'on croit que ce sont 6 galleres et les 4 ou 5 vaisseaux
qui estoint à Final [Finale] pour y embarquer les 2 mille Allemandz que le
marquis de Carracene a envoyé en Catalougne, et que les ventz de Ponant, qui
regnent d'ordinaire sur cette coste, les auront jetté dans ces isles.
Le 31 et le premier du courant ce [se] sont
passés les negotiations de M. le duc d'Orleans pour l'accommodement de l'affaire
de M. le Prince, qui a paru despuis.
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Le second, le Parlement estant assemblé et M. le duc d'Orleans s'y estant trouvé
avec M. le Prince, MM. les Gens du roy apres avoir rendu conte de l'estat de la
declaration accordée contre le cardinal Mazarin, dirent que le Roy se plaignoit
de ce que M. le Prince estant dans Paris despuis si longtemps sans aller au
Palais Royal; et le Premier President ayant fait rapport de ce que la Reyne
avoit fait dire aux depputtés de la Compagnie le 26 du passé par M. le
Chancellier, adjousta que tout le monde trouvoit bien estrange que M. le Prince
differoit si longtemps à veoir Leurs M., et qu'on pourroit dire qu'il voudroit
mettre autel contre autel; à quoy ce prince repartit ces mots: "Ce que j'ay fait
ne fera pas parler de la sorte, mais bien ce que vous dites." Le Premier
President replicqua à cela que si M. le Prince entendoit parler de luy, il luy
respondroit; et apres un murmure qui se leva là dessus, Son A. justiffia son
proceddé, ayant dit qu'il croyoit que la Compagnie avoit asses bonne opinion de
la sincerité de ses intentions pour n'ajouster aucune foy aux bruitz que ses
ennemis avoint fait courir contre luy; que pour estre passé devant le Palais
Royal, il esperoit qu'on ne s'imagineroit pas qu'il eut esté asses temeraire
pour avoir eu le desseing de morguer le Roy, puisqu'il passoit au travers des
gardes qui environnoint ce pallais; que pour l'action du Cours, il protestoit de
n'avoir pas sceu que le Roy y deut passer; qu'il avoit creu de n'estre pas
obligé de s'en faire pour eviter cette rencontre, puisqu'il ne se sentoit pas
criminel; que ses actions confondroint tousjours ceux qui vouloit faire croire
qu'il eut desseing de faire une guerre civile; et que quant à ses troupes, qu'il
estoit vray qu'elle ne pouvoit se resoudre à obeir au mareschal d'Aumont,
puisque c'est une creature du cardinal Mazarin qui avoit desseing de les perdre;
mais qu'il avoit prié S.A.R. de nommer une personne pour les commander, qu'elle
avoit nommé M. de Valon; et enfin, que ses troupes obeiroint à tous les ordres
que S.A.R. leur donneroit pour le service du Roy. Pour ce qui est du suject qui
[qu'il] n'alloit point au Pallais Royal, il dit qu'il n'y avoit trouvé aucune
seureté, qu'il y avoit des nouveaux ordres de l'arrester, et qu'à cette fin il
s'estoit tenu une assemblée de 3 ou 4 personnes. Alors le Premier President le
pria de les nommer et l'en pressa fort, disant qu'on luy en feroit justice; et
une cohue s'estant levé là dessus, M. le duc d'Orleans impose silence à toutte
la Compagnie et dit qu'il avoit fait tous ses efforts pour vaincre les
difficultés qui ce [se] rencontroint dans cette affaire, sans y avoir peu
jusques icy reeussir; et que M. le Prince luy avoit apris des choses qui
s'estoint passées despuis quelques jours, lesquelles veritablement luy donnoint
des nouveaux subjects de deffiances, et notemment le retour de M. de Mercoeur,
qui avoit esté si certainement veoir le cardinal Mazarin q'ung nommé Ciron se
ventoit publiquement partout Paris de luy avoir accompagnés et d'avoir veu
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l'accomplissement de son mariage; à quoy M. le Prince adjousta que les
intelligences avec le Cardinal continuoint plus que jamais par les frequentz
voyages que faisoit le nommé Ciron et 2 autres, l'ung nommé Bartet, qui a icy la
commission du resident de Collogne, et l'autre Brachet, qui est secretaire au
mareschal de Seneterre; qu'on voyoit tous les jours un secretaire italien nommé
Ondedei qui negotioit icy des secrettes intrigues pour son retour; que c'estoit
un grand mespris des arrestz du Parlement, qui esloignoit tous les domestiques
estrangers aussy bien que leur maistre. Sur cela l'on appella MM. les Gens du
roy, ausquelz le Premier President dit que S.A.R. tesmoignoit que despuis peu il
s'estoit passé des choses qui donnoint des nouvelles deffiances à M. le Prince,
et leur demanda s'ilz n'avoint point d'ordre de luy donner quelque autre seurté
contre ce qu'on n'avoit peu [ce qu'on avoit pu?] de nouveau concerter contre luy;
à quoy ilz respondirent qu'ilz ne sçavoint ce que c'estoit, et que si ces
deffiances venoint de la part du cardinal Mazarin, l'on ne pouvoit donner des
plus grandes seurtés à M. le Prince que l'execution des arrestz donnés contre ce
cardinal, en faisant informer contre ceux qui avoint contrevenu, et qu'il y en
avoit dans la Compagnie qui se faisoint de feste, et que neamoings faisoint tout
le contraire de ce qu'ilz vouloint faire à croire. Sur cela M. le Prince et
plusieurs autres dirent qu'il falloit les nommer, puisqu'il avoit bien nommé
ceux qui ce [se] pouvoint nommer; et une autre cohue s'estant levée là dessus,
M. Talon, advocat general, qui portoit la parolle, se plaignit hautement de ce
que l'on l'avoit interrompu, et dit qu'autres fois les Gens du roy s'estant
plaintz de pareille chose, on leur avoit fait justice, laquelle neamoings il ne
demanda pas; et l'on ne parla plus de cet incident ny de nommer personne; mais,
dans ce temp là, M. Coulon print occasion de dire qu'il falloit demander à M. le
Procureur General s'il avoit informé contre l'abbé Foucquet, son frere, qui
avoit esté veoir le cardinal Mazarin 2 ou 3 fois despuis son esloignement; à
quoy le Procureur General repartit que si la Compagnie l'interpelloit de rendre
conte des actions de ses parens, il estoit prest de le faire, mais q'ung
particulier n'avoit pas droit de le faire parler, et qu'il n'avoit rien à luy
respondre. Apres cela, le Premier President ayant derechef representé que la
principale chose à laquelle il falloit songer estoit de prier M. le Prince de
veoir la Reyne, celuy cy apres avoir fait cognoistre qu'il feroit ce que la
Compagnie jugeroit à propos, dit qu'on parloit d'ung nouveau changement de
Conseil et qu'il y avoit là des personnes qui s'interessoint fort à cela; sur
quoy le Premier President luy ayant demandé si c'estoit de luy qu'il vouloit
parler, il respondit seulement que la suitte le feroit cognoistre. L'on en vient
aux opinions, et presque tout d'une voix il feut arresté que M. le Prince seroit
prié de veoir Leurs M. au plus tost; que la parolle de ne rappeller point MM.
Servien, Le Tellier, et Lyonne
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seroit incerée dans les registres; que tous les arrestz donnés contre le
Cardinal seroit executtés; que le nommé Ondedei seroit pris au corps; que Ciron,
Bratet [Bartet], et Brachet seroint adjournés, pour comparoir en personnes; et
que M. de Mercoeur seroit invitté de venir prendre sa place à l'assemblée lundy
prochain, pour rendre conte du voyage qu'il a fait vers le cardinal Mazarin et
de son pretendu mariage. Le greffier Guyet feut hier inviter M. de Mercoeur de
se trouver lundy prochain à l'assemblée du Parlement, à quoy il respondit qu'il
ne manqueroit pas.
Hier, l'apresdisnée, M. le duc d'Orleans ayant
achevé l'accommodement de M. le Prince, arresta avec luy de le mener au Palais
Royal; à quoy s'estant preparé, il aprint que le Roy avoit desseing d'aller à la
chasse, et que pour cest effect les gendarmes et chevaux legers estoint devant
le Palais Royal attendant son despart; dont M. le Prince ayant pris subject de
deffiance, il en parla à S.A.R., qui envoya prier la Reyne de faire en sorte que
le Roy remit cette partie à aujourd'huy afin que M. le Prince luy peut aller
rendre ses devoirs. Aussytost l'on contremanda les gendarmes et chevaux legers,
et S.A.R. partit ensuitte avec M. le Prince, auquel elle promit, pour plus
grande seurté, de ne le quitter point qu'il ne feut de retour. Estant arrivés au
Palais Royal, M. le Prince salua la Reyne fort profondement, et aussytost l'on
alla querir le Roy, qui se divertissoit dans le jardin; et Sa M. estant ches la
Reyne, embrassa et caressa fort M. le Prince, auquel la Reyne fit aussy fort bon
visage; et l'on remarqua qu'il n'y s'y parla que des choses indifferentes
pendant un bon quart d'heure qu'il y demeura, apres lequel il sortit avec
S.A.R.; à laquelle la Reyne ayant envoyé le duc d'Amville avant qu'elle feut
descendue l'escalier, de ne s'en aller pas qu'elle ne luy eut parlé. Elle s'en
excusa à cause de la parolle qu'elle avoit donné à M. le Prince de ne le point
quitter, et luy promit de la veoir aujourd'huy, comme il a fait, avec M. le
Prince et M. de Conty, qui ont assisté au Conseil.
Nostre armée est campée despuis 8 ou 10 jours à
Arlux [Arleux], proche Douay, sans entreprendre autre chose que des courses dans
le pays ennemy. Les officiers y sont fort divisés despuis le mescontentement de
M. le Prince; et pour les mettre d'accord on parle de diviser l'armée en 2
corps, d'en donner le commandement d'ung au mareschal d'Estampes et laisser
l'autre au mareschal d'Aumont, mais on dit que celuy cy demande son congé.
Le proces de la reyne de Pologne et de la
Princesse palatine contre le duc de Mantoue feut hier jugé à la Grand' Chambre
du Parlement, où ce duc là
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esté mises hors de cours et de proces sans despens, et ordonna que ce duc
donneroit à la Princesse palatine 60 mille livres de rente qui luy sont affectés
sur les biens que le feu duc de Nevers, despuis duc de Mantoue, possedoit en
France, si mieux n'aymoit luy payer dans 3 mois la somme de 400 mille escus pour
le rachapt de cette rente.
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De Paris le xi aoust 1651
MM. les evesques de Chalon, d'Angers, de
Beauvais, et d'autres au nombre de 14 ou 15, et plus de 30 docteurs, ont escrit
une lettre au Pape, par laquelle ilz le supplient de laisser les questions de la
grace libres dans les escoles comme elles ont esté jusques à present, ou que
s'il les veut juger, il ne les condemne pas sans ouyr les parties, adjoustant
que si Sa Sainteté condennoit les articles que certains evesques luy ont envoyé
sur cette matiere, les espritz sont tellement eschauffés qu'elle commettroit son
authorité et que mesmes elle ne seroit pas obeie.
Nombre de prelatz qui sont icy murmurent de ce
que l'abbé de Chanvalon, nommé à l'archevesché de Rouen, ayant esté declaré
deputté pour les Estatz Generaux, a presté le serment devant le balif de Rouen,
soubtenant que les evesques ne doibvent prester le serment que dans l'assemblée
des Estatz; lesquelz la Reyne s'opiniastre fort de faire tenir à Tours, où
touttes les lettres de convocation les indisent au 8 de septembre, et le Roy
promet de s'y rendre mesmes ce jour là; et au contraire, M. le duc d'Orleans et
M. le Prince continuent à demander, avec la noblesse, qui [qu'ilz] se tiennent
dans Paris, qu'ilz ne veulent point quitter du tout.
Le mareschal d'Hocquincourt arriva icy au
commencement de la semaine passée et feut escorté par 3 ou 400 chevaux, qui ont
logés 7 ou 8 jours aux environs de Paris, pendant lequel temps le bruit a couru
que ce mareschal n'estoit venu que pour concerter les moyens de la sortie du
Roy, qu'on avoit parlé de faire aller à l'armée pour y obliger les officiers
d'habandonner entierement le party des princes; que Leurs M. devoint secourrir à
Peronne jusques à la Majorité, qui arrivera le 5 septembre; à quoy l'on
adjoustoit mesmes que le cardinal Mazarin y devoit venir; mais au Palais Royal
on dit que ce sont des faux bruitz. Cepandant une partie des officiers de
l'armée ont fait serment de n'obeir point à d'autre chef qu'au mareschal
d'Aumont, lequel a fait sa brigue pour cela dans armée, dès qu'il a sceu que M.
le Prince avoit proposé de la diviser en deux corps.
Le proces ayant esté fait aux soldatz qui
avoint esté de l'intelligence qui s'estoit faitte pour surprendre Le Havre, l'on
en a condemné et executté 8: sçavoir, un caporal qui a esté roué tout vif, 4
soldatz pendus, et 3 condemnés aux galleres. Le valet de chambre qui avoit esté
à M. de Bar y est encor prisonnier, sa condennation ayant esté differée.
Neamoings il y a encor asses bon nombre
d'officiers aupres desquelz le mareschal d'Aumont n'a point de creance, et cette
division a causé un accident fort fascheux, en ce qu'il a voulu deffendre à
toutte l'armée, qui est encor postée à Arleux, de faire aucun party pour aller à
la petite guerre et de sortir du camp sur peyne de la vie. Les officiers qui ne
luy avoint pas presté serment, voyant que cette deffense duroit longtemps, ont
concerté entre eux d'aller à la petite guerre, nonobstant la deffense, disant
pour leur raison qu'il ne pouvoit se tenir sans rien faire et qu'on ne pouvoit
pas trouver à redire qu'ilz incommodassent les ennemis estant dans
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leur pays. Pour cest effect l'infanterie feut la premiere à eslire un de ses
officiers pour commander dans un party qu'elle avoit resolu de faire pour la
petite guerre. Ensuitte, la cavalerie a esleu aussy un des siens, dont ce
mareschal ayant esté averty, envoya querir l'officier que l'infanterie avoit
esleu et demanda s'il estoit resolu d'executter la commission qu'on luy avoit
donnée contre ses ordres; à quoy il respondit, apres avoir desduit quelques
raisons, que puisque ses [c]amarades luy avoint fait l'honneur de la luy donner,
qu'il ne pouvoit pas la refuser; ce qui mit ce mareschal en si grand colere
qu'il le tua de sa main, sur le champ, d'ung coup de pistollet, et ensuitte
accourut au quartier de la cavalerie pour en faire autant à celuy cy; lesquelz
ayant sceu la mort de l'autre, feurent porter le pistollet à la gorge du
Mareschal, le menaceant de le tuer s'il osoit touscher celuy qu'ilz avoit nommé,
et l'obligerent de donner parolle de ne le point rechercher pour cela; mais
cette nouvelle est contreditte pas [par] plusieurs, et un courrier arrivé
aujourd'huy n'en parle point.
Il y a advis de Poictou que le comte d'Augnon
ayant longtemps recherché l'amitié de Mlle de Dampierre, soeur du marquis de ce
nom, qui est fort belle fille mais non pas riche, a tant fait qu'apres luy avoir
fait une promesse de mariage, elle luy a permis de coucher avec elle, en sorte
que peu apres se trouvant grosse, elle a esté contraint de dire ce secret à ses
parans; lesquelz s'estant assemblés sur ce subject chez elle et ayant resolu de
la luy faire espouser par force, ont trouvé moyen de le faire venir au logis de
cette damoiselle, luy ayant fait sçavoir qu'elle estoit fort mallade. Ce comte
estant arrivé ches elle et l'ayant trouvé fort parée et adjustée, luy eut dit et
declaré qu'il falloit qu'il espousat devant que sortir de là ou qu'il y mourut,
et qu'ilz estoint resolu à ce desseing plustost que de souffir q'ung tel affront
feut fait à leur Maison. Ilz avoint un notaire et un prebtre qui attendoint la
ceremonie et qui la firent aussytost, ce comte ayant esté contraint d'espouser
cette demoiselle apres avoir signé le contrat de mariage, qui feut aussy signé
par 7 ou 8 des principaux de sa suitte, qui prirent la qualité des ses amis.
L'on imprime presentement un ouvrage qu'on a
fait faire au Roy intitulé, La Traduction des commentaires de Cesar, fait
par Louys 14 Dieudonné.
M. de Beaufort ayant sceu, la semaine passée,
le mariage de M. de Mercoeur par la bouche de M. de Verderonne, en feut si outré
qu'il ne s'en peut consoller. Il envoya icy, le 6 du courant, un gentilhomme
pour solliciter de sa part MM. du Parlement de casser ce mariage.
Le 7 du courant, à 6 heures du matin, des
domestiques de M. le Prince menerent au palais d'Orleans un nommé Mettayer,
valet de chambre du cardinal Mazarin, lequel ilz avoint arresté au Louvre en
Parisis et luy avoint trouvé une lettre escritte en chiffre. Il feut interrogé
dans le Palais par M. Meusnier, conseiller de la Grande Chambre, qui luy demanda
qu'il [qui il] estoit. Il dit son nom, qu'il estoit natif d'Anjou, qu'il avoit
servy 3 ans le cardinal Mazarin en qualité de valet de chambre, et qu'il
n'estoit /457/
plus à luy mais bien au Roy en la mesme qualité; qu'il avoit esté pris à 4
lieues d'icy par des gens de M. le Prince, et qu'ayant creu qu'ilz le vouloint
voler, il l'auroit [il auroit] laissé tomber sa bourse, dans laquelle il y avoit
60 pistolles; qu'ilz luy auroint retenues en luy disant, apres l'avoir fait
marcher 20 pas, qu'ilz n'avoint peu la trouver; qu'il n'alloit point trouver le
cardinal Mazarin, mais qu'il alloit à Bruxelles pour traitter avec un domestique
du prince de Chimay de quelques biens qu'il a en Anjou; que pour y aller en plus
grande seurté, il attendoit au Louvre en Parisis un des gens de M. de Navailles,
pour aller passer avec luy à Bapaume, où il auroit pris escorte; et que
veritablement il estoit chargé d'une lettre escritte en chiffre, mais qu'il n'en
sçavoit pas le contenu, et qu'elle luy avoit esté donné par le chevalier Pol,
qui l'avoit chargé de la rendre à un de ses amis à Bruxelles, lequel luy
descouvriroit fort bien le desseing des Espagnolz.
M. de Mercoeur ayant promis, la semaine passée,
au greffier Guyet de se trouver à l'assemblée du Parlement, y arriva le 7 du
courant dès 6 heures du matin, accompagné d'une vingtaine de ses amis pour le
deffendre en cas d'insulte du peuple. M. le duc d'Orleans s'y trouva 2 heures
apres avec M. le Prince; et les sceances estant prises, l'on commencea à
demander à M. de Mercoeur s'il estoit vray qu'il feut marié et qu'il feut allé
trouver le cardinal Mazarin; à quoy il respondit qu'il n'avoit rien fait contre
les arrestz du Parlement. Il dit que quant bien il seroit marié, on ne pouvoit
pas y trouver à redire, et que s'il estoit, ç'avoit esté devant les arrestz
donnés contre le cardinal Mazarin. On contesta encor beaucoup avec luy sans le
pouvoir obliger à s'ouvrir d'avantage, n'ayant voulu faire que des responses
ambigues à touttes les objections qu'on luy faisoit sur ces contestations.
L'assemblée voyant qu'elle ne pouvoit tirer de luy rien de positif, deslibera
sur ce subject; et sur l'advis de M. de Champrond, qui feut suivy de 117 voix,
il feut arresté et ordonné que M. de Mercoeur respondroit cathegoriquement s'il
estoit vray qu'il feut marié, et en quel temps, et si c'estoit du consentement
du Roy, de la Reyne, de M. le duc d'Orleans, et de M. le Prince; s'il avoit fait
le voyage de Cologne, et ce qu'il y avoit fait; apres quoy le Premier President
l'ayant derechef interrogé sur tous ces chefz, il voulu encor biaiser dans les
responses, ce qu'il [qui] feut cause d'ung grand murmure qui se leva contre luy,
en sorte qu'il feut obigé de dire tout haut qu'on ne l'interrompit point et
qu'il respondroit. Ce murmure ayant cessé, il declara qu'il estoit vray qu'il
estoit marié, que ç'avoit esté 8 jours devant le despart du cardinal Mazarin,
que son contrat de mariage estoit signé par le Roy et la Reyne, et par ses
parans, et fait en bonne forme, que M. le duc d'Orleans mesmes en avoit esté le
promoteur et luy en avoit parlé avant qu'il eut songé à Mlle Manciny; à quoy
S.A.R. respondit que veritablement, pendant la guerre de Paris la Reyne l'en
avoit fait prier par l'abbé de la Riviere, et par le mareschal
/457v/
d'Estrés, de proposer ce mariage et d'y consentir, et qu'elle ne voulut pas
alors desobliger Sa M., qui le souhaittoit; qu'on luy en parla derechef au
dernier voyage que la Cour fit à Compiegne, et qu'il ne s'en esloigna pas encor,
mais qu'au retour du voyage de Bourdeaux, le cardinal Mazarin luy en ayant parlé,
elle retira sa parolle et n'y voulu point consentir, ayant cognu la mauvaise
conduitte et la decadence des affaires de ce cardinal; et que mesmes elle en
parla ensuite à M. de Vendosme et à M. de Beaufort qu'elle n'aprouvoit ce
mariage; et que despuis elle n'avoit point ouy parler; à quoy M. le Prince
adjousta qu'il feroit veoir, le lendemain, à la Compagnie par une lettre
escritte de la main du cardinal Mazarin, que S.A.R. n'avoit pas consenty à ce
mariage. Quant au voyage de Cologne, M. de Mercoeur le nia absoluement et
soubtient qu'il n'estoit point sorty de France; et apres plusieurs
contestations, l'on remit au lendemain la desliberation qu'on avoit à faire là
dessus; et en l'interrogatoire qu'on avoit fait à Metayer au palais d'Orleans,
le Premier President ayant dit qu'on trouvoit fort estrange au Palais Royal que
M. le Prince eut fait arrester de son authorité privée et mener à Paris un
officier du roy, ce prince repartit qu'ayant aprit q'ung homme qu'on ne cognoit
que pour estre au cardinal Mazarin avoit un passeport et qu'il alloit trouver
son maistre, il en avoit donné advis à S.A.R., qui avoit trouvé à propos qu'on
l'arresta, comme elle a dit qu'il estoit vray et que c'estoit par son ordre
qu'on l'avoit arresté; à quoy l'on ne trouva plus à redire, et il feut ordonné
que Mettayer seroit mis dans la Conciergerie, apres quoy l'assemblée se separa;
et à la sortie l'on cria dans la salle du Palais, "Point de Mazarin! Point de
rasse de Mazarin!" M. de Mercoeur sortit par derriere la Grand' Chambre et par
le logis de M. le Premier President, et Mettayer ne feut mené à la Conciergerie
qu'à 9 heures du soir.
Le 8, du matin, M. le duc d'Orleans et M. le
Prince s'estantz trouvés au Parlement, le Premier President dit qu'il
s'estonnoit fort de ce que les depputtés qui avoint esté nommé pour travailler
ches luy à la declaration contre le cardinal Mazarin, n'avoint point songé d'en
faire aucung project, et que cela l'avoit obligé d'en faire un, duquel la
Compagnie trouva bon qu'on fit lecture, pendant laquelle on changea quelques
termes. Apres qu'elle feut achevée, S.A.R. dit qu'elle la trouvoit fort bien
prise, mais qu'elle seroit d'advis d'y speciffier en substance quelq'ungs des
principaux crimes du cardinal Mazarin, desquelz elle en fit remarquer 4 qu'elle
jugeoit à propos d'y incerer, sçavoir: le premier, la rupture de la paix, qui
estoit notoire à tout le monde; 2, le siege de Cambray, qu'il avoit faict faire
sans en parler au Conseil à cause qu'il le faisoit par intelligence avec
l'Archiduc pour luy donner moyen de se rendre maistre dans cette place sur
pretexte d'y jetter du secours; 3, le voyage de Bourdeaux qu'il fit faire au Roy
dans une saison malsaine au temps de la canicule, sans autre interest que
l'ambition de faire, par ce moyen, le mariage
/458/
de sa seconde niepce avec M. de Candale, ayant preferé ses interestz à ceux de
l'Estat, en laissant venir les ennemis aux portes de Paris sans avoir laissé ny
hommes ny argent à l'Espargne pour deffendre la capitale du royaume; 4, la
prison de MM. les princes sans crimes, et la traduction du Bois de Vincennes au
Havre, lieu si malsain que M. le prince de Conty y avoit tousjours esté malade;
à quoy elle adjousta qu'elle avoit encor deux choses plus considerables que tout
cela à dire à la Compagnie, lesquelles elle reservoit pour la premiere assemblée.
L'advis de S.A.R. feut aussytost approuvé, et il feut arresté que les deputtés
retourneroint l'apresdisnée ches le Premier President pour dresser la
declaration suivant le sens de S.A.R. Ensuitte l'on deslibera sur le mariage de
M. de Mercoeur, qui ne se trouva pas à l'assemblée ce jour là, et il feut
arresté que celuy cy mettroit dans 3 jours entre les mains de MM. les Gens du
roy tous les actes concernantz ce mariage avec la Mancini, pour estre
communiqués à M. de Vendosme; que les arrestz donnés contre le cardinal Mazarin
et ses parens et domestiques seront executtés à l'esgard d'elle, et deffenses à
elle d'entrer dans le rouyaume, et faisant injonction d'en sortir si elle y est
(comme l'on veut qu'elle soit dans Paris). Apres cela on se leva, et l'assemblée
feut remise à demain. L'on remarqua que le Premier President ayant traitté la
Mancini de "damoiselle" en prononceant l'arrest, M. le duc d'Orleans commanda au
greffier de ne traitter point la Mancini de "damoiselle."
Le mesme jour 8, au soir, Mme d'Aigullion feut
au palais d'Orleans avec M. de Chavigny et le president Le Bailleul pour prier
S.A.R. de se vouloir entremettre pour accommoder M. le Prince avec cette dame.
Les propositions en ayant esté faittes à M. le Prince, il respondit qu'il
souhaittoit q'elle aprouvat le mariage du duc de Richelieu et qu'en ce cas qu'il
mettroit en arbitrage volontiers tous les autres differentz qu'il avoit avec
elle; mais elle ne veut point ouyr parler de ce mariage. Mme la Princesse est
arrivé à Monront et Mme de Longueville est demeurée à Bourges. M. le Prince
n'est point retourné au Palais Royal despuis le 3 du courant.
Le mesme jour 8, M. Tuboeuf traitta fort
magnifiquement le Roy et la Reyne en sa maison d'Issy, d'où Sa M. ne revient
qu'à minuict.
Le courrier de Provence qui estoit venu en Cour
pour demander un nouveau gouverneur, s'en est retourné avec la response de la
Reyne qu'elle ne changeroit point le duc d'Angoulesme.
Un grand desordre arriva hier en cette ville
dans l'hostel de St Chaumont,
/458v/
qui feut pillé. Ce desordre vient de ce que la marquise de Verveins, qui y
demeure, ayant extraordinairement maltraitté une fille qui estoit à son service,
en luy voulant faire des violence, cette fille ce [se] precepitta [à] 7 heures
du matin d'une fenestre d'une seconde chambre en bas, où quel[que] bourgeois qui
avoint pitié d'elle luy mirent de la paille et luy tendirent des manteaux, en
sort qu'elle se fit fort peu de mal et feut menée ches un commissaire, où elle
est encor. Elle declara que cette marquise avoit fait venir quantité de filles
de ses terres, qui sont la pluspart en Turasche [Thierache], et leur a fait
mille violences diverses, jusques à les faire mourir cruellement, et qu'elle en
a fait enterrer plus de 30 en la cave de son logis et fait jetter deux dans le
puys. Plusieurs croyent que cette marquise est sorciere, d'autres disent qu'elle
prostitue ces filles; mais on n'a pas encor bien esclairsy le fondz de cette
affaire, et tout ce qu'on en veoit de certain qu'elle a d'extravagance et de
cruautté; dont cette fille ayant raconté quelques exemples, le peuple
s'attrouppa en grand nombre devant cest hostel, cassa les vitres, et mit en
pieces quelques carrosses, enmena les chevaux, et pilla tous le bas; à quoy les
bourgeois et autres personnes ayant voulu s'opposer, il y en a eut 4 ou 5 de
tués. Le mareschal de l'Hospital, le Prevost des Marchandz, et le Lieutenant
Civil y accoureurent sans y pouvoir mettre remede, jusques à ce que M. de
Lamoignon, cappitaine du quartier, ayant fait prendre les armes aux bourgeois, y
alla et s'en rendit maistre; mais cette marquise s'estoit sauvée auparavant par
une porte de derriere.
M. le duc d'Orleans disna hier avec le Roy au
Palais Royal dans l'appartement du duc d'Amville, où l'on remarqua que Sa M. fit
des caresses extraordinaires à S.A.R.
On eut hier avis de Lorraine que le mareschal
de Seneterre a fort avancé le siege de Chastel sur Moselle, où le regiment de
Navarre a esté fort maltraitté.
On croit que le changement du Conseil est sur
le point d'estre fait, d'autant plus que M. de Chasteauneuf eut hier, à 10
heures du soir, une conference particuliere sur ce subject avec M. le duc
d'Orleans.
/460/
De Paris le 18 aoust 1651
Il y a 10 ou 12 pretendantz à l'evesché de
Poictiers. Le cardinal Grimaldy l'a demandé, offrant de se demettre par ce moyen
de touttes les pretensions sur l'archevesché d'Aix, duquel le Pape ne luy a
jamais voulu donner les bulles à cause que le cardinal de Ste Cecille estoit
mort dans Rome, il en veut disposer pleinement. La Reyne luy a respondu qu'elle
l'avoit promis au cardinal Anthoine Barbarin, et l'on croit que celuy cy
l'emportera, d'autant plus que M. le duc d'Orleans et M. le Prince l'ont agreé
lors qu'il leur a fait representer qu'il ne la demandoit que pour se pouvoir
exempter de retourner à Rome en cas qu'il soit cité par ce pontificat.
Le 9 du courant Madame eut une conference
particuliere de deux heures avec la Reyne sur l'affaire du changement du Conseil,
en suitte de laquelle, le x au soir, M. le duc d'Orleans ayant rencontré M. le
Prince au Cours, ilz entrerent ensemble aux Thuilleries ches Renard, où S.A.R.
luy dit qu'elle jugeoit à propos d'adoucir les affaires et de donner quelque
satisfaction à la Reyne, et q'ung des moyens de douceur estoit de mettre M. de
Chasteauneuf dans le Conseil, et qu'elle le prioit de le trouver bon; à quoy M.
le Prince respondit qu'apres la protection que S.A.R. luy avoit accordée et la
confiance qu'il avoit eu d'elle, il s'estonnoit de ce qu'elle l'abandonnoit de
la sorte en mettant dans le Conseil le plus grand ennemy qu'il eut au monde, que
la Reyne l'avoit traitté bien plus doucement, ayant esloigné MM. Servien, Le
Tellier, et Lyonne à sa consideration, et qu'enfin il luy seroit bien moings
avantageux que ces 3 derniers feussent encor dans le Conseil, qu'il supplioit
S.A.R. de faire reflexion là dessus; et apres quelques contestations ilz se
separerent; et S.A.R. estant allé au Palais Royal, y confera à 10 heures du soir
avec M. de Chasteauneuf sur ce subject, pour tascher de l'accommoder avec M. le
Prince, qui vouloit avoir part à son restablissement; mais M. de Chasteauneuf ne
luy en vouloit point avoir aucune obligation, et quoy que M. de Croysy Fouquet
aye esté 2 ou 3 fois à Montrouge pour l'y persuader, il n'a jamais voulu faire
autre reponse, sinon que la Reyne ayant souhaitté qu'il revient dans le
ministere, il n'en vouloit avoir autre obligation qu'à elle. Despuis, M. le
Coadjuteur a eut de fort longues conferences là dessus avec S.A.R. sans avoir
peu achever cette affaire, parce que M. le Prince a tousjours continué ses
effortz aupres de Sadite A. pour l'empescher.
Le xi du courant M. de Vendosme arriva icy et
feut veoir M. le duc d'Orleans, entre les mains duquel il mit tous ses interestz
touchant le mariage de M. de Mercoeur, et l'asseura qu'il feroit tout ce que
S.A.R. desireroit en cette affaire.
Le 12 au matin le Parlement s'assembla. S.A.R.
et M. le Prince ne s'y trouverent pas. On n'y parla que de la mauvaise
administration des finances, et l'on reprocha au Surintendant, qui y estoit
present, que M. de Chasteauneuf avoit fait encherir de 600 mille livres la ferme
des entrées de Paris, et que cepandant, despuis que celuy cy n'estoit plus dans
le Conseil, il avoit donné aux fermiers desdites entrées une remise de 750 mille
livres, qui tomboint en pure perte au
/460v/
Roy. Il se deffendit le mieux qu'il peut, ayant dit que les fermiers ne pouvoint
pas emprunter de l'argent pour faire des avances si on ne leur fait quelques
remises. L'on passa plus avant dans cette matiere, et l'on commencea d'y
desliberer; mais on n'acheva pas, et l'assemblée feut remise à jeudy prochain,
auquel jour S.A.R. et M. le Prince s'y trouverent pour desliberer sur le mariage
de M. de Mercoeur.
L'apresdisnée du mesme jour M. le duc d'Orleans
estant allé au Palais Royal, fit declaration à la Reyne que si elle ne faisoit
tenir les Estatz Generaux dans Paris, il seroit obligé de faire tous ses effortz,
avec M. le Prince et la noblesse, pour les y faire assembler, parce que personne
ne se trouveroit en liberté de suffrage à Tours ny allieurs. Sa M. dit qu'elle
les avoit convoqué à Tours et qu'elle ne souffriroit pas qu'ilz ce [se] tiensent
dans Paris; et apres quelques parolles qu'il y eut là dessus, il en sortit mal
satisfait. Ensuitte Sa M. luy envoya raison de 3 choses sur lesquelle elle le
pria de luy rendre une response presise. La premiere estoit s'il aprouvoit que
les trouppes de M. le Prince n'allassent point joindre l'armée et obeir au
mareschal d'Aumont; la 2, s'il aprouvoit que M. le Prince eut fait entrer 800
Espagnolz dans Stenay; et la 3, s'il aprouvoit que M. de Boutteville fit
fortiffier Bellegarde sans aucung ordre du Roy, offrant à S.A.R. qu'en cas
qu'elle voulu luy faire faire raison sur ces 3 chefz, d'approuver generallement
tout ce qu'elle jugeroit à propos, tant pour le changement du Conseil que pour
la tenue des Estatz Generaux, et mesmes d'abandonner entierement les interests
du cardinal Mazarin. On dit que ce feut M. le Coadjuteur qui fit ces 3
propositions à S.A.R., qui a pris le temps pour y respondre, jusques à ce
qu'elle se seroit esclairsie de la verité des deux dernieres; et despuis, elle a
eu des fort longues conferences avec M. le Prince. Pour revenir à ces 3
propositions, vous scaves que la premiere est certain, la 3e est
aussy, et voicy ce qu'il y a de la seconde. Les 400 Espagnolz que Mme de
Longueville et M. de Turenne avoint fait entrer dans la ville de Stenay pendant
la detention de MM. les princes ne sont pas encor sortis. Leurs chefs ont faict
des recreues, en sorte que leur nombre est augmenté jusques à 800, qui sont
entrés dans la ville. La garnison de la citadelle dit qu'elle ne s'en est point
aperceue, et M. le Prince dit qu'il n'a aucune part à cette action et qu'on ne
peut pas aussy chasser les Espagnolz de là, jusques à ce que le temps porté par
le traitté que M. de Turenne a faict avec eux soit expiré.
Le soir du mesme jour S.A.R. resolut d'aller le
lendemain à Limours pour en revenir demain au soir, mais un mal de dens le
surprint la nuict et luy a empesché ce voyage.
Le 13 on eut advis que Mme de Servien estoit
malade à l'extremitté en son comté de La Roche Aubiert en Anjou. On dit que
c'est de desplaisir de la disgrace de son mary. M. de Lyonne est encor à 7 ou 8
lieues d'icy à cause des couches de sa femme, et M. Le Tellier à Chaville, d'où
il vient quelquefois à Paris incognito, et il ce [se] parle de le restablir.
Le mesme jour M. le Prince ayant esté averty
que le mareschal d'Hocqincourt, qui estoit party d'icy le xi pour s'en retourner,
avoit emporté ordre du Roy de detacher 4 mille chevaux de l'armée pour aller
charger les trouppes de M. le Prince à Marle en cas qu'elles ne
/461/
vouleussent pas joindre le mareschal d'Aumont; et apres avoir esté sommés
derechef, envoya d'abord le comte de Colligny à Marle pour avertir les chefs de
se tenir sur leurs gardes et de s'avancer du costé de Stenay pour s'y refugier
en cas de besoing. Le bruit a couru que M. d'Hocquincourt a ramené la Mancini à
Peronne, mais quelques avis de Champagne portent qu'elle est à Sedan.
L'affaire de la marquise de Verveins n'est
q'une extravagance, et il ne s'est pas trouvé qu'elle eut fait enterrer personne
dans sa cave, comme disoit la servante qui se precipitta la semaine passée d'une
fenestre en bas.
Le 15 à midy la Reyne ayant envoyé prier M. le
duc d'Orleans d'aller au Conseil l'apresdisnée, il s'en excusa sur son
indisposition; et le soir on remarqua que S.A.R. s'estant allé promener au Cours,
y rencontra Sa M., qui l'ayant prié d'entrer dans son carrosse où le Roy estoit
aussy, Sadite A. s'en excusa d'abord; mais elle en feut tant pressée qu'elle y
entra et conduisit Leurs M. au Palais Royal, où elle prit congé sur l'escalier
sans vouloir monter, disant qu'elle se trouvoit mal. M. de Beaufort revient hier
d'Anet.
La semaine passée on accorda la neutralité à la
ville de Neufchastel [Neufchâteau] en Lorraine en faveur de la princesse de
Phalsebourg, qui y va demeurer; mais la garnison y doit encor demeurer un mois
pour se faire payer des contributions qui luy sont deues avant que sortir. Il
n'y a point encor nouvelles que le mareschal de Seneterre aye prit Chasti [Châtel]
sur Moselle. L'armée du mareschal d'Aumont ne fait rien; elle est tousjours à
Arleux.
Le mareschal d'Hocquincourt revient hier au
soir et est allé ce matin asseurer S.A.R. qu'il n'avoit emporté aucung ordre
contre les trouppes de M. le Prince.
On escrit de Bruxelles du 12 que la peste y est
en plus de 20 maisons, et qu'à cause de cela l'Archiduc en devoit sortir au
premier jour; que son armée estoit de 14 mille hommes campée entre Valentiennes
et St Amant; que 4 vaisseaux hollandois avoint desbarqué à Ostende 2000
Napolitains qu'on mettoit dans les garnisons; et qu'il y avoit avis que l'armée
du duc de Neubourg avoit defait celle de l'eslecteur de Brandebourg.
Il n'est pas vray que Mme de Servien soit morte,
mais elle a esté malade à l'extremitté.
Le 15 du courant, au matin, aussytost que
S.A.R. eut fait ses devotions, le mareschal de Villeroy et ensuitte M. le
Chancellier et quelques autres l'allerent prier d'aller au Palais Royal, ce
qu'elle fit le soir du mesme jour; mais elle y feut peu de temps et n'y parla
point d'affaires.
Le 16 Mme de Turenne arriva icy et feut veoir
la Reyne, qui luy fit donner le tabouret, non comme mareschalle mais comme
princesse estrangere, qui est la qualité que son mary prent, mesprisant celle de
mareschal de France.
Le mesme jour le Roy commanda luy mesmes à ses
gendarmes de se trouver à Orleans le premier de septembre pour l'accompagner aux
Estatz Generaux à Tours; neamoings
/461v/
M. le duc d'Orleans s'opiniastre encor pour les faire tenir dans Paris, et l'on
remarque qu'il a mandé toutte la compagnie de ses gardes.
Hier au matin le Parlement estant assemblé et
M. le Prince s'y estant trouvé, l'on continua la desliberation qui avoit esté
commencée dans la precedente assemblée touchant la remise de 750 mille livres
faitte aux fermiers des entrées par le Surintendant des Finances; mais peu apres
qu'on eut commencé, M. Saintot, maistre des ceremonies, y arriva et porta ordre
au Parlement d'aller trouver Leurs M. La deputation ce [se] fit aussytost pour
aller au Palais Royal, où M. le duc d'Orleans, qui sçavoit dès avant hier ce
qu'on y devoit faire, s'y trouva à xi heures, n'ayant pas esté au Parlement à
cause qu'il sçavoit bien que l'assemblée y seroit rompue. Avant que MM. les
deputtés y feussent arrivés, S.A.R. leut un escrit ou memoire que la Reyne avoit
fait dresser contenant un desnombrement de touttes les actions qu'on peut avoir
pour suspectes dans la conduitte presente de M. le Prince; et l'on remarqua que
Sadite A. print une plume et effaça de sa main deux articles de ce memoire (sçavoir,
la surprise qu'on a voulu faire au Havre, et les placardz affichés dans Paris),
apres avoir remonstré à la Reyne que l'on ne pouvoit pas justement accuser M. le
Prince de la surprise du Havre puisque les complices qu'on y a executté ne l'ont
pas accusé, ny des placardz puisqu'il n'y a aucune preuve contre luy. Pour le
reste, S.A.R. n'y toucha point; et ensuitte MM. du Parlement y estant arrivés,
M. de Brienne leur leut ce memoire en presence de Leurs M. et de S.A.R.. Je ne
refait point recit de ce qu'il contient, parce qu'il est imprimé. M. le prince
de Conty y estoit present, et apres que lecture en feut faitte, il dit en
presence des depputtés que son frere se justiffieroit bien aysement de touttes
ces accusations, et le memoire feut mis entre les mains du Premier President,
signé par M. du Plessis Guenegaud, secretaire d'Estat.
L'apresdisnée, S.A.R. se trouva encore au
Palais Royal, et en sa presence le mesme escrit feut leu à la Chambre des
comptes et à la Cour des aydes, qui y allerent l'une apres l'autre; et ensuitte
[à] MM. de l'Hostel de Ville et aux six corps des marchandz, toutes ces
compagnies ayant esté mandées aussy bien que le Parlement; et on leur donna
aussy une copie à chascune, comme l'on a fait au Grand Conseil, qui n'y est allé
que ce matin.
Le soir, S.A.R. estant de retour au palais
d'Orleans, M. le Prince y alla avec MM. de Beaufort, de Nemours, et le president
Violle, et il y feut tenu une secrette conference de deux heures sans qu'on
n'aye peu penettrer s'ilz y ont resolu quelque chose; mais on a remarqué que
S.A.R. ne prent point de party dans cette division, afin d'en demeurer
mediatrice. Elle est neamoings dans une grande inquietude de ne pouvoir pas
trouver moyen de faire cesser les deffiances qui sont entre la Reyne et M. le
Prince.
/462/
Le changement du Conseil est remis à la Majoritté. MM. de Chasteauneuf, le
Premier President, et le Coadjuteur ne laissent pas de conseiller la Reyne. L'on
asseure que c'est pour leur conseil qu'elle manda hier le Parlement, et que le
dernier a dressé l'escrit contre M. le Prince. On asseure encor qu'à leur
persuasion Sa M. s'est entierement detaschée des interestz du cardinal Mazarin,
et que mesmes elle luy a envoyé ordre de partir de Broel [Brühl] et de s'en
aller par l'Allemagne en Italie, les ungs veulent à Turin, les autres à Modene.
Ce matin le Parlement ayant continué
l'assemblée, M. le Prince s'y est trouvé et a dit qu'il estoit venu là pour se
justiffier de tout le contenu en l'escrit fait contre luy et donné hier à la
Compagnie au Palais Royal; mais qu'il souhaittoit de le faire en presence de M.
le duc d'Orleans, qui estoit tesmoing de sa conduitte et qui avoit cognoissance
de la sinceritté de ses intentions, et qui [qu'il] prioit l'assemblée de vouloir
depputter à S.A.R. pour la supplier de vouloir prendre sa place; sur quoy on luy
a deputté MM. Doujat et Menardeau, auxquelz elle a respondu qu'elle estoit bien
marrie de ce que son indisposition l'empescheut d'y aller aujourd'huy, mais que
si elle se portoit mieux ce soir, elle envoyeroit avertir la Compagnie qu'elle
s'y trouveroit demain. Cepandant on a achevé la desliberation de la ferme des
entrées de Paris, et il a esté arresté que l'on nommeroit des commissaires pour
ouyr les parties. L'on a remarqué en passant qu'il n'y avoit, dans toutte nostre
histoire, que deux autres exemples de semblables escritz envoyés au Parlement,
dont deux esclesiastiques ont esté les autheurs: le premier, en 1562, contre le
prince de Condé, bisayeul de celuy d'à present, qui estoit chef des Huguenotz,
fait par le cardinal de Lorraine; et le 2, en 1617, contre les princes dans
Soissons, fait par le cardinal de Richelieu, qui estoit alors evesque de Luçon
et secretaire d'Estat; sur lesquelz 2 escritz le Parlement ne voulu point
desliberer parce qu'ilz estoint informes et que l'on ne sçavoit quel nom on leur
devoit donner. Pendant l'assemblée, un nommé Rigaud, commissaire de la marine et
serviteur du cardinal Mazarin, s'estant passionné dans la salle du Palais à
parler en faveur de son maistre, et ayant mesmes dit tout haut que M. le Prince
estoit la cause de tous ces desordres que nous voyons à present, et qu'il le
faudroit jetter dans la riviere avec une pierre au col, y a esté fort maltraitté
et ensuitte mené en prison dans la Conciergerie avec un de ses compagnons.
/464/
De Paris le 25 aoust 1651
Le 18 du courant un courrier envoyé par la
deputation de Catalougne arriva icy et porta nouvelles du 6 du courant que
l'armée espagnolle s'estoit avancée jusques à un quart de lieue pres de
Barcelonne; que M. de Marchin estoit campé avec 4 mille fantassins et 1000
chevaux soubz les murailles de la ville pour la deffendre; qu'il n'y avoit plus
de peste du tout, et que le comte d'Isle tenoit tousjours la campagne avec sa
cavalerie; que le marquis de Mortare, qui commande l'armée d'Espagne, ayant fait
publier une amnistie generalle à toutte la Catalougne sans aucune exception, le
Conseil de Cent avoit envoyé par toutte la province des personnes affectionnés à
la France pour exhorter le peuple à prendre les armes et ne se fier point à
cette amnistie, leur representant la tirannie et la cruauté avec laquelle les
Napolitains ont esté traittés; que le Conseil de Cent ayant desliberé sur la
demande d'ung viceroy, avoit resolu de demander M. de Marchin, sans dire pro
interin, et c'est pour ce subject qu'ilz ont envoyé ce courrier; et qu'on y
avoit remarqué que dans cette desliberation Don Joseph Marguerit avoit voulu
traverser cette eslection, disant que, par leur traitté avec le feu Roy, il feut
arresté qu'on ne leur donneroit q'ung François pour viceroy, et que M. de
Marchin estoit estranger, ne pouvant pas avoir cette dignitté; à quoy il luy
feut respondu qu'on avoit bien receu le cardinal de Ste Cecille, et qu'on avoit
eu le loisir de prouver l'affection de M. de Marchin par les grandz services
qu'il avoit rendu à la province. Ainsy l'affaire passat en sa faveur, et
l'ambassadeur de Catalougne la poursuit icy, afin de s'en retourner aussytost
que le different de M. le Prince sera accommodé. Le mesme jour que ce courrier
arriva icy, le president de Maisons envoya par la poste une lettre de change de
50 mille livres à Narbonne pour estre deslivré à M. de Marchin, auquel il promet
d'en envoyer autant à la fin de ce mois. Despuis il y a eu advis de ce pays là
que les ennemis avoint pris à composition le petit fort du Cap del Rio, scitué à
une lieue et demy de Barcelonne; que M. de Marchin avoit fait entrer dans ladite
ville 4000 fantassins et 500 chevaux françois, avec 800 Suisses; que son
regiment d'infanterie y estoit arrivé fort de 750 hommes; que quelques
compagnies de soldatz françois ayant saccagé St André [San Andres del Palomar]
et autres villages des environs de Barcelonne, M. de Marchin en avoit fait
passer 15 par les armes pour satisfaire aux grandes plaintes que les paysans en
faisoint; et que le regiment de cavalerie de Baltazard avoit esté maltraitté par
les ennemis dans une ambuscade où il s'estoit engagé. Il en est despuis arrivé
un autre courrier du mesme pays qui porte nouvelles que, le xi du courant, les
ennemis avoint attaqué le fort de Monjuif [Montjuich], scitué à une portée de
mousquet de Barcelonne, mais qu'ilz avoint esté vivement repoussés, avec
beaucoup de perte, par 1500 hommes que M. de Marchin y avoit jetté; et qu'ilz
s'estoint retirés ensuitte. Il y a eu aussy quelq'ung des nostres qui feurent
tués, entre autres le sieur Du Lac, quartier maistre general de la cavalerie,
qui avoit achepté le regiment de Chaque, lequel ce courrier est venu demander
pour M. de Marot, ledit mareschal de camp, qui l'a obtenu.
/464v/
Le 19 on eut advis que les Estatz du Pays Chartrain estant assemblés à Chartres
pour depputer aux Estatz Generaux, les lieutenantz general, particulier, et
criminel, prirent leurs places les premiers. La noblesse estant venue ensuitte,
et pretendant avoir sceance devant eux, les tira par force de leurs places, ce
qui les obligea de crier aux armes. Aussytost le peuple s'atrouppa et vint avec
des armes à feu donner sur cette noblesse, dont il en eut 4 de tués et 15 de
blessés; et l'on en mit 3 autres prisonniers, mais ilz feurent deslivrés le
lendemain. Aussytost il y eut icy des plaintes de part et d'autres faittes à M.
le duc d'Orleans, lequel ordonna là dessus, le 22, que l'assemblée qui ce [se]
doit faire pour l'eslection des depputtés qui assisteront aux Estatz Generaux ce
[se] tiendront à Boneu, où assistera pour ses [ces] 3 lieutenantz un maistre des
requestes qu'on y envoyera, lequel ira ensuitte à Chartres pour informer de ce
qui s'est passé dans ce different.
M. le Prince ayant supplié derechef M. le duc
d'Orleans, le 18 au soir, de luy vouloir ayder à se justiffier au Parlement
contre les accusations contenues aux escritz de la Reyne, en rendant tesmoignage
de ce qu'il sçavoit de sa conduitte, obtient enfin apres plusieurs instances une
declaration que S.A.R. promit luy envoyer sur ce subject au Parlement, ce
qu'elle fit le lendemain au matin; et dans cette asseurance M. le Prince se
trouva au Parlement, où il se justiffia par escrit. Sa justiffication est
imprimée, aussy bien que la declaration de S.A.R., et il suffit d'en remarquer
seulement un circonstance: il y eut quelques parolles entre M. le Prince et M.
le Coadjuteur sur ce que le premier, se justiffiant de ce qui luy est imputté
dans l'escrit de la Reyne d'avoir poursuivy avec ardeur le dernier changement
fait dans le Conseil, dit qu'il n'y avoit d'autre part que l'obstacle qu'il
apporta à la proposition, qui feut alors faitte par MM. de Montresor et le
Coadjuteur, de faire prendre les armes à la ville de Paris, d'oster de force les
sceaux de M. le Premier President, et d'aller droit au Palais Royal; à quoy M.
le Coadjuteur ayant respondu que l'affaire ne s'estoit pas passée ainsy, M. le
Prince repartit, "Il y a 3 tesmoings de cette action: sçavoir, M. de Beaufort,
M. de Brissac, and M. de la Rochefoucaut"; mais M. le Coadjuteur ayant le
premier et le dernier pour suspectz, replicqua qu'il s'en rapporteroit à S.A.R.;
à quoy M. le Prince respondit, "Et moy aussy." Apres cela, l'on vint à
desliberer sur l'affaire, et M. Deslandes Payen ouvrit un advis qui feut asses
suivy: sçavoir, que la Reyne seroit suppliée de nommer les personnes qui luy
avoint fourny ces accusations contre M. le Prince et conseillé de faire cest
escrit, pour estre ouys et ensuitte estre proceddé contre eux en cas qu'ilz ne
le puissent justiffier. On n'acheva pas d'opiner, et l'assemblée feut remise au
21. A la sortie on fit les cris ordinaires, et l'on continua de crier, "Au
Mazarin!" à M. le Coadjuteur, qui estoit accompagné d'une vingtaine de braves, à
cause que le jour precedent on luy avoit fait insulte. Estant sorty des
premiers, il accourut au palais d'Orleans, où estant arrivé un demy quart
d'heure devant M. le Prince, il parla à S.A.R. de ce qui s'estoit passé entre
eux dans l'assemblée; et l'on remarqua que M. le Prince entrant audit palais,
S.A.R. le mena dans un autre apartement pour luy faire eviter la rencontre de M.
le /465/
Coadjuteur, qu'elle fit sortir par un escalier desrobé conduit par M. de
Langeron.
On dit que le soir du 19 la Reyne envoya M. de
Brienne vers M. le duc d'Orleans pour luy faire veoir l'ordre qu'elle vouloit
envoyer au cardinal Mazarin d'aller en Italie.
Le 20, au matin, on sema des billetz dans les
rues de Paris par lesquelz on accusoit M. le Coadjuteur de s'estre ligué avec
Mme de Chevreuse et d'autres, pour faire revenir le cardinal Mazarin, avec
quelques autres discours fort injurieux contre luy.
Le mesme jour la Reyne resolut d'envoyer ordre
à M. le balif de Valençay, ambassadeur à Rome, d'y demander le jubilé au Pape,
qui est fort malade.
L'apresdisnée du mesme jour, M. le duc
d'Orleans, estant allé au Palais Royal, eut une longue conference avec la Reyne,
dans laquelle Sa M. s'estant plainte de la declaration qu'il avoit envoyé au
Parlement pour justiffier M. le Prince, et luy ayant representé qu'apres qu'il
avoit rayé de sa main deux articles (sçavoir, celuy des placardz affichés dans
Paris et celuy de 800 Espagnolz entrés dans Stenay), qu'il sembloit qu'il avoit
approuvé le reste. Il respondit à Sa M. qu'il sçavoit bien qu'il ne disoit rien
dans la declaration qui ne feut veritable, qu'il n'avoit point esté d'advis de
lire ny de bailler cest escript aux compagnies souveraines, qu'il avoit esté
obligé de donner cette satisfaction à M. le Prince pour l'empescher de se jetter
dans des extremités qui auroint esté plus nuisibles que cela, et qu'enfin il
avoit jugé à propos de luy donner ce tesmoignage de milieu qu'il conservoit dans
cette conjoncture, afin d'estre tousjours d'estre [sic] mediateur de ce
different, dont il proposa mesmes des moyens à Sa M., et d'accommoder en mesme
temps celuy de la tenue des Estatz Generaux; mais Sa M. tesmoigna la mesme
opiniastreté qu'auparavant à ne vouloir point souffrir que ce soit dans Paris,
ce qui rendit leur conference infructueuse.
Le soir du mesme jour le president Le Coigneux
mourut en cette ville de fievre continue, et le lendemain son filz aisné prit
possession de sa charge qu'il avoit de president au mortier.
Le mesme soir M. le Prince envoya M. de Vineuil
au palais d'Orleans pour dire à S.A.R. qu'il venoit d'avoir advis que le
regiment des gardes avoit receu ordre de se tenir prest, on ne sçavoit à quel
desseing. Aussytost elle envoya le duc d'Amville et le sieur de Sommery au
Palais Royal pour sçavoir ce que c'estoit. Ilz en parlerent à la Reyne, qui
respondit n'avoir donné aucung ordre et qu'elle donnoit sa parolle à M. le duc
d'Orleans qu'elle n'avoit aucung desseing, ce qui luy feut en mesmes temps
confiermé par M. le duc de Joyeuse. A 11 heures, le mesmes Vineuil retourna au
palais d'Orleans avec un gentilhomme de M. le Prince pour confiermer qu'il y
avoit quelque ordre, et qu'il l'avoit sceu de plusieurs soldatz des gardes dans
le faubourg St Marcel, mais S.A.R. luy respondit qu'apres la parolle de la Reyne,
il ne falloit rien craindre et ne jugea pas à propos de faire prendre les armes
aux bourgeois. Demye heure apres, les gens de M. le Prince feurent aux environs
de l'hostel de Condé, eveiller les bourgeois et leur dire que les gardes estoint
commandées pour forcer cest hostel durant la nuict. Sur cela, quelq'ungs
sortirent avec des armes, mais en petit nombre, n'ayant point d'ordre de S.A.R.
ny de la Ville, et il n'y eut aucune nouveautté cette nuict là.
/465v/
Le 21, à 6 heures du matin, les officiers des gardes choisirent 40 ou 50 soldatz
des melieurs et des plus affidés et les conduisirent au Palais avec leur espée
seulement, pour deffendre M. le Coadjuteur en cas qu'on luy voulut faire insulte
en entrant ou sortant du Parlement. (C'estoit pour ce subject qu'on leur avoit
donné ordre le jour precedent de ne s'esloigner pas.) Ce prelat y arriva à 7
heures, accompagné de 50 chevaux legers ou gendarmes du roy et de quelques
gentilhommes. M. le Prince y vint à 8 heures avec une suitte de plus de 500
hommes. Estant entré, quelques conseillers dirent qu'il y avoit tropt de monde
dans la grande salle du Palais et qu'il pourroit arriver du desordre; à quoy M.
le Prince respondit que ses gens n'en feroint point et qu'il en respondoit. L'on
adjousta qu'il y avoit deux partis contraires, et que les espritz se pourroint
eschauffer. M. le Coadjuteur repartit à cela que tout Paris ayant sceu les
insultes qu'on luy avoit desja fait, et les menaces de le poignarder ou de luy
donner un coup de pistollet dans la teste, il n'avoit pas peu empescher ses amis
de le venir escorter pour le deffendre. M. le Prince dit, là dessus, qu'il avoit
esté aussy obligé de se laisser escorter, puisque M. le Coadjuteur luy vouloit
disputter le terrain. Pendant cette contestation il y eut des parolles
picquantes entre les gens de M. le Prince et ceux de M. le Coadjuteur dans la
grande salle, où le sieur de Baradas, qui commandoit ceux du dernier, ayant mis
l'espée à la main, le marquis de Crevant, qui commandoit ceux du premier, tira
aussy la sienne et cria, "A moy, Condé!," qui estoit son mot de guet; et l'autre
ayant crié, "A moy, Nostre Dame!," qui estoit le sien, l'on vit en mesme temps 5
à 600 espées nues; mais on ne passa pas plus outre, parce que M. le Prince
envoya promptement M. Payen Deslandes à M. de la Rochefoucaut pour commander aux
siens de remettre leurs espées dans le fourreau, ce qu'ilz firent les ungs et
les autres; et sans ce prompt remede, le carnage eut esté fort grand, parce que
les marchandz avoint fermé touttes les portes de la salle, et ensuitte leurs
boutiques. Le Parlement deslibera là dessus, et il y eut arrest tout d'une voix,
portant que tous ceux qui estoint dans le Palais avec des armes en sortiroint
presentement, avec deffenses d'y revenir avec armes, à peyne de la vie. On
depputta, pour les faire sortir, MM. Deslandes et Prevost, qui en firent sortir
la plus grand part; et parce que toutte la matinée estoit presque passée à cest
incident, la desliberation qui avoit esté commencée le 19 sur l'escrit de la
Reyne, feut remise au lendemain. A la sortie il y eut quelques parolles entre M.
le duc de la Rochefoucaut et le Coadjuteur. M. de Brissac prit le party de celuy
cy, mais parce qu'on se deffia d'abord qu'il y auroit duel entre eux, M. le duc
d'Orleans donna ordre de l'empescher.
L'apresdisnée du mesme jour S.A.R. feut au
Conseil au Palais Royal, où le Roy le caressa fort. Elle y parla à M. de Laigues
du different d'entre M. le Prince et M. le Coadjuteur, pour lequel ledit sieur
de Laigues monstra un fort attachement, et dit à S.A.R. que luy et ses amis le
defendroint tousjours contre M. le Prince au peril de leur vie. Ce feut luy qui
obligea les officiers des gardes
/466/
d'aller au Palais avec les soldatz pour deffendre ce prelat, et de fait l'on
remarqua à la sortie les soldatz allerent droit ches luy.
Le soir du mesme jour M. le duc d'Orleans ne
jugeant pas à propos de commander les bourgeois pour garder le Palais, envoya
prier M. le Coadjuteur de n'y aller pas le lendemain au matin; et de fait, il
n'y feut point, ayant employé la matinée à conduire une procession d'une
confrairie celebre qu'il y eut ce jour là aux Cordelliers. M. le Prince alla au
Parlement avec sa suitte ordinaire, sans qu'aucung apporte des armes, entra dans
le Palais, dont les avenues feurent gardées par les archers du prevost de l'Isle.
La desliberation commencé le 19 y feut achevée. Il y eut arrest portant que tres
humbles remonstrances seroint faittes à la Reyne sur les consequences de cette
affaire, que les escritz de Sa M. luy seroint rapportés, et que M. le duc
d'Orleans seroit supplié d'appuyer les remonstrances et de s'entremettre
d'accommodement pour ce different. M. le Prince, revenant du Pallais, rencontra
sur le Pont Neuf une compagnie des gardes qui alloit en garde au Palais Royal;
et ayant passé au travers d'icelle avec sa suitte, les lacquais feurent crier à
la rue Dauphine, "Aux armes! On emmene Monsieur le Prince!" Cela mit l'allarme
en tout le quartier, en sorte qu'aussytost une grande foule de peuple y ayant
accourut, les soldatz se rangerent en bataille et se mirent en devoir de tirer;
mais quand on recognut que l'alarme estoit fausse et que M. le Prince, pour
eviter cette foule, aloit passer sur le quay des Augustins, personne ne tira et
chacung commencea à se retirer.
L'apresdisnée du mesme jour, 22, M. le duc
d'Orleans et Madame estant allés au Palais Royal, firent instance à la Reyne de
vouloir assoupir la mesintelligence qu'elle avoit avec M. le Prince, et firent
si bien qu'elle tesmoigna qu'elle feroit en cela une partie de ce que S.A.R.
trouveroit à propos, la priant cepandant de faire cognoistre à M. le Prince que
le Roy, qui alloit estre majeur, seroit sans doute mal satisfait de sa conduitte
s'il n'agissoit tout autrement qu'il ne fait.
Le 23 S.A.R. alla à Limours à 3 heures du matin,
pour eviter la chaleur, et en revient le soir à 10 heures.
Sur le different qui est entre M. de la
Tremouille et M. de Rohan pour la presidence des Estatz de Bretagne, il y eut
arrest du Conseil d'en haut le 21 du courant qui renvoye les parties au
Parlement de Rennes.
Les advis de Flandres portent que l'Archiduc
estoit sorty de Bruxelles le 16 du courant à cause de la peste qui y augmentoit
de jour à autre, et qu'il estoit retourné en son armée, laquelle est tousjours
campée aupres de Valentiennes sans rien entreprendre non plus que la nostre,
laquelle ne trouvant plus
/466v/ de fourrage à Arleux, a
decampé et vient à l'abbaye de Vauchelle [Vaucelles] entre Cambray et Le
Castellet.
Le mareschal de la Ferté Seneterre a donné 4
assautz à la ville de Chastel sur Moselle, dont il a esté repoussé avec perte,
notenment dans le dernier. On luy a tués 100 hommes et blessés autant; et les
lettres qui en sont venues asseurent qu'il est au desespoir de ce q'une place si
foible luy resiste si longtemps, et qu'on y a remarqué q'ung courrier du
cardinal Mazarin, qui est son melieur amy, l'y estant venu trouver, y a attendu
6 jours la response d'une lettre qui [qu'il] luy avoit apporté de la part de ce
cardinal; neamoings le mineur estoit attaché à la grosse tour du chasteau, et il
esperoit d'estre maistre de la place dans 4 ou 5 jours.
Hier M. le duc d'Orleans feut au Palais Royal
pour parler à la Reyne de l'accommodement de l'affaire de M. le Prince, mais Sa
M. n'estant revenue que tard de la promenade, leur conference feut fort courte,
d'autant plus que Sa M. ne voulut point ouyr parler de la demande que S.A.R.
persistoit de faire que les Estatz Generaux se tinssent dans Paris. Quelq'ungs
ont proposé un temperament là dessus, qui est de les faire tenir à Melun ou à
Ponthoise; mais la Reyne n'en a pas parlé et veut que ce soit à Tours, disant
que c'est le lieu ou S.A.R. et M. le Prince ont consenty au commencement qu'ilz
feussent convoqués.
On doit demain faire les remonstrances suivant
l'arrest du Parlement du 22.
Les lettres de Londres du 21 du courant
viennent d'arriver et portent que le Roy y est entré d'Escosse en Angleterre
avec 10 mille chevaux et sans infanterie; et qu'aussytost toutte la province de
Lenclastre [Lancaster] s'estoit declairé pour luy; mais que le general major
Herisson, parlementaire, le poursuivoit en queue avec 8000 hommes, et que
Cromvel estoit party en diligence de St Jantton [Perth] pour le venir combattre.
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